Le serin panaché de noir jonquille et régulier
28. Le serin plein (c'est à dire, pleinement et entièrement jaune jonquille), qui est le plus rare.
29. Le serin à huppe (ou plutôt à couronne ); c'est un des plus beaux.
Voyez le Traité des serins de Canarie, par M. Hervieux , seconde édition. Paris, 1713, p. 10 et suivantes.
mats; ceux qui ont les yeux rouges tendent plus ou moins à la couleur absolument blanche, et les panachés sont des variétés plutôt factices que naturelles a.
Indépendamment de ces différences qui paraissent être les premières variétés de l'espèce pure du serin des Canaries transporté dans différents climats, indépendamment de quelques races nouvelles qui ont paru depuis, il y a d'autres variétés, encore plus apparentes, qui proviennent du mélange du canari avec le venturon et avec le cini ; car non-seulement ces trois oiseaux peuvent s'unir et produire ensemble, mais les petits qui en résultent et qu'on met au rang des mulets stériles sont des métis féconds dont les races se propagent. Il en est de même du mélange des canaris avec les tarins, les chardonnerets, les linottes, les bruants, les pinsons; on prétend même qu'ils peuvent produire avec le moineau b. Ces espèces d'oiseaux, quoique très-différentes, et en apparence assez éloignées de celle des canaris, ne laissent pas de s'unir et de produire ensemble lorsqu'on prend les précautions et les soins nécessaires pour les apparier. La première attention est de séparer les canaris de tous ceux de leur espèce; et la seconde d'employer à ces essais la femelle plutôt que Je mâle : on s'est assuré que la serine de Canarie produit avec tous les oiseaux que nous venons de nommer, mais il n'est pas également certain que le mâle canari puisse produire avec les femelles de tous ces mêmes oiseaux °. Le tarin et le chardonneret sont les seuls sur lesquels il me paraît que la production de la femelle avec le mâle canari soit bien constatée. Voici ce que m'a écrit à ce sujet un de mes amis, homme aussi expérimenté que véridiqued.
« Il y a trente ans que j'élève un grand nombre de ces petits oiseaux, et « je me suis particulièrement attaché à leur éducation : ainsi c'est d'après
a. Les nuances et les dispositions des couleurs varient beaucoup dans les serins panachés : il y en a qui ont du noir sur la tète, d'autres qui n'en ont point, quelques-uns sont tachés irrégulièrement, et d'autres le sont très-régulièrement. Les différences de couleur ne se marquent ordinairement que sur la partie supérieure de l'oiseau; elles consistent en deux grandes plaques noires sur chaque aile, l'une eu avant et l'autre en arrière, en un large croissant de même couleur posé sur le dos , tournant sa concavité vers la tète , et se joignant par ses deux cornes aux deux plaques noires antérieures des ailes. Enfin le cou est environné par derrière d'un demi-collier d'un gris qui parait être une couleur composée, résultant du noir et du jaune fondus ensemble. La queue et ses couvertures sont presque blanches. Description des couleurs d'un canari panaché , observé avec M. de Montbeillard.
b. M. d'Arnault a assuré à M. Salerne avoir vu à Orléans une serine grise, qui s'était échappée de la volière, s'accoupler avec un moineau et faire, dans un pot à passereau, sa couvée qu'elle amena à bien. Amusements innocents, ou le Parfait oiseleur; in-12. Paris, 1774, p. 40 et 41.
c. Gessner rapporte qu'un oiseleur suisse ayant voulu appaiier un mâle canari avec une femelle scarzerine ( cini ) , il vint bien des œufs, mais que ces œufs furent inféconds. Gessner, de Avibus, p. 260 et 261.
d. Le R. P. Bougot, alors gardien des capucins de Cliàtillon-sur-Seine , et aujourd'hui gardien des capucins de Semur en Auxois.
« plusieurs expériences et observations que je puis assurer les faits sui- « vants. Lorsqu'on veut apparier des canaris avec des chardonnerets, il « faut prendre dans le nid de jeunes chardonnerets de dix à douze jours, « et les mettre dans des nids de canaris du même âge ; les nourrir ensemble « et les laisser dans la même volière, en accoutumant le chardonneret à la « même nourriture du canari. On met pour l'ordinaire des chardonnerets « mâles avec des canaris femelles ; ils s'accouplent beaucoup plus facilement « et réussissent aussi beaucoup mieux que quand on donne aux serins « mâles des chardonnerets femelles. Il faut cependant remarquer que la « première progéniture est plus tardive, parce que le chardonneret n'entre « pas si tôt en partage que le canari. Au contraire, lorsqu'on unit la femelle « chardonneret avec le mâle canari , le partage se fait plus tôt a. Pour « qu'il réussisse il ne faut jamais lâcher le canari mâle dans des volières où « il y a des canaris femelles, parce qu'ils préféreraient alors ces dernières à « celles du chardonneret.
« A l'égard de l'union du canari mâle avec la femelle tarin, je puis « assurer qu'elle réussit très-bien : j'ai depuis neuf ans dans ma volière une « femelle tarin qui n'a pas manqué de faire trois pontes tous les ans, qui « ont assez bien réussi les cinq premières années; mais elle n'a fait que « deux pontes par an dans les quatre dernières. J'ai d'autres oiseaux de « celle même espèce du tarin qui ont produit avec les canaris sans avoir « été élevés ni placés séparément. On lâche pour cela simplement le tarin « mâle ou femelle dans une chambre avec un bon nombre de canaris; on « les verra s'apparier dans cette chambre dans le même temps que les « canaris entre eux, au lieu que les chardonnerets ne s'apparient qu'en « cage avec le canari, et qu'il faut encore qu'il n'y ail aucun oiseau de leur « espèce. Le tarin vit autant de temps que le canari : il s'accoutume et « mange la même nourriture avec bien moins de répugnance que le char- « donneret.
« J'ai encore mis ensemble des linottes avec des canaris, mais il faut que « ce soit une linotte mâle avec un canari femelle, autrement il arrive très- « rarement qu'ils réussissent, la linotte même ne faisant pas son nid et « pondant seulement quelques œufs dans le panier, lesquels, pour l'oradinaire, sont clairs. J'en ai vu l'expérience parce que j'ai fait couver « ces œufs par des femelles canaris, et à plusieurs , fois sans aucun pro- « duit.
« Les pinsons et les bruants sont très-difficiles à unir avec les canaris : « j'ai laissé trois ans une femelle bruant avec un mâle canari, elle n'a « pondu que des œufs clairs ; il en est de même de la femelle pinson ; mais
a. Ceci prouve (comme nous le dirons dans la suite) que la femelle est moins déterminée par la nature au sentiment d'amour que par les désirs et les émotions que lui communique le mâle.
« le pinson et le bruant mâles avec la femelle canari ont produit quelques « œufs féconds. »
Il résulte de ces faits, et de quelques autres que j'ai recueillis, qu'il n'y a dans tous ces oiseaux que le tarin dont le mâle et la femelle produisent également avec le mâle ou la femelle du serin des Canaries; celte femelle produit aussi assez facilement avec le chardonneret, un peu moins aisément avec le mâle linotte; enfin elle peut produire, quoique plus difficilement, avec les mâles pinsons, bruants et moineaux, tandis que le serin mâle ne peut féconder aucune de ces dernières femelles. La nature est donc plus aimbiguë et moins constante, et le type de l'espèce moins ferme dans la femelle que dans le mâle : celui-ci en est le vrai modèle, la trempe en est beaucoup plus forte que celle de la femelle qui se prête à des modifications diverses, et même subit des altérations par le mélange des espèces étrangères. Dans le petit nombre d'expériences que j'ai pu faire sur le mélange de quelques espèces voisines d'animaux quadrupèdes, j'ai vu que la brebis produit aisément avec le bouc, et que le bélier ne produit point avec la chèvre : on m'a assuré qu'il y avait exemple de la production du cerf avec la vache, tandis que le taureau ne s'est jamais joint à la biche; la jument produit plus aisément avec l'âne que le cheval avecl'ànesse1. Et, en général, les races tiennent toujours plus du mâle que de la femelle. Ces faits s'accordent avec ceux que nous venons de rapporter au sujet du mélange des oiseaux. On voit que la femelle canari peut produire avec le venturon, le cini , le tarin, le chardonneret, la linotte, le pinson, le bruant et le moineau; tandis que le mâle canari ne produit aisément qu'avec la femelle du tarin, difficilement avec celle du chardonneret, et point avec les autres. On peut donc en conclure que la femelle appartient moins rigoureusement à son espèce que le mâle, et qu'en général c'est par les femelles que se tiennent de plus près les espèces voisines. Il est bien évident que la serine approche beaucoup plus que le serin de l'espèce du bruant, de la linotte, du pinson et du moineau, puisqu'elle s'unit et produit avec tous, tandis que son mâle ne veut s'unir ni produire avec aucune femelle de ces mêmes espèces. Je dis ne veut, car ici la volonté peut faire beaucoup plus qu'on ne pense, et peut-être n'est-ce que faute d'une volonté ferme que les femelles se laissent subjuguer et souffrent des recherches étrangères et des unions disparates. Quoi qu'il en soit, on peut, en examinant les résultats du mélange de ces différents oiseaux , tirer des inductions qui s'accordent avec tout ce que j'ai dit au sujet de la génération des animaux et de leur développement : comme cet objet est important, j'ai cru devoir donner ici les principaux résultats du mélange des canaris, soit entre eux, soit avec les espèces que nous venons de citer.
i. Voyez mes notes précédentes sur la formation des métis.
La première variété, qui paraît constituer deux races distinctes dans l'espèce du canari, est composée des canaris panachés et de ceux qui ne le sont pas. Les blancs ne sont jamais panachés non plus que les jaunes citron : seulement lorsque ces derniers ont quatre ou cinq ans, l'extrémité des ailes et la queue deviennent blanches. Les gris ne sont pas d'une seule couleur grise; il y a sur le même oiseau des plumes plus ou moins grises, et dans un nombre de ces oiseaux gris il s'en trouve d'un gris plus clair, plus foncé, plus brun et plus noir. Les agates sont de couleur uniforme, seulement il y en a dont la couleur agate est plus claire ou plus foncée. Les isabelles sont plus semblables; leur couleur ventre de biche est constante et toujours uniforme, soit sur le même oiseau, soit dans plusieurs individus. Dans les panachés, les jaunes jonquille sont panachés de noirâtre; ils ont ordinairement du noir sur la tête. Il y a des canaris panachés dans toutes les couleurs simples que nous avons indiquées; mais ce sont les jaunes jonquille qui sont le plus panachés de noir.
Lorsque l'on apparie des canaris de couleur uniforme, les petits qui en proviennent sont de la même couleur : un mâle gris et une femelle grise ne produiront ordinairement que des oiseaux gris; il en est de même des isabelles, des blonds, des blancs, des jaunes, des agates; tous produisent leurs semblables en couleur; mais si l'on mêle ces différentes couleurs en donnant, par exemple, une femelle blonde à un mâle gris ou une femelle grise à un mâle blond, et ainsi dans toutes les autres combinaisons, on aura des oiseaux qui seront plus beaux que ceux des races de même couleur; et comme ce nombre de combinaisons de races que l'on peut croiser est presque inépuisable, on peut encore tous les jours amener à la lumière des nuances et des variétés qui n'ont pas encore paru. Les mélanges qu'on peut faire des canaris panachés avec ceux de couleur uniforme augmentent encore de plusieurs milliers de combinaisons les résultats que l'on doit en attendre; et les variétés de l'espèce peuvent être multipliées, pour ainsi dire, à l'infini. Il arrive même assez souvent que, sans employer des oiseaux panachés, on a de très-beaux petits oiseaux bien panachés qui ne doivent leur beauté qu'au mélange des couleurs différentes de leurs pères et mères, ou à leurs ascendants, dont quelques-uns du côté paternel ou maternel étaient panachés a.
A l'égard du mélange des autres espèces avec celle du canari, voici les observations que j'ai pu recueillir : de tous les serins, le cini ou serin vert est celui qui a la voix la plus forte et qui paraît être le plus vigoureux, le
a. Pour avoir de très-beaux oiseaux, il faut assortir un mâle panaché de blond avec une femelle jaune, queue blanche; ou bien un mâle panaché avec une fermlle blonde, queue blanche ou autre, excepté seulement la femelle grise, queue blanche. Et lorsqu'on veut se procurer un beau jonquille, il faut mtttie un mâle panaché de noir avec une femelle jaune, queue blanche. Amusements innocents, p. 51
plus ardent pour la propagation ; il peut suffire à trois femelles canaris , il leur porte à manger sur leurs nids ainsi qu'à leurs petits. Le tarin et le chardonneret ne sont ni si vigoureux ni si vigilants, et une seule femelle canari suffit à leurs besoins.
Les oiseaux qui proviennent des mélanges du cini , du tarin , et du chardonneret avec une serine, sont ordinairement plus forts que les canaris; ils chantent plus longtemps, et leur voix, très-sonore, est plus forte, mais ils apprennent plus difficilement; la plupart ne sifflent jamais qu'imparfaitement, et il est rare d'en trouver qui puissent répéter un seul air sans y manquer.
Lorsqu'on veut se procurer des oiseaux par le mélange du chardonneret avec la serine de Canarie, il faut que le chardonneret ait deux ans et la serine un an, parce qu'elle est plus précoce, et pour l'ordinaire ils réussissent mieux quand on a pris la précaution de les élever ensemble; néanmoins cela n'est pas absolument nécessaire, et l'auteur du Traité des Serins0 se trompe en assurant qu'il ne faut pas que la serine se soit auparavant accouplée avec un mâle de son espèce, que cela l'empêcherait de recevoir les mâles d'une autre espèce. Voici un fait tout opposé : « Il m'est « arrivé (dit le P. Bougot) démettre ensemble douze canaris, quatre mâles « et huit femelles; du mouron de mauvaise qualité fit mourir trois de ces « mâles, et toutes les femelles perdirent leur première ponte. Je m'avisai « de substituer aux trois mâles morts trois chardonnerets mâles pris dans « un battant, je les lâchai dans la volière au commencement de mai. Sur « la fin de juillet, j'eus deux nids de petits mulets qui réussirent on ne peut « pas mieux, et l'année suivante j'ai eu trois pontes de chaque chardon- « neret mâle avec les femelles canaris. Les femelles canaris ne produisent « ordinairement avec le chardonneret que depuis l'âge d'un an jusqu'à « quatre, tandis qu'avec leurs mâles naturels elles produisent jusqu'à huit « ou neuf ans d'âge : il n'y a que la femelle commune panachée qui pro- « duise au delà de l'âge de quatre ans avec le chardonneret. Au reste, il « ne faut jamais lâcher le chardonneret dans une volière, parce qu'il dé- « truit les nids et casse les œufs des autres oiseaux. » On voit que les serines, quoique accoutumées aux mâles de leur espèce, ne laissent pas do se prêter à la recherche des chardonnerets, et ne s'en unissent pas moins avec eux. Leur union est même aussi féconde qu'avec leurs mâles naturels, puisqu'elles font trois pontes dans un an avec le chardonneret ; il n'en est pas de même de l'union du mâle linotte avec la serine : il n'y a, pour l'ordinaire, qu'une seule ponte, et très-rarement deux dans l'année.
Ces oiseaux bâtards, qui proviennent du mélange des canaris avec les tarins, les chardonnerets, etc. , ne sont pas des mulets stériles, mais des
a. Traité des serins des Canaries, p. 263.
métis féconds qui peuvent s'unir et produire non-seulement avec leurs races maternelle ou paternelle, mais même reproduire entre eux des individus féconds dont les variétés peuvent aussi se mêler et se perpétuer °. Mais il faut convenir que le produit de la génération dans ces métis n'est pas aussi certain ni aussi nombreux, à beaucoup près, que dans les espèces pures; ces métis ne font ordinairement qu'une ponte par an, et rarement deux ; souvent les œufs sont clairs, et la production réelle dépend de plusieurs petites circonstances qu'il n'est pas possible de reconnaître et moins encore d'indiquer précisément. On prétend que parmi ces métis il se trouve toujours beaucoup plus de mâles que de femelles1. « Une femelle de canari et « un chardonneret (dit le P. Bougot) m'ont, dans la même année, produit « en trois pontes dix-neuf œufs qui tous ont réussi ; dans ces dix-neuf « petits mulets il n'y avait que trois femelles sur seize mâles. » Il serait bon de constater ce fait par des observations réitérées. Dans les espèces pures de plusieurs oiseaux, comme dans celle de la perdrix, on a remarqué qu'il y a aussi plus de mâles que de femelles. La même observation a été faite sur l'espèce humaine : il naît environ dix-sept garçons sur seize fdles dans nos climats; on ignore quelle est la proportion du nombre des mâles et de celui des femelles dans l'espèce de la perdrix , on sait seulement que les mâles sont en plus grand nombre, parce qu'il y a toujours des bourdons vacants dans le temps d-u partage : mais il n'est pas à présumer que dans aucune espèce pure le nombre des mâles excède celui des femelles autant que seize excède trois, c'est-à-dire autant que dans l'espèce mêlée de la serine et du chardonneret. J'ai ouï dire seulement qu'il se trouvait de même plus de femelles que de mâles dans le nombre des mulets qui proviennent de l'âne et de la jument; mais je n'ai pu me procurer sur cela des informations assez exactes pour qu'on doive y compter. Il s'agirait donc ( et cela serait assez facile) de déterminer par des observations combien il naît de mâles, et combien de femelles dans l'espèce pure du canari, et voir ensuite si le nombre des mâles est encore beaucoup plus grand dans les métis qui proviennent des espèces mêlées du chardonneret et de la serine. La raison qui me porte à le croire, c'est qu'en général le mâle influe plus que la femelle sur la force et la qualité des races. Au reste, ces oiseaux métis, qui sont plus forts et qui ont la voix plus perçante, l'haleine plus longue que les canaris de l'espèce pure, vivent aussi plus longtemps. Mais il y a une observation constante qui porte sur les uns et sur les autres, c'est que,
a. M. Sprengel a fait plusieurs observations sur les canaris mulets, et a suivi à cet effet très-exactement la multiplication des oiseaux qui provenaient de l'accouplement des serins avec les chardonnerets, et cet oiseleur assure que les mulets provenus de ces oiseaux ont multiplié entre eux et avec leurs races paternelle et maternelle; les preuves qu'il en donne ne laissent 'Uême rien à désirer à ce sujet, quoiqu'on ait toujours regardé avant lui les serins mulets comme stériles. Amusements innocents, p. 45.