‹ Œuvres compláetes avec la nomenclature linnâeenne et la classification de Cuvier, reviser et annotâeesChapitre 55 sur 459 · II. LA GRIVETTE d'AMÉ RI QUE. a · texte numérisé non relu

II. LA GRIVETTE d'AMÉ RI QUE. a

Cette grive se trouve non-seulement au Canada, mais encore dans la Pensylvanie, la Caroline, et jusqu'à la Jamaïque, avec cette différence qu'elle ne passe que l'été seulement en Pensylvanie, en Canada et autres pays septentrionaux où les hivers sont trop rudes, au lieu qu'elle passe l'année entière dans les contrées plus méridionales, comme la Jamaïque6, et même la Caroline", et que dans cette dernière province elle choisit pour le lieu de sa retraite les bois les plus épais aux environs des marécages, tandis qu'à la Jamaïque, qui est un pays plus chaud, c'est toujours dans les bois qu'elle habite, mais dans les bois qui se trouvent sur les montagnes.

Les individus décrits ou représentés par les divers naturalistes diffèrent entre eux par la couleur des plumes, du bec et des pieds, ce qui donne lieu de croire (si tous ces individus appartiennent à la même espèce), que le plumage des grives d'Amirique n'est pas moins variable que celui de nos grives d'Europe, et qu'elles sortent toutes d'une souche commune. Cette conjecture est fortifiée par le grand nombre de rapports qu'a l'oiseau dont il s'agit ici avec nos grives et dans sa forme, et dans son port, et dans son habitude de voyager, et dans celle de se nourrir de baies, et dans la couleur jaune de ses parties intérieures, observée par M. Sloane, et dans les mouchetures de la poitrine; mais il paraît avoir des rapports encore plus particuliers avec la grive proprement dite et le mauvis qu'avec les autres, et ce n'est qu'en comparant les traits de conformité que l'on peut déterminer à laquelle de ces deux espèces elle doit être spécialement rapportée.

Cet oiseau est plus petit qu'aucune de nos grives, comme sont en général tous les oiseaux d'Amérique relativement à ceux de l'ancien continent; il ne chante point, non plus que le mauvis ; il a moins de mouchetures que le mauvis, qui en a moins qu'aucune de nos quatre espèces; enfin sa chair est, comme celle du mauvis, un très-bon manger. Tels sont les rapports de la grive de Canada avec notre mauvis; mais elle en a davantage, et, à mon avis, de beaucoup plus décisifs, avec notre grive proprement dite, à laquelle elle ressemble par les barbes qu'elle a autour du bec, par une espèce de

a. C'est le mauvis de la Caroline de M. Brisson, t. II, p. 212. La petite grive d'Edwards, planche 295. La petite grive de Catesby, t. I, p. 31. Le merula fusca de M. Hans Sloane, Jamaïca, t. II, p. 305. Je ne sais pourquoi plusieurs naturalistes ont confondu cette grive avec le tamatia de Marcgrave, p. 208, lequel ayant le bec et la tète d'une grandeur disproportionnée, et manquant absolument de queue, parait être un oiseau tout différent des grives.

b. M. Sloane, qui parle des endroits où habite cette grive, ne dit point que ce soit un oiseau de passage, d'où l'on peut présumer qu'il ne la regardait point comme telle.

c. Voyez Catesby, loco citato.

" Turdus minor (Gmel.).

plaque jaunâtre qu'on lui voit sur la poitrine, par sa facilité à devenir sédentaire dans tout pays où elle trouve sa subsistance, par son cri assez semblable au cri d'hiver de la grive, et par conséquent fort peu agréable, comme sont ordinairement les cris de tous les oiseaux de ces contrées sauvages habitées par des sauvages ; et si l'on ajoute à tous ces rapports l'induction résultante de ce que la grive et non le mauvis se trouve en Suède a, d'où elle aura pu facilement passer en Amérique, il semble qu'on sera en droit de conclure que la grive de Canada doit être rapportée à notre grive proprement dite.

Cette grive, qui, comme je l'ai dit, est passagère dans le nord de l'Amérique, arrive en Pensylvanie au mois d'avril; elle y reste tout l'été, pendant lequel temps elle fait sa ponte et élève ses petits. Catesby nous apprend qu'on voit peu de ces grives à la Caroline, soit parce qu'il n'y en reste qu'une partie de celles qui y arrivent, ou parce que, comme on l'a vu plus haut, elles se tiennent cachées dans les bois; elles se nourrissent de baies de houx, d'aubépine, etc.

Les sujets décrits par M. Sloane avaient les ouvertures des narines plus amples et les pieds plus longs que ceux décrits par Catesby et M. Brisson ; ils n'avaient pas non plus le même plumage; et, si ces différences étaient permanentes, on serait fondé à les regarder comme les caractères d'une autre race, ou, si l'on veut, d'une variété constante dans l'espèce dont il s'agit ici.

LA ROUSSEROLLE.6*

On a donné à cet oiseau le nom de rossignol de rivière, parce que le mâle chante la nuit comme le jour, tandis que la femelle couve, et parce qu'il se plait dans les endroits humides; mais il s'en faut bien que son chant soit aussi agréable que celui du rossignol, quoiqu'il ait plus d'étendue : il l'accompagne ordinairement d'une action très-vive et d'un trémoussement de

a. M. Brisson prend pour le mauvis le turdus alis subtus fcrrugimis, etc., n° 189 de la Fauna Suecica; mais il paraît que c'est une méprise, puisque M. Linnaeus le donne pour un ciseau qui chante très-bien et pour le même que le turdus viscivorus minor, que le turdus simpliciter dictus de M. Ray, et que le turdus muskus, lequel est la quatrième grive du Syst. nat., p. 1G9, et certainement notre grive proprement dite.

b. C'est la sixième grive de M. Brisson, t. II, p. 219. Belon a cru mal à propos que c'était l'alcyon vocal d'Aristote; car cet alcyon a le dos bleu ; on lui a donné le nom de rousserolle, à cause de la couleur rousse de son plumage, d'autres celui de rouchcrolle, parce qu'elle se tient parmi les rouches, c'est-à-dire parmi les joncs; d'autres celui de tire-arrache, à cause de son cri : selon Belon elle prononce distinctement ces syllabes : toro, tret, fuys, huy, fret.

* Turdus arundinactus (Linn.). — Sylvia turdoides, le rossignol de rivière, etc. — C'est une fauvette. — Ordre et famille id., genre Becs-fins (Cuv.).

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tout son corps ; il grimpe le long des roseaux et des saules peu élevés, comme font les grimpereaux, et il vit des insectes qu'il y trouve.

L'habitude qu'a la rousserolle de fréquenter les marécages semble l'éloigner de la classe des grives, mais elle s'en rapproche tellement par sa forme extérieure que M. Klein, qui l'a vue presque vivante, puisqu'on en tua une en sa présence, doute qu'on puisse la rapporter à un autre genre. II nous apprend que ces oiseaux se tiennent dans les îles de l'embouchure de la Vistule, qu'ils font leur nid à terre sur le penchant des petits tertres couverts de mousse". Enfin, il soupçonne qu'ils passent l'hiver dans les bois épais et marécageux * : il ajoute qu'ils ont toute la partie supérieure du corps d'un brun roux, la partie inférieure d'un blanc sale, avec quelques taches cendrées; le bec noir, le dedans de la bouche orangé comme les grives, et les pieds plombés c.

Un habile observateur m'a assuré qu'il connaissait en Brie une petite rousserolle, nommée vulgairement effarvatte l, laquelle babille aussi continuellement, et se tient dans les roseaux comme la grande. Gela explique la contrariété des opinions sur la taille de la rousserolle que M. Klein a vue grosse comme une grive, et M. Brisson seulement comme une alouette. C'est un oiseau qui vole pesamment et en battant des ailes : les plumes qu'il a sur la tête sont plus longues que les autres, et lui font une espèce de huppe assez peu marquée.

M. Sonnerat a rapporté des Philippines une véritable rousserolle, parfaitement semblable à celle du n° 513.

Celte grive se distingue de toutes les autres par sa grandeur, et cependant il s'en faut bien qu'elle soit aussi grosse que la pie, comme on le fait

a. Ils le font entre les cannes et rouches, avec de petites pailles de rouseaux, suivant Belon, et ils pondent cinq à six œufs, p. 224.

b. Belon, qui avait d'abord regardé la rousserolle comme oiseau de passage, assure que depuis il avait connu le contraire.

c. Voyez Ordo Avium, p. 179.

d. On l'appelle , en différentes provinces de France , ciserre, jacasse ou jacode, grive de brou, grive provençale , gillonière (du mot gillon, qui signifie gui en savoyard), trie, trage, truie, treiche , Ireine, tric-trac, etc. : le tout, selon M. Salerne, qui applique mal à propos à la draine (page 168) les noms de cha-cha, chia-chia, gia-gia, lesquels expriment évidemment le cri de la litorne. Belon prétend que c'est par erreur qu'on l'appelle à Paris une calandre ( Nature des oiseaux, p. 3-24 ) ; nous avons vu en effet que c'était le nom de la grosse alouette , et il ne faut pas donner le même nom à des espèces différentes. La draine s'appelle aussi haute grive en Lorraine, et verquete en Bugey où le gui se nomme verquet.

1. Encore une fauvette (motacilla arundinacea Grnel.). * Turdus viscivorus (Linn. )

dire à Aristote a, peut-être par une erreur de copiste, car la pie a presque le double de masse, à moins que les grives ne soient plus grosses en Grèce qu'ici, où la draine, qui est certainement la plus grosse de toutes, ne pèse guère que cinq onces.

Les Grecs et les Romains regardaient les grives comme oiseaux de passage b, et ils n'avaient point excepté la draine, qu'ils connaissaient parfaitement sous le nom de grive viscivore, ou mangeuse de gui.

En Bourgogne, les draines arrivent en troupes au mois d'octobre et de novembre, venant, selon toute apparence, des montagnes de Lorraine"; une partie continue sa route et s'en va, toujours par bandes, dès le commencement de l'biver, tandis qu'une autre partie demeure jusqu'au mois de mars et même plus longtemps; car il en reste toujours beaucoup pendant l'été, tant en Bourgogne qu'en plusieurs autres provinces de France et d'Allemagne, de Pologne, etc. d. 11 en reste même une si grande quantité en Italie et en Angleterre , qu'Aldrovande a vu les jeunes de l'année se vendre dans les marchés e, et qu'Albin ne regarde point du tout les draines comme oiseaux de passage''. Celles qui restent pondent, comme on voit, et couvent avec succès : elles établissent leur nid tantôt sur des arbres de hauteur médiocre, tantôt sur la cime des plus grands arbres, préférant ceux qui sont les plus garnis de mousse; elles le construisent tant en dehors qu'en dedans avec des herbes, des feuilles et de la mousse, mais surtout de la mousse blanche, et ce nid ressemble moins à ceux des autres grives qu'à celui du merle, ne fût-ce qu'en ce qu'il est matelassé en dedans. Elles produisent à chaque ponte quatre ou cinq œufs gris tachetés», et nourrissent

a. Historia animalium, lib. ix, cap. xx.

b. Voyez Aristot., Historia animalium, lib. vin, cap.xvi. — Pline, lib. x, cap. xxiv. — Varro, de Re Rusticâ, lib. m, cap. v.

c. M. le docteur Lottinger, de Sarbourg, m'assure que celles de ces grives qui s'éloignent des montagnes de Lorraine aux approches de l'hiver partent en septembre et en octobre , qu'elles reviennent aux mois de mars et d'avril, qu'elles nichent dans les forêts dont ces montagnes sont couvertes, etc. Tout cela s'accorde fort bien avec ce que nous avons dit d'après nos connaissances particulières; mais je ne dois pas dissimuler la contrariété qui se trouve entre une autre observation que le même M. Lottinger m'a communiquée et celle d'un ornithologiste très-habile : celui-ci (M. Hébert) prétend qu'en Brie les grives ne se réunisseut dans aucun temps de l'année, et M. Lottinger assure qu'en Lorraine elles volent toujours par troupes, soit au printemps, soit en automne, et en effet nous les voyons arriver par bandes aux environs de Montbard, comme je l'ai remarqué; leurs allures seraient-elles différentes en des pays ou en des temps différents ? Gela n'est pas sans exemple; et je crois devoir ajouter ici, d'après une observation plus détaillée , que le passage du mois de novembre étant fini , celles qui restent l'hiver dans nos cantons vivent séparément et continuent de vivre ainsi jusqu'après la couvée; en sorte que les assertions des deux observateurs se trouvent vraies, pourvu qu'on leur ôte leur trop grande généralité et qu'on les restreigne à un certain temps et à de certains lieux.

d Rzacyznski, Aucluarium, p. 423.

e. Urnilho!ogia, t. II, p. 5.

f. Albin, 1. 1, p. 28. Les auteurs de la Zoologie Britannique ne disent point non plus que ce soit un oiseau de passage.

g. « Ces oiseaux, dit Albin, ne pondent guère plus de quatre ou cinq œufs; ils en couvent

leurs petits avec des chenilles, des vermisseaux, des limaces, et même des limaçons, dont elles cassent la coquille. Pour elles, elles mangent toutes sortes de baies pendant la bonne saison, des cerises, des cornouilles, des raisins, des alizés, des olives, etc. ; pendant l'hiver, des graines de genièvre, de houx, de lierre et de nerprun, des prunelles, des senelles, de la faîne et surtout du gui a. Leur cri d'inquiétude est tré, tré, tré, tré, d'où paraît formé leur nom bourguignon draine, et même quelques-uns de leurs noms anglais; au printemps les femelles n'ont pas un cri différent, mais les mâles chantent alors fort agréablement, se plaçant à la cime des arbres, et leur ramage est coupé par phrases différentes qui ne se succèdent jamais deux fois dans le même ordre : l'hiver on ne les entend plus. Le mâle ne diffère extérieurement de la femelle que parce qu'il a plus de noir dans son plumage.

Ces oiseaux sont tout à fait pacifiques : on ne les voit jamais se battre entre eux, et avec cette douceur de mœurs ils n'en sont pas moins attentifs à leur conservation ; ils sont même plus méfiants que les merles, qui passent pour l'être beaucoup, car on prend nombre de ceux-ci à la pipée, et l'on n'y prend jamais de draines : mais comme il est difficile d'éviter tous les pièges, elle se prend quelquefois au lacet, moins cependant que la grive proprement dite et le mauvis.

Belon assure que la chair de la draine, qu'il appelle grande grive, est de meilleur goût que celle des trois autres espèces6; mais cela est contredit par tous les autres naturalistes et par notre propre expérience. Il est vrai que nos draines ne vivent pas d'olives, ni nos petites grives de gui, comme celles dont il parle, et l'on sait jusqu'à quel point la différence de nourriture peut influer sur la qualité et le fumet du gibier.

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