‹ Œuvres compláetes avec la nomenclature linnâeenne et la classification de Cuvier, reviser et annotâeesChapitre 220 sur 459 · VI. <S · texte numérisé non relu

VI. <S

A l'égard des qualités plus intérieures et qui dépendent immédiatement de l'organisation ou de l'instinct, les différences sont encore plus grandes. Le tarin a un chant qui lui est particulier, et qui ne vaut pas celui du chardonneret ; il recherche beaucoup la graine de l'aune, à laquelle le chardonneret ne touche point, et il ne lui dispute guère celle de chardon ; il grimpe le long des branches et se suspend à leur extrémité comme la mésange, en sorte qu'on pourrait le regarder comme une espèce moyenne entre la mésange et le chardonneret : de plus, il est oiseau de passage, et dans ses migrations il a le vol fort élevé; on l'entend plutôt qu'on ne l'aperçoit; au lieu que le chardonneret reste toute l'année dans nos pays et ne vole jamais bien haut ; enfin l'on ne voit pas ces deux races faire volontairement société entre elles.

Le tarin apprend à faire aller la galère comme le chardonneret ; il n'a pas moins de docilité que lui, et, quoique moins agissant, il est plus vif à certains égards, et vif par gaieté : toujours éveillé le premier dans la volière, il est aussi le premier à gazouiller et à mettre les autres en train0; mais comme il ne cherche point à nuire, il est sans défiance et donne dans tous les pièges, gluaux, trébuchets, filets, etc. On l'apprivoise plus facilement qu'aucun autre oiseau pris dans l'âge adulte; il ne faut pour cela que lui présenter habituellement dans la main une nourriture mieux choisie que celle qu'il a à sa disposition, et bientôt il sera aussi apprivoisé que le serin le plus familier : on peut même l'accoutumer à venir se poser sur la main au bruit d'une sonnette ; il ne s'agit que de la faire sonner dans les commencements, chaque fois qu'on lui donne à manger; car la mécanique subtile de l'association des perceptions a aussi lieu chez les animaux. Quoique le tarin semble choisir avec soin sa nourriture , il ne laisse pas de manger beaucoup, et les perceptions qui tiennent de la gourmandise paraissent avoir une grande influence sur lui; cependant ce n'est point là sa passion dominante, ou du moins elle est subordonnée à une passion plus noble ; il se fait toujours un ami dans la volière parmi ceux de son espèce, et à leur défaut parmi d'autres espèces; il se charge de nourrir cet ami comme son enfant et de lui donner la béquée ; il est assez singulier que sentant si vivement le besoin de consommer , il sente encore plus vivement le besoin de donner. Au reste, il boit autant qu'il mange, ou du moins il boit trèssouvent6, mais il se baigne peu : on a observé qu'il entre rarement dans l'eau, mais qu'il se met sur le bord de la baignoire, et qu'il y plonge seulement le bec et la poitrine sans faire beaucoup de mouvements0, exceplé peut-être dans les grandes chaleurs.

On prétend qu'il niche dans les îles du Rhin, en Franche-Comté, en

a. Les oiseleurs l'appellent vulgairement boute-en-train.

b. Aussi les oiseleurs en prennent-ils beaucoup à l'abreuvoir.

c. Observé par M. Daubenton le jeune.

Suisse, en Grèce, en Hongrie , et par préférence dans les forêts en montagne. Son nid est fort difficile à trouver", et si difficile que c'est une opinion reçue parmi le peuple que ces petits oiseaux savent le rendre invisible par le moyen d'une certaine pierre : aussi personne ne nous a donné de détails sur la ponte des tarins. M. Frisch dit qu'ils font ou plutôt qu'ils cachent leur nid dans des trous : M. Cramer croit qu'ils le cachent dans les feuilles, et que c'est la raison pourquoi on n'en trouve point; mais on sent bien que cela n'est pas applicable à la plupart de nos provinces, autrement il faudrait que les tarins eux-mêmes demeurassent aussi cachés tout l'été dans les mêmes trous, puisqu'on n'y en voit jamais dans cette saison.

Si l'on voulait prendre une idée de leurs procédés dans les diverses opérations qui ont rapport à la multiplication de l'espèce, il n'y aurait qu'à les faire nicher dans une chambre; cela est possible, quoiqu'on l'ait tenté plusieurs fois sans succès; mais il est plus ordinaire et plus aisé de croiser cette race avec celle des serins : il y a une sympathie marquée entre ces deux races , au point que si on lâche un tarin dans un endroit où il y ait des canaris en volière, il ira droit à eux, s'en approchera autant qu'il sera possible, et que ceux-ci le rechercheront aussi avec empressement ; et si on lâche dans la même chambre un mâle et une femelle tarin avec bon nombre de canaris, ces derniers, comme on l'a déjà remarqué, s'apparieront indifféremment entre eux et avec les tarins b, surtout avec la femelle , car le mâle reste quelquefois vacant.

Lorsqu'un tarin s'est apparié avec une femelle canari, il partage tous ses travaux avec beaucoup de zèle, il l'aide assidûment à porter les matériaux du nid et à les employer, et ne cesse de lui dégorger la nourriture tandis qu'elle couve; mais malgré toute cette bonne intelligence, il faut avouer que la plupart des œufs restent clairs. Ce n'est point assez de l'union des cœurs pour opérer la fécondation, il faut de plus un certain accord dans

a. « Nos oiseleurs Orléanais, dit M. Salerne, p. 288, conviennent qu'il est comme inouï « que quelqu'un ait découvert le nid du tarin ; cependant ils présument qu'il en reste quel- « ques-uns dans le pays qui font leur nid le long du Loiret, dans les aunes, où ils se plaisent « beaucoup, d'autant plus qu'ils en prennent quelquefois aux gluaux ou au trébuchet, qui « sont encore tout jeunes. M. Colombeau m'a assuré en avoir trouvé un nid où il y avait cinq « œufs à la blanchisserie de M. Hery de la Salle. » Salerne, Histoire naturelle des oiseaux, p. 288. M. Cramer assure que l'on voit dans les forêts qui bordent le Danube, des milliers de jeunes tarins qui n'ont pas encore quitté leurs premières plumes . et que cependant il est trèsrare d'en trouver dans le nid. Un jour qu'il herborisait dans ces forêts avec un de ses amis , vers le 15 de juin, ils virent tous deux un mâle et une femelle tarin aller souvent sur un aune, le bec plein de nourriture , comme pour donner la béquée à leurs petits; ils les virent autant de fois s'éloigner de ce même arbre, n'ayant plus rien dans le bec, pour y revenir encore : ayant cherché avec tout le soin possible, ils ne purent ni trouver, ni même entendre les petits. Elenchus Austriœ inferioris , p. 366.

b. Le R. P. Bougot, de qui je tiens ces faits, a vu cinq années de suite une femelle tarin faire régulièrement trois pontes par an avec le même mâle canari , et les quatre années suivantes faire deux pontes par an avec un autre maie, le premier étant mort.

les tempéraments, et à cet égard le tarin est fort au-dessous de la femelle canari. Le peu de métis qui proviennent de leur union, tiennent du père et de la mère.

En Allemagne, le passage des tarins commence en octobre ou même plus tôt; ils mangent alors les graines du houblon, au grand préjudice des propriétaires ; on reconnaît les endroits où ils se sont arrêtés, à la quantité de feuilles dont la terre est jonchée; ils disparaissent tout à fait au mois de décembre, et reviennent au mois de février a ; chez nous ils arrivent au temps de la vendange, et repassent lorsque les arbres sont en fleurs; ils aiment surtout la fleur du pommier.

En Provence, ils quittent les bois et descendent des montagnes sur la fin de l'automne ; on en trouve alors des volées de deux cents et plus, qui se posent tous sur le même arbre, ou ne s'éloignent que très-peu. Le passage dure quinze ou vingt jours, après quoi on n'en voit presque plus b.

Le tarin de Provence diffère du nôtre en ce qu'il est un peu plus grand et d'un plus beau jaune c; c'est une petite variété de climat.

Ces oiseaux ne sont point rares en Angleterre, comme le croyait Turnerd;on en voit au temps du passage comme ailleurs; mais il en passe quelquefois un très-grand nombre, et d'autres fois très-peu. Les grands passages ont lieu tous les trois ou quatre ans, on en vuit alors des nuées, que quelques-uns ont cru apportées par le vent e.

Le ramage du tarin n'est point désagréable, quoique fort inférieur à celui du chardonneret, qu'il s'approprie, dit-on, assez facilement; il s'approprierait de même celui du serin, de la linotte, de la fauvette, etc., s'il était à portée de les entendre dès le premier âge.

Suivant Olina, cet oiseau vit jusqu'à dix ansf : la femelle du R. P. Bougot, dont j'ai parlé ci-dessus, est parvenue à cet âge, mais il faut toujours se souvenir que les femelles d'oiseaux vivent plus que leurs mâles. Au reste, les tarins sont peu sujets aux maladies, si ce n'est à la gras-fondure, lorsqu'on ne les nourrit que de chènevis.

Le mâle tarin a le sommet de la tête noir, le reste du dessus du corps olivâtre, un peu varié de noirâtre; le croupion teinté de jaune; les petites couvertures supérieures de la queue tout à fait jaunes ; les grandes olivâtres, terminées de cendré ; quelquefois la gorge brune, et même noire » ; les

a. Frisch, à l'endroit cité.

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