XXIX. — dans l'ouverture. Mais toutes ces choses
* « En 1799, lorsque Byron était l'élève du docteur Glennie Dulwich, entre autres livres laissés à la disposition des jeunes gens, se trouvait une brochure intitulée : Narration du naufrage de la Junon sur la côte d'Arracan, en Van 1795. Cette brochure, qui n'attira guère l'attention du public, était la lecture favorite des écoliers de Dulwich; et l'impression qu'elle fit sur l'esprit de Byron lui suggéra peut-être plus tard ces recherches curieuses sur tous les naufrages connus, par lesquels il se prépara à tracer, d'un pinceau si énergique, le fameux naufrage de don Juan. » (Moore.
eussent été inutiles, et le vaisseau eût coulé à fond, malgré tous les efforts et les expédients, sans le secours des pompes. Je suis bien aise de les faire connaître à tous les marins qui seraient dans le cas d'en avoir besoin. Elles tirèrent cinquante barils d'eau par heure : tout l'équipage eût été perdu sans cette invention de M. Mann de Londres.
XXX. — A l'approche du jour, le mauvais temps sembla se calmer; on espéra se rendre complètement maître de la voie d'eau et remettre le navire à flot, quoique encore trois pieds d'eau occupassent une pompe à deux mains et une pompe à chaîne. La brise commença de nouveau à fraîchir ; une rafale survint ; et, pendant que quelques canons se détachaient, une bourrasque qu'on ne saurait décrire tourna d'une seule bouffée le vaisseau sur sa proue.
XXXI. — Le vaisseau resta immobile dans cette position. L'eau abandonna le fond de la cale, et vint laver les ponts. Ce fut un de ces spectacles terribles que les hommes n'oublient jamais. Il est rare, en effet, qu'on perde le souvenir de tous les événements qui sont une source de regrets, tels que les combats, les incendies et les naufrages, c'est-à-dire de tout ce qui met en danger les jambes et le cou, et de tout ce qui détruit nos espérances. Voyez combien aiment à parler des noyés les nageurs et les plongeurs qui ont survécu aux périls de l'eau.
XXXII. — Immédiatement les mâts furent brisés et emportés, celui de misaine d'abord, et ensuite le grand mât. Le vaisseau n'en restait pas moins planté comme une simple poutre, malgré tout ce qu'on pouvait faire ; le mât de beaupré fut coupé : nous n'en vînmes à cette extrémité que lorsque tout autre espoir fut perdu ; et alors le vieux navire fut violemment remis sur sa quille.
XXXIII. — Il est facile de supposer que, pendant que tout ceci se passait, il y avait plus d'une personne dans l'inquiétude. Ce n'était pas une chose très-agréable pour les passagers de se voir menacés de perdre la vie, ou tout au moins la ration journalière. Les marins les plus déterminés sont disposés à s'étourdir par l'ivresse lorsqu'ils voient approcher le fatal moment. Dans de semblables occasions le matelot demande à grands cris le grog1, et va quelquefois lui-même boire le rhum au tonneau.
XXXIV. — Sans doute rien n'est propre à calmer les esprits comme le rhum et la véritable religion ; ainsi les uns se mirent à prier, les autres à boire : ceuxci chantaient des chansons de table, ceux-là entonnaient des psaumes ; le vent, par ses sifflements, faisait le fausset dans ce concert, et, comme une basse, les vagues mugissantes marquaient la mesure avec un ton rauque. La frayeur mit tout à coup un terme aux transes de ceux qui étaient pris du mal de mer. Les gémissements, les blasphèmes, les pieuses exclamations, retentissaient au milieu de l'océan rugissant.
XXXV. — De plus grands malheurs seraient arrivés sans doute, si notre héros n'eût montré un sang-froid au-dessus de son âge. Il courut à la chambre où l'on tenait les liqueurs, et se posta devant la porte avec une paire de pistolets. Épouvantés, comme si la mort était plus terrible par le feu que par l'eau, les matelots s'arrêtèrent ; ils eurent beau le menacer en jurant, ou le supplier par leurs larmes, don Juan fut inflexible. Ces gens-là croyaient qu'avant de couler à fond il était convenable de tomber ivres morts.