‹ Œuvres compláetes avec la nomenclature linnâeenne et la classification de Cuvier, reviser et annotâeesChapitre 435 sur 459 · LE BEC-FIGUE · texte numérisé non relu

LE BEC-FIGUE

en Allemagne °, en Pologne b, et jusqu'en Suède c; ils reviennent dans l'automne en Italie et en Grèce, et probablement vont passer l'hiver dans des contrées encore plus chaudes. Ils semblent changer de mœurs en changeant de climat, car ils arrivent en troupes aux contrées méridionales, et sont au contraire toujours dispersés pendant leur séjour dans nos climats tempérés; ils y habitent les bois, se nourrissent d'insectes, et vivent dans la solitude ou plutôt dans la douce société de leur femelle ; leurs nids sont si bien cachés qu'on a beaucoup de peine à les découvrir"1; le mâle, dans cette saison, se tient au sommet de quelque grand arbre, d'où il fait entendre un petit gazouillement peu agréable et assez semblable à celui du motteux. Les bec-figues arrivent en Lorraine en avril, et en partent au mois d'août, même quelquefois plus tôt e. On leur donne dans cette province les noms àemûriers et de petits pinsons des bois, ce qui n'a pas peu contribué à les faire méconnaître ; en même temps on a appliqué le nom de bec-figue à la petite alouette des prés, dont l'espèce est très-différente de celle du bec-figue ; et ce ne sont pas là les seules méprises qu'on ait faites sur ce nom. De ce que le bouvreuil paraît friand des figues en Italie, Belon dit qu'il est appelé par les Italiens beccafigif ; lui-même le prend pour le vrai bec-figue dont parle Martial ; mais le bouvreuil est aussi différent du bec-figue par le goût de sa chair, qui n'a rien que d'amer, que par le bec, les couleurs et le reste de la figure. Dans nos provinces méridionales et en Italie, on appelle confusément bec-figue toutes les différentes espèces de fauvettes, et presque tous les petits oiseaux à bec menu et effilés ; cependant le vrai bec-figue y est bien connu, et on le distingue partout à la délicatesse de son goût.

Martial , qui demande pourquoi ce petit oiseau qui becqueté également les raisins et les figues, a pris de ce dernier fruit son nom plutôt que du premier6, eût adopté celui qu'on lui donne en Bourgogne, où nous l'appelons vinette, parce qu'il fréquente les vignes et se nourrit de raisins ; cependant, avec les figues et les raisins, on lui voit encore manger des insectes

a. Klein.

b. Rzaczynski.

c. Linnœus.

d. « Le bec-figue niche dans nos forêts, et, à juger par l'analogie, clans des trous d'arbres et à une grande distance de terre, comme les gobe-mouches à collier; c'est la raison pourquoi on les découvre très-difficilement. En 1767 ou 1768, ayant vu et ouï chanter un de ces oiseaux qui se tenait perché à l'extrémité d'un arbre fort élevé, je le suivis avec grande attention, et j'y revins à plusieurs fois sans pouvoir trouver ce nid, quoique toujours je retrouvasse Toi ;eau. Il avait un petit gazouillis à peu près comme le motteux et fort peu agréable ; il se perchait extrêmement haut et n'approchait guère de terre. » ( Note communiquée par M. Lot" tinger. )

e. Note communiquée par M. Lottinger.

f. Nature des Oiseaux, p. 361.

g. Ornithol. de Salerne , p. 237.

A. Cùm me ficus alat, cùm pascar dulcibus uvis,

Cur potiùs nomen non dédit uva mihi ?

(Marti/U. )

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et la graine de mercuriale. On peut exprimer son petit cri par bzi, bzi ; il vole par élans, marche et ne saute point, court par terre dans les vignes , se relève sur les ceps et sur les haies des enclos. Quoique ces oiseaux ne se mettent en route que vers le mois d'août, et ne paraissent en troupes qu'alors dans la plupart de nos provinces, cependant on en a vu au milieu de l'été en Brie, où quelques-uns font apparemment leurs nids"; dans leur passage ils vont par petits pelotons de cinq ou six ; on les prend au lacet ou au fdet, au miroir en Bourgogne et le long du Rhône, où ils passent sur la fin d'août et en septemhre.

C'est en Provence qu'ils portent ajuste titre le nom de bec-figue; on les voit sans cesse sur les figuiers, becquetant les fruits les plus mûrs; ils ne les quittent que pour chercher l'ombre et l'abri des buissons et de la charmille touffue; on les prend en grand nombre dans le mois de septembre en Provence et dans plusieurs îles de la Méditerranée, surtout à Malte, où ils sont alors en prodigieuse quantité, et où l'on a remarqué qu'ils sont en beaucoup plus grand nombre à leur passage d'automne qu'à leur retour au printemps6 : il en est de même en Chypre, où l'on en faisait autrefois commerce : on les envoyait à Venise dans des pots remplis de vinaigre et d'herbes odoriférantes0; lorsque l'île de Chypre appartenait aux Vénitiens, ils en liraient tous les ans mille ou douze cents pots remplis de ce petit gibier d, et l'on connaissait généralement en Italie le bec-figue sous le nom d'oiseau de Chypre [Cy prias, uccelli di Cypro) , nom qui lui fut donné jusqu'en Angleterre, au rapport de Willughby e.

Il y a longtemps que cet oiseau, excellent à manger, est fameux; Apicius nomme plus d'une fois le bec-figue avec la petite grive, comme deux oiseaux également exquis. Eustathe et Athénée parlent de la chasse des bec-figues f, et Hésychius donne le nom du filet avec lequel on prenait ces oiseaux dans la Grèce : à la vérité rien n'est plus délicat, plus fin, plus succulent que le bec-figue mangé dans la saison; c'est un petit peloton d'une graisse légère et savoureuse, fondante, aisée à digérer : c'est un extrait du suc des excellents fruits dont il vit.

Au reste, nous ne connaissons qu'une seule espèce de bec-figue?, quoique l'on ait donné ce nom à plusieurs autres. Mais si l'on voulait nommer bec-

a. Note communiquée par M. Hébert.

b. M. le chevalier de Mazy.

c. Voyage de Pietro délia Valle, tome VIII, page 153. Il ajoute qne dans quelques endroits, comme à Agia-nappa, ceux qui mangent des bec-figues s'en trouvent quelquefois incommodés, à cause de la scammonée qu'ils becquètent dans les environs; ils mangent aussi dans ces iles de l'Archipel les fruits du lentisque.

d. Dapper, Description des iles de l'Archipel, p. 51.

e. Ci;prus-bird. Willughby, p. 163.

f. Apud Gessner., p. 384.

g. Aldrovande donne ( t. II, p. 759 ) deux figures du bec-figue, dont la seconde, selon luimême, ne présente qu'une variété de la première, peut-être même accidentelle, et qu'on pour-

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