Voyez la note de la page 200 du IVe volume
plus ils travaillent à la propagation et plus ils abrègent leur vie. Un serin mâle, élevé seul et sans communication avec une femelle, vivra communément treize ou quatorze ans; un métis provenant du chardonneret, traité de même, vit dix-huit et même dix-neuf ans. Un métis provenant du tarin, et également privé de femelles, vivra quinze ou seize ans, tandis que le serin mâle, auquel on donne une femelle ou plusieurs, ne vit guère que dix ou onze ans, le métis tarin onze ou douze ans, et le métis chardonneret quatorze ou quinze : encore faut-il avoir l'attention de les séparer tous de leurs femelles après les pontes, c'est-à-dire depuis le mois d'août jusqu'au mois de mars : sans cela, leur passion les use et leur vie se raccourcit encore de deux ou (rois années.
A ces remarques particulières, qui toutes sont intéressantes, je dois ajouter une observation générale plus importante et qui peut encore donner quelques lumières sur la génération des animaux et sur le développement de leurs différentes parties. L'on a constamment observé en mêlant les canaris, soit entre eux, soit avec des oiseaux étrangers, que les métis provenus de ces mélanges ressemblent à leur père par la tête, la queue, les jambes, et à leur mère par le reste du corps; on peut faire la même observation sur les mulets quadrupèdes : ceux qui viennent de l'âne et de la jument ont le corps aussi gros que leur mère, et tiennent du père les oreilles, la queue, la sécheresse des jambes; il paraît donc que dans le mélange des deux liqueurs séminales, quelque intime qu'on doive le supposer pour l'accomplissement de la génération, les molécules organiques fournies par la femelle occupent le centre de cette sphère vivante qui s'accroît dans toutes les dimensions, et que les molécules données par le mâle environnent celles de la femelle, de manière que l'enveloppe et les extrémités du corps appartiennent plus au père qu'à la mère. La peau, le poil et les couleurs, qu'on doit aussi regarder comme faisant partie extérieure du corps, tiennent plus du côté paternel que du côté maternel. Plusieurs métis que j'ai obtenus, en donnant un bouc à des brebis, avaient tous, au lieu de laine, le poil rude de leur père. Dans l'espèce humaine on peut de même remarquer que communément le fils ressemble plus à son père qu'à sa mère par les jambes, les pieds, les mains, l'écriture, la quantité et la couleur des cheveux, la qualité de la peau, la grosseur de la tête; et dans les mulâtres qui proviennent d'un blanc et d'une négresse, la teinte de noir est plus diminuée que dans ceux qui viennent d'un nègre et d'une blanche : tout cela semble prouver que dans l'établissement local des molécules organiques fournies par les deux sexes, celles du mâle surmontent et enveloppent celles de la femelle, lesquelles forment le premier point d'appui et, pour ainsi dire, le noyau de l'être qui s'organise; et que, malgré la pénétration et le mélange intime de ces molécules, il en reste plus de masculines à la surface et plus de féminines à l'intérieur, ce qui paraît naturel, puisque ce
sont les premières qui vont chercher les secondes : d'où il résulte que, dans le développement du corps, les membres doivent tenir plus du père que de la mère, et le corps doit tenir plus de la mère que du père.
Et comme, en général, la beauté des espèces ne se perfectionne et ne peut même se maintenir qu'en croisant les races , et qu'en même temps la noblesse de la ligure, la force et la vigueur du corps dépendent presque en entier de la bonne proportion des membres, ce n'est que par les mâles qu'on peut ennoblir ou relever les races dans l'homme et dans les animaux : de grandes et belles juments avec de vilains petits chevaux ne produiront jamais que des poulains mal faits; tandis qu'un beau cheval avec une jument, quoique laide, produira de très-beaux chevaux, et d'autant plus beaux, que les races du père et de la mère seront plus éloignées, plus étrangères l'une à l'autre. Il en est de même des moutons, ce n'est qu'avec des béliers étrangers qu'on peut en relever les races, et jamais une belle brebis avec un petit bélier commun ne produira que des agneaux tout aussi communs. Il me resterait plusieurs choses à dire sur cette matière importante, mais ici ce serait se trop écarter de notre sujet, dont néanmoins l'objet le plus intéressant, le plus utile pour l'histoire de la nature, serait l'exposition de toutes les observations qu'on a déjà faites et que l'on pourrait l'aire encore sur ie mélange des animaux. Comme beaucoup de gens s'occupent ou s'amusent de la multiplication des serins , et qu'elle se fait en peu de temps, on peut aisément tenter un grand nombre d'expériences sur leurs mélanges avec des oiseaux différents, ainsi que sur les produits ultérieurs de ces mélanges : je suis persuadé que par la réunion de toutes ces observations et leur comparaison avec celles qui ont été faites sur les animaux et sur l'homme, on parviendrait à déterminer peut-être assez précisément l'influence, la puissance effective du mâle dans la génération , relativement à celle de la femelle, et par conséquent désigner les rapports généraux par lesquels on pourrait présumer que tel mâle convient ou disconvient à telle ou telle femelle, etc.
Néanmoins il est vrai que dans les animaux comme dans l'homme, et même dans nos petits oiseaux, la disconvenance du caractère, ou si l'on veut la différence des qualités morales, nuit souvent à la convenance des qualités physiques. Si quelque chose peut prouver que le caractère est une impression bonne ou mauvaise donnée par la nature, et dont l'éducation ne peut changer les traits, c'est l'exemple de nos serins : « Ils sont presque « tous (dit M. Hervieux ) différents les uns des autres par leurs inclinations; « il y a des mâles d'un tempérament toujours triste, rêveurs, pour ainsi « dire, et presque toujours bouffis, chantant rarement, et ne chantant que
«d'un ton lugubre ; qui sont des temps infinis à apprendre, et ne
« savent jamais que très-imparfaitement ce qu'on leur a montré, et le peu « qu'ils savent ils l'oublient aisément Ces mêmas serins sont souvent
« d'un naturel si malpropre qu'ils ont toujours les pattes et la queue sales ; « ils ne peuvent plaire à leur femelle, qu'ils ne réjouissent jamais par leur « chant, même dans le temps que ses petits viennent d'éclore, et d'ordi-
« naire ces petits ne valent pas mieux que leur père Il y a d'autres
« serins qui sont si mauvais qu'ils tuent la femelle qu'on leur donne, et « qu'il n'y a d'autre moyen de les dompter qu'en leur en donnant deux; «elles se réuniront pour leur défense commune, et l'ayant d'abord vaincu a par la force, elles le vaincront ensuite par l'amour0. Il y en a d'autres « d'une inclination si barbare qu'ils cassent et mangent les œufs lorsque la « femelle les a pondus, ou si ce père dénaturé les laisse couver, à peine « les petits sont-ils éclos qu'il les saisit avec le bec, les traîne dans la cabane « et les tue6. » D'autres, qui sont sauvages, farouches, indépendants, qui ne veulent être ni touchés ni caressés, qu'il faut laisser tranquilles, et qu'on ne peut gouverner ni traiter comme les autres : pour peu qu'on se mêle de leur ménage, ils refusent de produire; il ne faut ni toucher à leur cabane, ni ôter les œufs, et ce n'est qu'en les laissant vivre à leur fantaisie qu'ils s'uniront et produiront. Il y en a d'autres enfin qui sont très-paresseux : par exemple, les gris ne font presque jamais de nid, il faut que celui qui les soigne fasse leur nid pour eux, etc. Tous ces caractères sont, comme
a. Il arrive quelquefois que ces mauvais mâles ont d'ailleurs d'autres qualités qui réparent en quelque sorte ce défaut, comme par exemple d'avoir un chant fort mélodieux, un beau plumage et d'être fort familiers; si vous voulez donc les garder pour les faire nicher, vous prendrez deux femelles bien fortes et d'un an plus vieilles que ce mauvais màlc que vous voulez leur donner; vous mettrez ces deux femelles quelques mois ensemble dans la même cage, afin qu'elles se connaissent bien et n'étant pas jalouses l'une de l'autre, lorsqu'elles n'auront qu'un même mâle elles ne se battront pas. Un mois devant le temps qu'on les met couver vous les lâcherez toutes deux dans une même cabane , et quand le temps de les accoupler sera venu vous mettrez ce mâle avec les deux femelles; il ne manquera pas de vouloir les battre, surtout les premiers jours qu'il sera avec elles; mais les femelles se mettant toutes deux en défense contre lui, elles prendront certainement parla suite un empire absolu sur lui, en sorte que ne pouvant rien gagner par la force, il s'apprivoisera si bien en peu de temps avec ces deux femelles qu'il les vaincra enfin par la douceur. Ces sortes de mariages forcés réussissent souvent mieux que d'autres dont on attendait beaucoup et qui souvent ne produisent rien. Pour conserver la couvée , il faut dans ce cas ôter le premier œuf que la femelle aura pondu et en mettre un d'ivoire à la place; le lendemain vous ferez de même, ôtant toujours l'œuf dans le même instant que la femelle vient de le pondre pour que le mâle n'ait pas le temps de le casser; lorsqu'elle aura pondu son dernier œuf, elle n'aura plus besoin de son mâle que vous enfermerez dans une cage séparée, laissant couver les œufs à la femelle. Le mâle restera dans sa cage au milieu de la cabane pendant tout le temps que la femelle couvera ses œufs et qu'elle nourrira ses petits , mais aussitôt qu'on auva ôté les petits pour les élever à la brochette, vous lâcherez le prisonnier et le rendrez à la femelle. Traité des serins des Canaries, p. 117 et suivantes.
6. Il y a des mâles d'un tempérament faible, indifférents pour les femelles, toujours malades après la nichée ; il ne faut pas les apparier, car j'ai remarqué que les petits leur ressemblent. Il y en a d'autres si pétulants qu'ils battent leur femelle pour la faire sortir du nid , et l'empêchent de couver : ceux-ci sont les plus robustes , les meilleurs pour le chant , et souvent les plus beaux pour le plumage et les plus familiers ; d'autres cassent les œufs et tuent leurs petits jour jouir plus tôt de leur femelle , d'autres ont une sympathie singulière qui a l'air du choix et d'une préférence marquée. Un mâle, mis avec vingt femelles, en choisit une ou deux qu'il suit
l'on voit, très-distincts entre eux et très- différents de celui de nos serins favoris, toujours gais, toujours chantants, si familiers, si aimables, si bons maris, si bons pères, et en tout d'un caractère si doux, d'un naturel si heureux, qu'ils sont susceptibles de toutes les bonnes impressions et doués des meilleures inclinations ; ils récréent sans cesse leur femelle par leur chant; ils la soulagent dans la pénible assiduité de couver; ils l'invitent à changer de situation, à leur céder la place, et couvent eux-mêmes tous les jours pendant quelques heures ; ils nourrissent aussi leurs petits, et enfin ils apprennent tout ce qu'on peut leur montrer. C'est par ceux-ci seuls qu'on doit juger l'espèce, et je n'ai fait mention des autres que pour démontrer que le caractère, même dans les animaux, vient delà nature, et n'appartient pas à l'éducation.
Au reste, le mauvais naturel apparent qui leur fait casser les œufs et tuer leurs petits vient souvent de leur tempérament et de leur trop grande pétulance en amour; c'est pour jouir de leur femelle plus pleinement et plus souvent qu'ils la chassent du nid et lui ravissent les plus chers objets de son affection : aussi, la meilleure manière de faire nicher ces oiseaux n'est pas de les séparer et de les mettre en cabane ; il vaut beaucoup mieux leur donner une chambre bien exposée au soleil, et au levant d'hiver; ils s'y plaisent davantage et y multiplient mieux; car s'ils sont en cage ou en cabane avec une seule femelle, ils lui casseront ses œufs pour en jouir de nouveau; dans la chambre, au contraire, où il doit y avoir plus de femelles que de mâles, ils en chercheront une autre et laisseront la première couver tranquillement. D'ailleurs les mâles, par jalousie, ne laissent pas de se donner entre eux de fortes distractions, et lorsqu'ils en voient un trop ardent tourmenter sa femelle et vouloir casser les œufs, ils le battent assez pour amortir ses désirs.
On leur donnera, pour laire les nids, de la charpie de linge tin, de la bourre de vache ou de cerf qui n'ait pas été employée à d'autres usages, de la mousse et du petit foin sec et très-menu. Les chardonnerets et les tarins qu'on met avec les serines, lorsqu'on veut se procurer des métis, emploient le petit foin et la mousse de préférence, mais les serins se servent plutôt de la bourre et de la charpie; il faut qu'elle soit bien hachée,
partout, qu'il embecque et auxquelles il demeure constamment attaché sans se soucier des autres. Ceux-ci sont de bon naturel et le communiquent à leur progéniture. D'autres ne sympathisent avec aucune femelle et demeurent inactifs et stériles. On trouve dans les femelles comme dans les mâles la même différence pour le caractère et pour le tempérament. Les femelles jonquilles sont les plus douces; les agates sont remplies de fantaisies et souvent quittent leurs petits pour se donner au mâle; les femelles panachées sont assidues sur leurs œufs et bonnes à leurs petits, mais les mâles panachés étant les plus ardents de tous les canaris, ont besoin de deux et même de trois femelles, si l'on veut les empêcher de les chasser du nid et de casser les rrufs. Ceux qui sont entièrement jonquilles ont à peu près la même pétulance et il leur faut aussi deux ou trois femelles. Les mâles agate sont les plus faibles, et les femelles de cette race meurent assez souvent sur les œufs. ( Note communiquée par le R. P. Bougot. )
crainte qu'ils n'enlèvent les œufs avec celte espèce de filasse qui s'embarrasserait dans leurs pieds.
Pour les nourrir, on établit dans la chambre une trémie percée tout à l'entour, de manière qu'ils puissent y passer la tête. On mettra dans cette trémie une portion du mélange suivant : trois pintes de navette, deux d'avoine, deux de millet, et enfin une pinte de chènevis, et tous les douze ou treize jours on regarnira la trémie, prenant garde que toutes ces graines soient bien nettes et bien vannées. Voilà leur nourriture tant qu'ils n'ont que des œufs, mais la veille que les petits doivent éclore on leur donnera un échaudé sec et pétri sans sel, qu'on leur laissera jusqu'à ce qu'il soit mangé, après quoi on leur donnera des œufs cuits durs; un seul œuf dur, s'il n'y a que deux mâles et quatre femelles; deux œufs, s'il y a quatre mâles et huit femelles, et ainsi à proportion du nombre : on ne leur donnera ni salade ni verdure pendant qu'ils nourrissent, cela affaiblirait beaucoup les petits; mais pour varier un peu leurs aliments et les réjouir par un nouveau mets, vous leur donnerez tous les trois jours sur une assiette, au lieu de l'échaudé, un morceau de pain blanc trempé dans l'eau et pressé dans la main; ce pain, qu'on ne leur donnera qu'un seul jour sur trois, étant pour ces oiseaux une nourriture moins substantielle que l'échaudé, les empêchera de devenir trop gras pendant leur ponte : on fera bien aussi de leur fournir dans le même temps quelques graines d'alpisle, et seulement tous les deux jours, crainte de les trop échauffer; le biscuit sucré produit ordinairement cet effet, qui est suivi d'un autre encore plus préjudiciable, c'est qu'étant nourris de biscuit ils font souvent des œufs clairs ou des petits faibles et trop délicats. Lorsqu'ils auront des petits on leur fera tous les jours bouillir de la navette afin d'en ôter l'âcreté. « Une longue expérience, « dit le P. Bougot, m'a appris que cette nourriture est celle qui leur con- « vient le mieux, quoi qu'en disent tous les auteurs qui ont écrit sur les « canaris. »
Après leur ponte, il faut leur donner du plantain et de la graine de laitue pour les purger, mais il faut en même temps ôter tous les jeunes oiseaux, qui s'affaibliraient beaucoup par cette nourriture, qu'on ne doit fournir que pendant deux jours aux pères et mères. Quand vous voudrez élever des serins à la brochette, il ne faudra pas, comme le conseillent la plupart des oiseleurs, les laisser à leur mère jusqu'au onzième ou douzième jour, il vaut mieux lui ôter ses petits dès le huitième jour; on les enlèvera avec le nid et on ne lui laissera que le panier. On préparera d'avance la nourriture de ces petits; c'est une pâtée composée de navette bouillie, d'un jaune d'œuf et de mie d'échaudé, mêlée et pétrie avec un peu d'eau, dont on leur donnera des becquées toutes les deux heures; il ne faut pas que cette pâtée soit trop liquide, et l'on doit, crainte qu'elle ne s'aigrisse, la renouveler chaque jour jusqu'à ce que les petits mangent seuls.
Dans ces oiseaux captifs la production n'est pas aussi constante, mais parait néanmoins plus nombreuse qu'elle ne le serait probablement dans leur état de liberté; car il y a quelques femelles qui font quatre et même cinq pontes par an, chacune de quatre, cinq, six et quelquefois sept œufs : communément elles font trois pontes, et la mue les empêche d'en faire davantage0. Il y a néanmoins des femelles qui couvent pendant la mue, pourvu que leur ponte soit commencée avant ce temps. Les oiseaux de la même nichée ne muent pas tous en même temps. Les plus faibles sont les premiers qui subissent ce changement d'état ; les plus forts ne muent souvent que plus d'un mois après. La mue des serins jonquilles est plus longue et ordinairement plus funeste que celle des autres. Ces femelles jonquilles ne font que trois pontes de trois œufs chacune; les blonds, mâles et femelles, sont trop délicats, et leur nichée réussit rarement; les isabelles ont quelque répugnance à s'apparier ensemble , le mâle prend rarement, dans une grande volière, une femelle isabelle, et ce n'est qu'en les mettant tous deux en cage qu'ils se déterminent à s'unir. Les blancs, en général, sont bons à tout, ils couvent, nichent et produisent aussi bien et mieux qu'aucun des autres, et les blancs panachés sont aussi les plus forts de tous.
Malgré ces différences dans le naturel, le tempérament, et dans le nombre de la production de ces oiseaux, le temps de l'incubation est le même : tous couvent également treize jours, et lorsqu'il y a un jour de plus ou de moins, cela paraît venir de quelque circonstance particulière; le froid retarde l'éclosion des petits et le chaud l'accélère; aussi arrive-t-il souvent que la première couvée, qui se trouve au mois d'avril, dure treize jours et demi ou quatorze jours au lieu de treize, si l'air est alors plus froid que tempéré ; et au contraire, dans la troisième couvée, qui se fait pendant les grandes chaleurs du mois de juillet ou d'août, il arrive quelquefois que les petits sortent de l'œuf au bout de douze jours et demi ou même douze jours* On fera bien de séparer les mauvais œufs des bons, mais pour les reconnaître d'une manière sûre, il faut attendre qu'ils aient été couvés pendant huit ou neuf jours; on prend doucement chaque œuf par les deux bouts, crainte de les
a. Il y a des femelles qui ne pondent point du tout et qu'on appelle bréhaignes, d'autres qui ne font qu'une ponte ou deux pendant toute l'année; encore après avoir pondu leur premier œuf, elles sont souvent le lendemain à se reposer, ne faisant leur second œuf que deux ou trois jours après; il y en a d'autres qui ne font que trois pontes, lesquelles sont pour ainsi dire réglées , ayant trois œufs à chacune de leur couvée tout de suite , c'est-à-dire, sans intervalle de jours. Il y en a d'une quatrième espèce, que l'on peut appeler commune , parce qu'elles sont en grand nombre ; elles font quatre pontes et à chacune des pontes elles font quatre à cinq œufs, leurs pontes ne sont pas toujours réglées. Il y en a enfin d'autres plus œuvées que toutes celles dont je viens de parler, elles font cinq pontes et en feraient davantage si on les laissait faire; chacune de leurs pontes est souvent de six à sept œufs. Lorsque cette espèce de serins nourrissent bien , ils sont parfaits, l'on ne les saurait trop ménager ; leur valeur doit surpasser le prix de six autres communs. Traité des serins des Canaries, p. 171 et suiv.
casser, on les mire au grand jour ou à la lumière d'une chandelle, et l'on rejette tous ceux qui sont clairs; ils ne feraient que fatiguer la femelle si on les lui laissait; en triant ainsi les œufs clairs, on peut assez souvent de trois couvées n'en faire que deux; la troisième femelle se trouvera libre et travaillera bientôt à une seconde nichée0. Une pratique fort recommandée par les oiseleurs, c'est d'enlever les œufs à la femelle à mesure qu'elle les pond et de leur substituer des œufs d'ivoire, afin que tous les œufs puissent éclore en même temps; on attend le dernier œuf avant de rendre les autres à la femelle et de lui ôter ceux d'ivoire. D'ordinaire le moment de la ponte est à six ou sept heures du matin ; on prétend que, quand elle retarde seulement d'une heure, c'est que la femelle est malade : la ponte se fait ainsi successivement6; il est donc aisé de se saisir des œufs à mesure qu'ils sont produits. Néanmoins cette pratique, qui est plutôt relative à la commodité de l'homme qu'à celle de l'oiseau, est contraire au procédé de !a nature; elle fait subir à la mère une plus grande déperdition de chaleur et la surcharge tout à la fois de cinq ou six petits qui, venant tous ensemble, l'inquiètent plus qu'ils ne la réjouissent, tandis qu'en les voyant éclore successivement les uns après les autres, ses plaisirs se multiplient et soutiennent ses forces et son courage : aussi des oiseleurs très-intelligents m'ont assuré qu'en n'ôtant pas les œufs à la femelle et les laissant éclore successivement, ils avaient toujours mieux réussi que par cette substitution des œufs d'ivoire.
Au reste, nous devons dire qu'en général les pratiques trop recherchées et les soins scrupuleux que nos écrivains conseillent de donner à l'éducation de ces oiseaux sont plus nuisibles qu'utiles; il faut, autant qu'il est possible, se rapprocher en tout de la nature. Dans leur pays natal, les serins se tiennent sur les bords des petits ruisseaux ou des ravines humides"; il ne faut donc jamais les laisser manquer d'eau tant pour boire que pour se baigner. Comme ils sont originaires d'un climat très-doux, il faut les mettre à l'abri de la rigueur de l'hiver; il paraît même qu'étant déjà assez ancien-
a. Lorsqu'on distribue les œufs d'une femelle à d'autres, il faut qu'ils soient tous bons; les femelles panachées auxquelles on donnerait des œufs clairs ou mauvais, ne manqueraient pas de les jeter elles-mêmes hors du nid au lieu de les couver ; et lorsque le nid est trop profond pour qu'elles puissent les faire couler à terre, elles ne cessent de les becqueter jusqu'à ce qu'ils soient cassés, ce qui gâte les autres œufs et souvent infecte le nid et fait avorter la couvée entière ; les femelles d'autres couleurs couvent les œufs clairs qu'on leur donne. ( Note du R. P. Bougot. )
6. La ponte se fait toujours à la même heure, si la femelle est dans le même état de santé ; cependant il faut faire une exception pour le dernier œuf, qui est ordinairement retardé de quelques heures et quelquefois d'un jour. Ce dernier œuf est constamment plus petit que les autres, et l'on m'a assuré que le petit qui provient de ce dernier œuf est toujours un mâle : il serait bon de constater ce fait singulier.
c. Les serins de Ganarie qu'on apporte en Angleterre, sont nés dans les barancos ou les ravins que l'eau forme en descendant des montagnes. Histoire générale des voyages, t. II, page 241.
nement naturalisés en France, ils se sont habitués au froid de notre pays, car on peut les conserver en les logeant dans une chambre sans feu, dont il n'est pas même nécessaire que la fenêtre soit vitrée : une grille maillée pour les empêcher de fuir suffira; je connais plusieurs oiseleurs qui m'ont assuré qu'en les traitant ainsi on en perd moins que quand on les tient dans des chambres échauffées par le feu. Il en est de même de la nourriture, on pourrait la rendre plus simple, et peut-être ils ne s'en porteraient que mieux". Une attention qui paraît plus nécessaire qu'aucune autre, c'est de ne jamais presser le temps de la première nichée; on a coutume de permettre à ces oiseaux de s'unir vers le 20 ou le 25 de mars, et l'on ferait mieux d'attendre le 12 ou le 15 d'avril; car lorsqu'on les met ensemble dans un temps encore froid, ils se dégoûtent souvent l'un de l'autre, et si par hasard les femelles font des œufs, elles les abandonnent, à moins que la saison ne devienne plus chaude; on perd donc une nichée tout entière en voulant avancer le temps de la première.
Les jeunes serins sont différents des vieux, tant par les couleurs du plumage, que par quelques autres caractères. « Un jeune serin de l'année, « observé le 13 septembre 17726 avait la tête, le cou, le dos et les pennes « des ailes noirâtres, excepté les quatre premières pennes de l'aile gauche, « et les six premières pennes de l'aile droite, qui étaient blanchâtres; le « croupion, les couvertures des ailes, la queue, qui n'était pas encore ence tièrement formée, et le dessous du corps, étaient aussi de couleur blan- « châtre, et il n'y avait pas encore de plumes sur le ventre depuis le sler- « num jusqu'à l'anus. Ce jeune oiseau avait le bec inférieur rentrant dans « le bec supérieur, qui était assez gros et un peu crochu. » A mesure que l'oiseau avance en âge, la disposition et les nuances de couleur changent : on distingue les vieux des jeunes par la force, la couleur et le chant; les vieux ont constamment les couleurs plus foncées et plus vives que les jeunes; leurs pattes sont plus rudes et tirant sur le noir s'ils sont de la race grise; ils ont aussi les ongles plus gros et plus longs que les jeunes0. La femelle ressemble quelquefois si fort au mâle, qu'il n'est pas aisé de les
a. J'ai souvent éprouvé par moi-même et par d'autres qui se piquaient de suivre à la lettre et dans toute leur étendue les pratiques prescrites par les auteurs, que souvent le trop de soins et d'attentions fait périr ces oiseaux : une nourriture réglée de navette et de millet; de l'eau d'un jour à l'autre en hiver, et d'une ou deux fois par jour en été ; du séneçon , lorsqu'il en est, une fois le mois; du mouron dans le temps de la mue; au lieu de sucre, de l'avoine battue et du blé de Turquie , et surtout une grande propreté ; c'est à quoi je me réduis depuis la fatale expérience que j'ai faite des leçons des autres. Petit Traité de la nichée des canaris communiqué par M. Batteau, avocat à Dijon. — Je crois qu'il pourrait y avoir ici une petite erreur : tous les oiseleurs que j'ai consultés m'ont dit qu'il fallait bien se garder de donner aux serins du mouron dans la mue, et que cette nourriture trop rafraîchissante prolongeait la durée de ce mauvais état de sauté. Les autres conseils que donne ici M. Batteau me paraissent bien fondés.
b. Note communiquée par M. Gueneau de Montbeillard.
c. Amusements innocents, pages Gl et 0-i.
!LE SERIN DES CANATUEb. 1Ô3
distinguer au premier coup d'œil ; cependant le mâle a toujours les couleurs plus fortes que la femelle, la tète un peu plus grosse et plus longue, les tempes d'un jaune plus orangé, et sous le bec une espèce de flamme jaune qui descend plus bas que sous le bec de la femelle; il a aussi les jambes plus longues; enfin il commence à gazouiller presque aussitôt qu'il mange seul. Il est vrai qu'il y a des femelles qui, dans ce premier âge, gazouillent aussi fort que les mâles. Mais en rassemblant ces différents indices on pourra distinguer, même avant la première mue, les serins mâles et les femelles. Après ce temps il n'y a plus d'incertitude à cet égard, car les mâles commencent dès lors à déclarer leur sexe par le chant.
Toute expression subite de la voix est, dans les animaux, un indice vif de passion; et comme l'amour est, de toutes les émotions intérieures, celle qui les remue le plus souvent et qui les transporte le plus puissamment, ils ne manquent guère de manifester leur ardeur. Les oiseaux par leur chant, le taureau par son mugissement, le cheval par le hennissement, l'ours par son gros murmure, etc., annoncent tous un seul et même désir. L'ardeur de ce désir n'est pas, à beaucoup près, aussi grande, aussi vive dans la femelle que dans le mâle, aussi ne l'exprime-t-elle que rarement par la voix; celle de la serine n'est tout au plus qu'un petit ton de tendre satisfaction, un signe de consentement qui n'échappe qu'après avoir écouté longtemps, et après s'être laissé pénétrer de la prière ardente du mâle, qui s'efforce d'exciter ses désirs en lui transmettant les siens. Néanmoins cette femelle a, comme toutes les autres, grand besoin de l'usage de l'amour dès qu'elle est une fois excitée, car elle tombe malade et meurt, lorsque étant séparés, celui qui a fait naître sa passion ne peut la satisfaire.
II est rare que les serins élevés en chambre tombent malades avant la ponte; il y a seulement quelques mâles qui s'excèdent et meurent d'épuisement : si la femelle devient malade pendant la couvée, il faut lui ôter ses œufs et les donner à une autre, car quand même elle se rétablirait promptement elle ne les couverait plus. Le premier symptôme de la maladie, surtout dans le mâle, est la tristesse; dès qu'on ne lui voit pas sa gaieté ordinaire, il faut le mettre seul dans une cage et le placer au soleil dans la chambre où réside sa femelle. S'il devient bouffi, on regardera s'il n'a pas un bouton au-dessus de la queue; lorsque ce bouton est mûr et blanc, l'oiseau le perce souvent lui-même avec le bec, mais si la suppuration tarde trop on pourra ouvrir le bouton avec une grosse aiguille, et ensuite étuver la plaie avec de la salive sans y mêler de sel, ce qui la rendrait trop cuisante sur la plaie. Le lendemain on lâchera l'oiseau malade, et l'on reconnaîtra par son maintien et son empressement auprès de sa femelle s'il est guéri ou non. Dans ce dernier cas, il faut le reprendre, lui souffler avec un petit tuyau de plume du vin blanc sous les ailes, le remettre au soleil, et reconnaître en le lâchant le lendemain l'état de sa santé : si la tristesse et VI. 13
49i ' LE SERIN DES CANARIES.
le dégoût continuent après ces petits remèdes, on ne peut guère espérer de Je sauver; il faudra dès lors le remettre en cage séparée et donner à sa femelle un autre mâle ressemblant à celui qu'elle perd, ou, si cela ne se peut, on tâchera de lui donner un mâle de la même espèce qu'elle; il y a ordinairement plus de sympathie entre ceux qui se ressemblent qu'avec les autres, à l'exception des serins isabelles, qui donnent la préférence à des femelles d'autre couleur. Mais il faut que ce nouveau mâle, qu'on veut substituer au premier, ne soit point un novice en amour, et que par conséquent il ait déjà niché. Si la femelle tombe malade, on lui fera le même traitement qu'au mâle.
La cause la plus ordinaire des maladies, est la trop abondante ou la trop bonne nourriture : lorsqu'on fait nicher ces oiseaux en cage ou en cabane, souvent ils mangent trop ou prennent de préférence les aliments succulents destinés aux petits; et la plupart tombent malades de réplétion ou d'inflammation. En les tenant en chambre, on prévient en grande partie cet inconvénient, parce qu'étant en nombre ils s'empêchent réciproquement de s'excéder. Un mâle qui mange longtemps est sûr d'être battu par les autres mâles; il en est de même des femelles; ces débats leur donnent du mouvement, des distractions et de la tempérance par nécessité; c'est principalement pour cette raison qu'ils ne sont presque jamais malades en chambre pendant le temps de la nichée; ce n'est qu'après celui de la couvée que les infirmités et les maux se déclarent : la plupart ont d'abord le bouton dont nous venons de parler; ensuite tous sont sujets à la mue; les uns soutiennent assez bien ce changement d'état et ne laissent pas de chanter un peu chaque jour, mais la plupart perdent la voix, et quelques-uns dépérissent et meurent. Dès que les femelles ont atteint l'âge de six ou sept ans, il en périt beaucoup dans la mue; les mâles supportent plus aisément cette espèce de maladie, et subsistent trois ou quatre années de plus. Cependant, comme la mue est un effet dans l'ordre de la nature plutôt qu'une maladie accidentelle, ces oiseaux n'auraient pas besoin de remèdes, ou les trouveraient eux-mêmes s'ils étaient élevés par leurs pères et mères dans l'état de nature et de liberté; mais étant contraints, nourris par nous, et devenus plus délicats, la mue, qui, pour les oiseaux libres, n'est qu'une indisposition, un état de santé moins parfaite, devient pour ces captifs une maladie grave et très-souvent funeste, à laquelle même il y a peu de remèdes a. Au reste, la mue est d'autant moins dangereuse qu'elle arrive plus tôt, c'està-dire en meilleure saison. Les jeunes serins muent dès la première année,
a. Pour la mue il faut un morceau d'acier, et non de fer , dans leur eau , vous la changerez trois fois par semaine; ne leur donnez point d'autres remèdes, quoique M. Hervieux nous en indique de plusieurs sortes ; il faut seulement mettre un peu plus de chèuevis dans leur nourriture ordinaire pendant ce temps critique. ( Note communiquée par le R. P. Bougot. ) Observez que l'on ne recommande ici l'acier au lieu de fer, que pour être sûr qu'on ne mettra cas dans l'eau du fer rouillé qui ferait plus de mal que de bien.
six semaines après qu'ils sont nés : ils deviennent tristes, paraissent bouffis et mettent la tète clans leurs plumes; leur duvet tombe dans cette première mue ; et à la seconde, c'est-à-dire l'année suivante, les grosses plumes, même celles des ailes et de la queue, tombent aussi. Les jeunes oiseaux des dernières couvées, qui ne sont nés qu'en septembre ou plus tard, souffrent donc beaucoup plus de la mue que ceux qui sont nés au printemps : le froid est très-contraire à cet état, et ils périraient tous si on n'avait soin de les tenir alors dans un lieu tempéré et même sensiblement chaud. Tant que dure la mue, c'est-à-dire pendant six semaines ou deux mois, la nature travaille à produire des plumes nouvelles, et les molécules organiques, qui étaient précédemment employées à faire le fond de la liqueur séminale, se trouvent absorbées pour cette autre production : c'est par cette raison que, dans ce même temps de mue, les oiseaux ne se cherchent ni ne s'accouplent et qu'ils cessent de produire, car ils manquent alors de ce surplus de vie dont tout être a besoin pour pouvoir la communiquer à d'autres.
La maladie la plus funeste et la plus ordinaire, surtout aux jeunes serins, est celle qu'on appelle Yavalure; il semble en effet que leurs boyaux soient alors avalés et descendus jusqu'à l'extrémité de leur corps. On voit les intestins à travers la peau du ventre dans un état d'inflammation, de rougeur et de distension; les plumes de cette partie cessent de croître et tombent, l'oiseau maigrit, ne mange plus, et cependant se tient toujours dans la mangeoire, enfin, il meurt en peu de jours; la cause du mal est la trop grande quantité ou la qualité trop succulente de la nourriture qu'on leur a donnée. Tous les remèdes sont inutiles; il n'y a que par la diète qu'on peut sauver quelques-uns de ces malades dans un très-grand nombre. On met l'oiseau dans une cage séparée, on ne lui donne que de l'eau et de la graine de laitue ; ces aliments rafraîchissants et purgatifs tempèrent l'ardeur qui le consume, et opèrent quelquefois des évacuations qui lui sauvent la vie. Au reste, cette maladie ne vient pas de la nature, mais de l'art que nous mettons à élever ces oiseaux, car il est très-rare que ceux qu'on laisse nourrir par leurs pères et mères en soient atteints. On doit donc avoir la plus grande attention à ne leur donner que très-peu de chose en les élevant à la brochette : de la navette bouillie, un peu de mouron et point du tout de sucre ni de biscuit, et en tout plutôt moins que trop de nourriture.
Lorsque le serin fait un petit cri fréquent, qui paraît sortir du fond de la poitrine, on dit qu'il est asthmatique : il est encore sujet à une certaine extinction de voix, surtout après la mue; on guérit cette espèce d'asthme en lui donnant de la graine de plantain et du biscuit dur trempé dans du vin blanc, et on fait cesser l'extinction de voix en lui fournissant de bonnes nourritures, comme du jaune d'œufs haché avec de la mie de pain, et pour boisson de la tisane de réglisse, c'est-à-dire de l'eau où l'on fera tremper et bouillir de cette racine.
Les serins ont quelquefois une espèce de chancre qui leur vienl dans le Lee; cette maladie provient des mêmes causes que celle de l'aval ure; les nourritures trop abondantes ou trop substantielles que nous leur fournissons produisent quelquefois une inflammation qui se porte à la gorge et au palais, au lieu de tomber sur les intestins; aussi guérit-oïi cette espèce de chancre comme l'avalure par la diète et par des rafraîchissants. On leur donne de la graine de laitue, et on met dans leur eau quelques semences de melon concassées a.
Les mites et la gole dont ces petits oiseaux sont souvent infectés, ne leur viennent ordinairement que de la malpropreté dans laquelle on les tient ; il faut avoir soin de les bien nettoyer, de leur donner de l'eau pour se baigner, de ne jamais les mettre dans des cages ou des cabanes de vieux ou de mauvais bois, de ne les couvrir qu'avec des étoffes neuves et propres où les teignes n'aient point travaillé; il faut bien vanner, bien laver les graines et les herbes qu'on leur fournit. On leur doit ces petits soins, si l'on veut qu'ils soient propres et sains; ils le seraient s'ils avaient leur liberté, mais, captifs et souvent mal soignés, ils sont comme tous les prisonniers sujets aux maux de la misère. De tous ceux que nous venons d'exposer, aucun ne parait donc leur être naturel, à l'exception de la mue. Il y a même plusieurs de ces oiseaux qui, dans ce malheureux état de captivité, ne sont jamais malades, et dans lesquels l'habitude semble avoir formé une seconde nature. En général, leur tempérament ne pèche que par trop de chaleur; ils ont toujours besoin d'eau : dans leur état de liberté, on les trouve près des ruisseaux ou dans des ravines humides; le bain leur est très-nécessaire, même en toute saison ; car si l'on met dans leur cabane ou dans leur volière un plat chargé de neige, ils se coucheront dedans et s'y tourneront plusieurs fois avec une expression de plaisir, et cela dans le temps même des plus grands froids; ce fait prouve assez qu'il est plus nuisible qu'utile de les tenir dans des endroits bien chauds *.
Mais il y a encore une maladie à laquelle les serins, comme plusieurs autres oiseaux c, paraissent être sujets, surtout dans l'état de captivité : c'est l'épilepsie. Les serins jaunes, en particulier, tombent plus souvent que les autres de ce mal caduc, qui les saisit tout à coup et dans le temps même qu'ils chantent le plus fort : on prétend qu'il ne faut pas les toucher ni les prendre dans le moment qu'ils viennent de tomber, qu'on doit regarder seulement s'ils ont jeté une goutte de sang par le bec, que dans ce cas on
a. Traité des serins de Canarie , p. 245.et suivantes.
b. Ces oiseaux n'ont pas besoin d'être dans un endroit chaud, comme plusieurs le prétendent : dans les grands et les plus grands froids, ils se baignent et se vautrent dans la neige lorsqu'on leur en donne dans un plat; pour moi, je les laisse dans une chambre l'hiver avec un seul grillage de fer sans fermer les fenêtres , ils y chantent à merveille et il ne m'en périt point. (Note communiquée par le R. P. Bougot. )
c. Les geais, les chardonnerets, tous les perroquets, même les plus gros aras, etc.
peut les prendre, qu'ils reviennent d'eux-mêmes, et reprennent en peu de temps leurs sens et la vie; qu'il faut donc attendre de la nature cet effort salutaire qui leur fait jeter une goutte de sang; qu'enfin si on les prenait auparavant, le mouvement qu'on leur communiquerait leur ferait jeter trop tôt cette goutte de sang et leur causerait la mort"; il serait bon de constater cette observation, dont quelques faits me paraissent douteux; ce qu'il y a de certain, c'est que quand ils ne périssent pas du premier accident, c'està-dire dans le premier accès de celte espèce d'épilepsie, ils ne laissent pas de vivre longtemps et quelquefois autant que ceux qui ne sont pas atteints de cette maladie; je crois néanmoins qu'on pourrait les guérir tous en leur faisant une petite blessure aux pattes, car c'est ainsi que l'on guérit les perroquets de l'épilepsie.
Que de maux à la suite de l'esclavage! Ces oiseaux en liberté seraient-ils asthmatiques, galeux, épileptiques, auraient-ils des inflammations, des abcès, des chancres? et la plus triste des maladies, celle qui a pour cause l'amour non satisfait, n'est-elle pas commune à tous les êtres captifs? les femelles surtout, plus profondément tendres, plus délicatement susceptibles, y sont plus sujettes que les mâles. On a remarqué b qu'assez souvent la serine tombe malade au commencement du printemps : avant qu'on l'ait appariée, elle se dessèche , languit et meurt en peu de jours. Les émotions vaines et les désirs vides sont la cause de la langueur qui la saisit subitement lorsqu'elle entend plusieurs mâles chanter à ses côtés, et qu'elle ne peut s'approcher d'aucun. Le mâle, quoique premier moteur du désir, quoique plus ardent en apparence, résiste mieux que la femelle au mal du célibat; il meurt rarement de privation, mais fréquemment d'excès.
Au reste, le physique du tempérament dans la serine est le même que dans les femelles des autres oiseaux ; elle peut , comme les poules, produire des œufs sans communication avec le mâle. L'œuf en lui-même, comme nous l'avons dit, n'est qu'une matrice* que l'oiseau femelle jette au dehors; cette matrice1 demeure inféconde si elle n'a pas auparavant été imprégnée de la semence du mâle, et la chaleur de l'incubation corrompt l'œuf au lieu de le vivifier. On a de plus observé, dans les femelles privées de mâles, qu'elles ne font que rarement des œufs, si elles sont absolument séquestrées, c'est-à-dire si elles ne peuvent les voir ni les entendre; qu'elles en font plus souvent et en plus grand nombre lorsqu'elles sont à portée d'être excitées par l'oreille ou la vue, c'est-à-dire par la présence du mâle ou par son chant, tant les objets, même de loin, émeuvent les puissances dans
a. Note communiquée par le R. P. Bougot.
b. Traité des serins de Canarie , p. 231 et 232.
c. Voyez, dans le premier volume de cette Histoire naturelle, le chapitre cinquième où il est traité de la formation et du développement des œufs.