LE VERDIER
Au printemps, il fait son nid sur ces mêmes arbres, et quelquefois dans les buissons : ce nid est plus grand et presque aussi bien lait que celui du pinson; il est composé d'herbe sèche et de mousse en dehors, de crin, de laine et de plumes en dedans; quelquefois il l'établit dans les gerçures des branches, lesquelles gerçures il sait agrandir avec son bec; il sait aussi pratiquer tout autour un petit magasin pour les provisions".
La femelle pond cinq ou six œufs tachetés au gros bout de rouge brun sur un fond blanc verdâtre; elle couve avec beaucoup d'assiduité, et elle se lient sur les œufs, quoiqu'on en approche d'assez près, en sorte qu'on la prend souvent avec les petits; dans tout autre cas, elle est très-défiante. Le mâle paraît prendre beaucoup d'intérêt à tout ce qui regarde la famille future : il se tient sur les œufs alternativement avec la femelle, et souvent on le voit se jouer autour de l'arbre où est le nid, décrire en voltigeant plusieurs cercles dont ce nid est le centre, s'élever par petits bonds, puis retomber, comme sur lui-même, en battant des ailes* avec des mouvements et un ramage fort gai6; lorsqu'il arrive ou qu'il s'en retourne, c'est-à-dire au temps de ses deux passages , il fait entendre un cri fort singulier, composé de deux sons, et qui a pu lui faire donner en allemand plusieurs noms, dont la racine commune signifie une sonnette : on prétend, au reste, que le chant de cet oiseau se perfectionne dans les métis qui résultent de son union avec le serin.
Les verdiers sont doux et faciles à apprivoiser; ils apprennent à prononcer quelques mots, et aucun autre oiseau ne se façonne plus aisément à la manœuvre de la galère; ils s'accoutument à manger sur le doigt, à revenir à la voix de leur maître, et ils se mêlent en automne avec d'autres espèces pour parcourir les campagnes : pendant l'hiver , ils vivent de baies de genièvre; ils pincent les boutons des arbres, entre autres ceux du marsaule : l'été ils se nourrissent de toutes sortes de graines, mais ils semblent préférer le chènevis. Ils mangent aussi des chenilles, des fourmis, des sauterelles, etc.
Le seul nom de verdier indique assez que le vert est la couleur dominante du plumage, mais ce n'est point un vert pur, il est ombré de gris brun sur la partie supérieure du corps et sur les flancs, et il est mêlé de jaune sur la gorge et la poitrine : le jaune domine sur le haut du ventre, les couvertures inférieures de la queue et des ailes et sur le croupion ; il borde la partie antérieure et les plus grandes pennes de l'aile, et encore les pennes latérales de la queue. Toutes ces pennes sont noirâtres et la plupart
o. Nous tenons ces derniers faits, et quelques autres , de M. Guys, de Marseille.
b. On les garde en cage parce qu'ils chantent plaisamment. Belon. Nature des oiseaux, p. 36S. M. Guys ajoute que le ramage de la femelle est encore plus intéressant que celui du mâle , ce qui serait très-remarquable parmi les oiseaux.