OISEAU ÉTRANGER QUI A RAPPORT A LA FARLOUSE
Je donne ce nom à une alouette de la Louisiane que j'ai vue chez M. Mauduit, et qui m'a paru avoir beaucoup de rapports avec la farlouse : elle a la gorge d'un gris jaunâtre; le cou et la poitrine grivelés de brun sur ce même fond; le reste du dessous du corps fauve; le dessus de la tête et du corps mêlé de brun verdâtre et de noirâtre ; mais comme ce sont des couleurs sombres, elles tranchent peu l'une sur l'autre, et il résulte de leur mélange une teinte presque uniforme de brun obscur; les couvertures supérieures d'un brun verdâtre sans mélange; les pennes de la queue brunes ; la plus extérieure mi-partie de brun noirâtre et de blanc, le blanc en dehors, et la suivante terminée de blanc; les pennes et les couvertures supérieures des ailes d'un brun noirâtre, bordé d'un brun plus clair.
farlouse, et sur les détails de son histoire. Il ne faut que comparer Belon , Aldrovande, Brisson, Olina, Albin, etc., on verra que les couleurs du plumage , par lesquelles M. Brisson caractérise l'espèce , ne sont pas les mêmes que dans Aldrovande ; celui-ci ne parle point du long doigt postérieur, mais il parle d'un certain mouvement de queue , dont les antres , excepté Albin , ne disent rien. Ce dernier prétend que son tit-lark est vivace et peu sujet aux maladies ; Olina et Belon assurent, au contraire, que la farlouse s'élève difficilement, et Olina dit positivement qu'elle vit peu : ajoutez à cela les différentes opinions sur son chant.
a. Boarina, Dovarina, Spipola alla. Aldrovande, Ornithol., lib. xvn, cap. xxvi. — Jonston, Aves , p. 87. — YVillughby, Ornithol., lib. h , sect. n , cap. i, § x. — Ray, Synops., p. 81. — Stipola lutea, Boarina. Rzaczynski, Auctuar. Polon., p. 420, n° 92. — Alauda pratensis, candida, la farlouse blanche... Brisson, t. III, p. 340.
* Le même oiseau que la spipolette. — Voyez, ci-apiès, la nomenclature de la spïpolette.
Longueur totale près de sept pouces, bec sept lignes, tarse neuf lignes, doigt postérieur, avec l'ongle, un peu moins de huit lignes; cet ongle un peu plus de quatre lignes, légèrement courbé; queue deux pouces et demi, dépasse les ailes de seize lignes.
C'est la plus petite de nos alouettes de France : son nom allemand pieplerche, et son nom anglais pipit sont évidemment dérivés de son cri *, et ces sortes de dénominations sont toujours les meilleures, puisqu'elles représentent l'objet dénommé autant qu'il est possible; aussi n'avons-nous pas hésité d'adopter ce nom de pipi. On compare le cri de cette alouette, du moins son cri d'hiver, à celui d'une sauterelle, mais il est un peu plus fort et plus perçant : l'oiseau le fait entendre soit en volant, soit en se perchant sur les branches les plus élevées des buissons, car il se perche même sur les petites branches, quoiqu'il ait l'ongle de derrière fort long (moins long cependant et plus recourbé que dans l'alouette ordinaire) ; mais il sait fort bien se servir de ses ongles antérieurs pour saisir les petites branches et s'y tenir perché; il se tient aussi à terre et court très-légèrement.
Au printemps , lorsque le mâle pipi chante sur sa branche , c'est avec beaucoup d'action ; il se redresse alors, il entr'ouvre le bec, il épanouit ses ailes, et tout annonce que c'est un chant d'amour : de temps en temps, il s'élève assez haut, il plane quelques moments et retombe presque à la même place, en continuant toujours de chanter, et de chanter fort agréablement; son ramage est simple, mais il est doux , harmonieux et nettement prononcé; ce petit oiseau fait son nid dans des endroits solitaires et le cache sous une motte de gazon; aussi ses petits sont-ils souvent la proie des cou-
a. Alanda minor; en anglais, thepippit or small-lark , la petite alouette Albin, 1. 1, p. 39, pi. xliv. — Diepiep lerche, leimen-vogelein, alouette pipi. Frisch , t. I, class. 2, div. 2, pi. h, e° 16. — « Alauda trivialis, rectricibus fuscis; extimà diinidiato albà, secundà apice cunei- « formi albà; lineà alarum duplici albidà- » Linnœus, Syst. nat., édit. XIII, p. 288, n° 105, sp. 5. — Muller Zoology Dan., n° 233; en danois, hauge-hylde, pihe-lerke. — The grasshoper lark , alouette sauterelle. British Zoology , g. 18, sp. 6 , p. 95. — « Alauda supernè nigricante « et olivaceo varia, infernè albû-flavicans; pectore et ventre maculis longitudinalibus nigri- « cantibus insignitis ; rectrice extimà exteriùs et ultimà medietate albà , proxiinè sequenti albo « maculatà... » Alauda sepiaria, alouette de buisson. Brisson , t. III, p. 347. — En Lorraine, vulgairement sinsignotle, selon M. Lottinger; dans le Bugey, bec-fi d'hiver. — M. Brisson croit que le spipola d'Aldrovande , t. II , p. 750, est son alouette de buisson, c'est-à-dire, notre alouette pipi ; mais les descriptions ne s'accordent pas : d'un autre côté, Aldrovande croit reconnaître dans ce spipola Yanthos d'Aristote, Hist. animal., lib. vm,cap. ni; et lib. ix,cap. i, que nous avons rapporté au verdier. Voyez p. 251 de ce volume.