II. — LE CHARDONNERET JAUNE. a
Tous ceux qui ont parlé de cet oiseau se sont accordés à lui donner le nom de chardonneret d'Amérique, mais pour que cette dénomination fût bonne il faudrait que l'oiseau à qui on l'a appliquée fût le seul chardonneret qui existât dans tout le continent du Nouveau-Monde; et non-seulement cela est difficile à supposer, mais cela est démenti par le fait même, puisque le chardonneret de l'article précédent est aussi d'Amérique. J'ai donc cru devoir changer cette dénomination trop vague en une autre qui annonçât
a. The American gold-finch, le chardonneret d'Amérique. Catesby, p. 43. Edwards, pi. 274. -• Fringilla, carduelis Americana , gelber distel-finck. Klein , Ordo avium , § 45 , p. 97. — « Fringilla ilava fronte nigra, alis fuscis; fringilla tristis. » LiDnaeus, Syst. nat., édit. X, g. 98, sp. 14. — « Carduelis lutea; vertice nigro; taenia transversàin alis candida; remigibus, « rectricibusque nigris; minorum remigum oris exteiioribus et in apice albis,.. » Carduelis ..'xericana, le chardonneret d'Amérique. Brisson, t. 111, p. 64. * Fringilla melba (Linn. ).
** Fringilla tristis (Linn.).
ce qu'il y a de plus remarquable dans le plumage de l'oiseau. Le chardonneret jaune a le bec à très-peu près de même forme et de même couleur que notre chardonneret; le front noir, ce qui est propre au mâle; le reste de la tête, le cou, le dos et la poitrine d'un jaune éclatant; les cuisses, le bas-ventre, les couvertures supérieures et inférieures de la queue d'un blanc jaunâtre; les petites couvertures des ailes jaunes à l'extérieur, blanchâtres à l'intérieur, et terminées de blanc; les grandes couvertures noires et terminées d'un blanc légèrement nuancé de brun, ce qui forme deux raies transversales bien marquées sur les ailes qui sont noires ; les pennes moyennes terminées de blanc; celles qui avoisinent le dos et leurs couvertures bordées de jaune; les pennes de la queue, au nombre de douze, égales entre elles, noires dessus, cendrées dessous ; les latérales blanches à l'intérieur vers le bout; le bec et les pieds couleur de chair.
La femelle diffère du mâle en ce qu'elle n'a pas le front noir, mais d'un vert olive, ainsi que tout le dessus du corps, et en ce que le jaune du croupion et du dessous du corps est moins brillant, le noir des ailes moins foncé, et, au contraire, les raies transversales moins claires; enfin, en ce qu'elle a le ventre tout blanc, ainsi que les couvertures inférieures de la queue.
Le jeune mâle ne diffère de la femelle que par son front noir.
La femelle observée par M. Edwards était seule dans sa cage, et cependant elle pondit au mois d'août 1755 un petit œuf gris de perle, sans aucune tache; mais ce qui mérite plus d'attention, c'est que M. Edwards ajoute que constamment cette femelle a mué deux fois par an, savoir, aux mois de mars et de septembre. Pendant l'hiver, son corps était tout à fait brun, mais la tête, les ailes et la queue conservaient la même couleur qu'en été; le mâle étant mort trop tôt, on n'a pu suivre cette observation sur lui; mais il est plus que vraisemblable qu'il aurait mué deux fois comme sa femelle, et comme les bengalis, les veuves, le ministre, et beaucoup d'autres espèces des pays chauds.
L'individu observé par M. Brisson avait le ventre, les flancs, les couvertures inférieures de la queue et des ailes du même jaune que le reste du corps; les couvertures supérieures de la queue d'un gris blanc; le bec, les pieds et les ongles blancs; mais la plupart de ces différences peuvent venir des différents états où l'oiseau a été observé. M. Edwards l'a dessiné vivant; il paraît aussi qu'il était plus grand que celui de M. Brisson.
Catesby nous apprend qu'il est fort rare à la Caroline, moins à la Virginie, et très-commun à la Nouvelle-York : celui qui est représenté dans nos planches enluminées venait du Canada, où le P. Charlevoix a vu plus d'un individu de la même espèce".
a. Nouvelle-France , t. III, p. 156.
Longueur totale, quatre pouces un tiers; bec, cinq à six lignes ; tarse de même ; vol, sept pouces un quart; queue, dix-huit lignes, composée de douze pennes égales, dépasse les ailes de six lignes.
LE SIZERIN."*
M. Brisson appelle cet oiseau petite linotte de vignes. Je ne lui conserve point le nom de linotte, parce qu'il me semble avoir plus de rapport avec le tarin, et que d'ailleurs son ramage est fort inférieur à celui de la linotte. Gessner dit qu'on lui a donné le nom de tschet-scherle, d'après son cri , qui est fort aigu ; il ajoute qu'il ne parait guère que tous les cinq ou tous les sept ans6, comme les jaseurs de Bobème, et qu'il arrive en très-grandes troupes. On voit, par le témoignage des voyageurs, qu'il pousse quelquefois ses excursions jusqu'au Groenland c. M. Frisch nous apprend qu'en Allemagne il passe en octobre et en novembre, et qu'il repasse en février.
J'ai dit qu'il tenait plus du tarin que de la linotte : c'était l'avis de Gessner d, et c'est celui de M. le docteur Lottinger, qui connaît bien ces petits oiseaux. M. Frisch va plus loin, car, selon lui, le tarin peut servir d'appeau pour attirer les sizerins dans les pièges au temps du passage, et ces deux espèces se mêlent et produisent ensemble. Aldrovande a trouvé au sizerin beaucoup de ressemblance avec le chardonneret, et l'on sait qu'un char-
a. « Fringilla remigibus , rectricibusque fuscis, margine obsolète pallido, liturà alarum « albidà. Linaria rubra Gessneri, etc. Suecis Graosiska. » Linnaeus, Fauna Suec, n° 210. Sysl. nat., édit. X , g. 98 , sp. 23, p. 182. — Le sizin ou petit chêne de M. le docteur Lottinger. — « Passer supernè fusco et griseo rufescente variùs , infernè albo rufescens ; maculis rostrum « iateret oculos, et sub gutture fuscis ( vertice et pectore rubris, Mas) ; ( vertice rubro, Fœmina) « tœniâ duplici in alis transversà , albo rufescente ; rectricibus fuscis ; oris in utroque latere « griseo albicantibus... » Linaria rubra minor, la petite linotte de vignes. Brisson, t. III, page 138.
b. Tout ce qui n'est point ordinaire , produit des erreurs encore plus extraordinaires. Les uns ont dit, que l'apparition des troupes nombreuses de sizerins annonçait la peste; d'autres, que ce n'était autre chose que des rats qui se métamorphosaient en oiseaux avant l'hiver, et qui reprenaient leur forme de rat au printemps : on expliquait ainsi pourquoi il n'en parait jamais l'été. Voyez Schwenckfeld , p. 344.
c. « Il vient l'été au Groenland un autre oiseau qui approche de la linotte, quoiqu'il soit « plus petit : on le distingue à la tête, qui est en partie d'un rouge de sang ; on peut l'apprivoiser « et le nourrir de gruau pendant l'hiver... Il en vient quelquefois des vols entiers à bord des « vaisseaux comme un nuage poussé par les vents, à quatre-vingts et cent lieues de la terre. a II a un chant très-agréable. » Continuation de l'histoire des voyages, t. I , p. 42. Serait-ce les mêmes oiseaux que l'on nourrit à la Chine dans des cages pour les faire combattre ? « Ces « oiseaux ressemblent, dit-on, aux linottes, et comme ils sont grands voyageurs , il serait « moins surprenant de les trouver dans un pays si éloigné. » Navarette, p. 40.
d. « Magnitudine et figura rostri ad ligurinum accedit : colore differt. » De Avibus, p. 591.
* Fringilla linaria (Linn. ). — Le sizerin, cabaret ou petite linotte (Cuv.). — Sous-genre Linottes et Chardonnerets ( Cuv. J.
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donneret approche forl d'un tarin qui aurait du rouge sur la tête. Un oiseleur, qui a beaucoup de pratique et peu de lecture, m'a assuré, en voyant la figure enluminée du sizerin, qu'il avait pris plusieurs fois des oiseaux semblables à celui-là, pêle-mêle avec des tarins auxquels ils ressemblaient fort, mais surtout les femelles aux femelles : seulement elles ont le plumage plus rembruni et la queue plus courte. Enfin, M. Linnœus remarque que ces oiseaux se plaisent dans les lieux plantés d'aunes, et Schwenckfeld met la graine d'aune parmi celles dont ils sont friands : or on sait que les tarins aiment beaucoup la graine de cet arbre, ce qui est un nouveau trait de conformité entre ces deux espèces : d'ailleurs les sizerins ne mangent point de navette comme la linotte, mais bien du chènevis, de la graine d'ortie grièche, de chardons, de lin, de pavots, les boutons des jeunes branches de chêne, etc.; ils se mêlent volontiers aux autres oiseaux; l'hiver est la saison où ils sont le plus familiers, on les approche alors de très-près sans les effa ■ rouclier"; en général ils sont peu défiants et se prennent facilement aux gluaux.
Le sizerin fréquente les bois, il se tient souvent sur les chênes, y grimpe comme les mésanges, et s'accroche, comme elles, à l'extrémité des petites branches : c'est de là que lui est venu probablement le nom de linaria truncalis, et peut-être celui de petit chêne.
Les sizerins prennent beaucoup de graisse et sont un fort bon manger; Schwenckfeld dit qu'ils ont un jabot comme les poules, indépendamment de la petite poche formée par la dilatation de l'œsophage avant son insertion dans le gésier; ce gésier est musculeux comme dans tous les granivores, et l'on y trouve beaucoup de petits cailloux.
Le mâle a la poitrine et le sommet de la tête rouges, deux raies blanches transversales sur les ailes; le reste de la tête et tout le dessus du corps mêlé de brun et de roux clair; la gorge brune, le ventre et les couvertures inférieures de la queue et des ailes d'un blanc roussàtre; leurs pennes brunes, bordées tout autour d'une couleur plus claire; le bec jaunâtre, mais brun vers la pointe; les pieds bruns. Les individus observés par Schwenckfeld avaient le dos cendré.
La femelle n'a du rouge que sur la tête, encore est-il moins vif. M. Linnaeus le lui refuse tout à fait; mais peut-être que la femelle qu'il a examinée avait été longtemps en cage.
Klein raconte qu'ayant électrisé au printemps un de ces oiseaux avec un chardonneret, sans leur causer d'incommodité apparente, ils moururent tous deux au mois d'octobre suivant, et tous deux la même nuit; mais ce qui est à observer, c'est que tous deux avaient entièrement perdu leur
a. Ces observations sont de M. Lottinger. Schwenckfeld rapporte qu'on prit une quantité prodigieuse de sizerins au commencement de l'hiver de l'an 1C02.
LE SIZER1N. 273
Longueur totale, cinq pouces et plus; vol, huit pouces et demi ; bec, cinq à six lignes ; queue, deux pouces un quart; elle est un peu fourchue, composée de douze pennes, et elle dépasse les ailes de plus d'un pouce.
De tous les granivores, le chardonneret est celui qui passe pour avoir le plus de rapport au tarin : tous deux ont le bec allongé, un peu grêle vers la pointe ; tous deux ont les mœurs douces, le naturel docile et les mouvements vifs. Quelques naturalistes frappés de ces traits de ressemblance et de la grande analogie de nature qui se trouve entre ces oiseaux , puisqu'ils s'apparient et produisent ensemble des métis féconds, les ont regardés comme deux espèces voisines appartenantes au même genre6 : on pourrait même, sous ce dernier point de vue, les rapporter avec tous nos granivores, comme autant de variétés ou, si l'on veut, de races constantes, à une seule et même espèce, puisque tous se mêlent et produisent ensemble des individus féconds. Mais celte analogie fondamentale entre ces races diverses doit nous rendre plus attentifs à remarquer leurs différences, afin de pouvoir reconnaître rétendue des limites dans lesquelles la nature semble se jouer, et qu'il faut avoir mesurées, ou du moins estimées par approximation, avant d'oser déterminer l'identité des espèces.
Le tarin est plus petit que le chardonneret; il a le bec un peu plus court à proportion, et son plumage est tout différent; il n'a point de rouge sur la tête, mais du noir; la gorge brune, le devant du cou, la poitrine et les pennes latérales de la queue jaunes; le ventre blanc-jaunâtre ; le dessus du corps d'un vert d'olive moucheté de noir, qui prend une teinte de jaune sur le croupion, et plus encore sur les couvertures supérieures de la queue.
a. M. Brisson et d'autres , ont cru que le tarin de Belon n'était autre chose que le serin d'Italie : mais Belon lui-même compare ces deux oiseaux et fait remarquer leur différence. — « Tarin, carduelis virescens , capite et alis nigiis , ligurinus seu spinus Jonstonii; en catalan , « llucaret. »Barrère , Ornithol., spécimen. G. 31, sp. 2, p. 57. — « Fringilla remigibus medio <c luleis , primis quatuor immaculatis ; rectricibus duabus ettimis , relicjuisque apice albis. » Spinus; Suecis, siska, groensiska. Linnœus, Fauna Suec, n° 203. — «Fringilla remigilus « medio luteis, primis quatuor immaculatis; rectricibus basi flavis apice nigris. » Spinus, Linnœus. Syst. nat., édit. X, p. 181 , g. 98 , sp. 19. — The siskin, acanthis , etc., Gessneti. Britàh zoology. Birds , p. 109. — « Spinus seu ligurinus, lucherino. » Ornithol. liai., pi. 3G1. — «Carduelis supernè viridi olivaceo flavescens, infernè candicans, luteo admixto ; pectore >; citrino; vertice nigro; (oris pennarumgriseis in fœminà) rectricibus lateralibus luteis, apice « nigricantibus , extirnà, ultimà medietate , exteriùs nigricante... » Ligurinus , le tarin. Brisson , t. 111, p. 65. — Lucre, en Provence. En français, tarin , terin, selon quelques-uns, et même tirin.
b. MM. Barrère et Brisson, aux endroits cités.
* Fringilla spinus (Linn.). — Sous-genre Linottes et Chardonnerets (Cuv.).