‹ Œuvres compláetes de Lord Byron (volume 2)Chapitre 32 sur 98 · CXXXVII. — Sa colère eut la terreur d'un orage et · texte numérisé non relu

CXXXVII. — Sa colère eut la terreur d'un orage et

i By heaven methinks it were an easy leap To pluckbright bonour from the pale-faced moon. Henry IV.

Cette magnifique fanfaronnade du bouillant Hotspur, appelé ici modéré par ironie, rappelle une harangue d'un laconisme et d'une énergie toute militaire, qu'on attribue à Murât. « Grenadiers, vous êtes plus f... capables d'escalaler la lune que ces gredins-Li (il parlait des Autrichiens) d'emporter cette position. » (Cit. de mémoire.)

2 Lord Byron fait allusion a cette scène de la folie de Lear, acte IV, scène vi, où le pauvre roi dit à Glocester : « Lorsque nous naissons nous pleurons d'être arrivés sur ce grand théâtre de fous. » Un moment auparavant Lear vient de dire qu'il va prêcher, et Glocester a ôté son chapeau. — C'est pour Lear le motif de passer aune autre idée : « Voilà, dit-il, un bon chapeau; ce serait un « fin stratagème de ferrer un escadron avec du feutre. Je veux « l'essayer, et quand j'aurai surpris mes gendres, alors tue, tue, a tue, tue, tue, tue. » Ce passage a beaucoup intrigué les commentateurs ; il en est qui ont voulu voir dans ces mots tue, tue, kill, kill, une admirable recherche d'harmonie imitative pour rendre le bruit du marteau sur le fer des chevaux. Ce serait une niaiserie quand il s'agit de les ferrer avec du feutre ; mais il faut être indulgent quand on traduit et commente soi-même, de peur de mourir comme certain copiste maladroit au milieu de ses lauriers. Voyez cette scène dans la traduction du roi Lear, par M. Guizot, tome vi, page 160. a. p.

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passa comme lui : elle passa sans paroles... Dans le fait, Gulbeyaz ne pouvait parler; et puis la honte naturelle à son sexe se déclara ; quelque faible qu'eût été encore en elle ce sentiment, il se montra tout à coup, aussi inattendu et aussi rapide' que l'eau qui s'introduit par une voie jusqu'alors inaperçue ; la sultane se sentait humiliée, et l'humiliation est quelquefois salutaire aux personnes de son rang.

GXXXVIII. — Elle leur apprend qu'elles sont de chair et d'os ; elle les avertit tout doucement que les autres, quoique d'argile, ne sont pas tout à fait de boue ; et que les urnes et les pots ne sont que des frères fragiles, ouvrage de la même poterie, bons ou mauvais, sans être tous nés du même père et de la même mère l. Gela leur apprend.... Dieu seul sait tout ce que cela leur apprend; mais quelquefois la leçon réussit.

GXXXIX. — La première pensée de Gulbeyaz fut de couper la tête de Juan... la seconde de le renvoyer... la troisième de lui demander où il avait été élevé... la quatrième de le railler pour exciter son repentir... la cinquième d'appeler ses suivantes et d'aller se coucher... la sixième de se poignarder elle-même... la septième de faire donner le fouet à Baba... Mais sa grande ressource fut de se rasseoir et de pleurer.

GXL. — Elle pensa à se poignarder, mais elle avait le poignard sous la main ; c'eût été assez maladroit... les corsets d'Orient ne sont pas matelassés, de sorte qu'un poignard les traverse pour peu qu'on l'appuie. Elle pensa à tuer Juan... mais le pauvre garçon!... quoiqu'il le méritât par sa froideur... lui couper la tête n'était pas le moyen d'atteindre son but... qui était de parvenir à son cœur.

* Voir la note de la strophe xi du chant quatrième. A.i\

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CXLI. — Juan fut ému ; il était résolu à se laisser empaler, mettre en quartiers, égorger au milieu des tortures, jeter aux chiens, exposer aux lions, ou servir d'amorce aux poissons ; oui, dans son héroïsme il était résigné atout, plutôt que dépêcher... excepté que cela lui convînt ; mais tous ses préparatifs de mort s'évanouirent comme la neige, devant une femme en pleurs.

CXLII. — De même que Bob Acres sentit sa valeur lui glisser dans la paume de ses mains l, la vertu de Juan chancela : d'abord il s'étonna d'avoir refusé, et puis il songea à la possibilité de renouer la négociation. Enfin il en vint à accuser sa sauvage vertu, tout comme un moine accuse son vœu, ou comme une dame se repent de son serment , ce qui finit le plus souvent par faire violer le serment et le vœu.

GXLIII. — Juan commençait donc à bégayer quelques excuses , mais les mots ne suffisent pas dans une semblable affaire, quand vous emprunteriez tous ceux qui furent jamais chantés par les Muses, le caquet du dandy le plus dandy possible, ou toutes les figures dont abuse Gastlereagh.

Au moment où un sourire languissant le flattait de l'espoir de faire sa paix, mais avant qu'il allât plus loin, le vieux Baba entra inopinément.

GXLIV. — t Épouse du Soleil et sœur de la Lune (ce fut ainsi qu'il s'exprima), impératrice de la terre, dont un froncement des sourcils détruirait l'harmonie des sphères, et dont le sourire fait bondir toutes les

* Voyez la scène comique du duel, dans le cinquième acte des Rivaux de Sheridan : Bob Acres, qui naguère était tout de feu, se trouve gagné tout à coup par la peur, et sent, dit-,1, son courage (oozing oui al thepalms of his hands) couler tout doucement dans la paume de ses mains. a. p.

planètes de joie, votre esclave vous apporte... il espère que ce n'est pas trop tôt... des nouvelles dignes de votre sublime attention... le Soleil lui-même m'a envoyé comme un rayon vous annoncer qu'il va venir

GXLV. — « — Dites-vous vrai? s'écria Gulbeyaz. Je voudrais bien qu'il ne brillât pas jusqu'au matin : mais dites à mes femmes de former la voix lactée. Allez, ma vieille comète, allez avertir fidèlement les astres..-. Et toi, chrétien, mêle-toi avec elles comme tu pourras, si tu veux que je te pardonne tes premiers dédains. ». .Ici ils furent interrompus par un murmure , un bruit , et bientôt par ce cri : Le sultan arrive!...

GXLVI. — Entrèrent d'abord les suivantes de Gulbeyaz, troupe ravissante, et puis les eunuques, blancs et noirs, de Sa Hautesse : sa suite pouvait s'étendre jusqu'à un quart de mille. Sa Majesté avait toujours la politesse d'annoncer ses visites longtemps à l'avance, surtout le soir; car, Gulbeyaz étant la quatrième femme de l'empereur, elle était naturellement la favorite.

GXLVII. — Sa Hautesse était un homme d'un port solennel : son turban lui venait jusque sur le nez, et sa barbe jusqu'aux yeux. Tiré d'une prison pour présider une cour, il devait son élévation au cordon qui avait depuis peu étranglé son frère. Il était aussi bon souverain, dans son genre, qu'aucun de ceux qui sont mentionnés dans les histoires de Gantemir et de Knolles *, où ne brille guère que le seul Solyman, gloire de sa race 2.

1 Démétrius Cantemir, auteur d'une Histoire de l'agrandissement et de la décadence de V Empire Ottoman. R. Knolles, auteur d'une Histoire générale des Turcs. A. p.

* Il n'est peut-être pas hors de propos de remarquer que Bacon, *ans son Essai sur V Empire, insinue que Solyman fut le dernier

CXLVIII. — Il allait à la mosquée en grande pompe, et disait ses prières avec un scrupule plus qu'oriental ;

prince de sa race : sur quelle autorité se fonde-t-il? je l'ignore. Voici ses propres expressions : « La mort de Mustapha fut si fatale à la race de Solyman, que la succession des empereurs turcs, depuis Solyman jusqu'à ce jour, est regardée comme très-douteuse, car Solyman II fut, à ce qu'on croit, un prince supposé. » Mais Bacon est souvent inexact dans ses autorités historiques. J'en pourrais citer plus de six exemples tirés de ses seuls apophthegmes. »

Puisque je suis en humeur de critiquer, je vais, après avoir donné mon avis sur les petites erreurs de Bacon, en faire autant sur deux ou trois erreurs non moins insignifiantes de l'édition des poètes anglais, que nous devons au justement célèbre Campbell ; mais je le fais dans des intentions amicales, et j'espère qu'on ne s'y méprendra pas. - Si quelque chose pouvait ajoutera mon opinion des talents et du goût de Campbell, ce serait sa défense classique, franche et victorieuse de Pope, contre la tartuferie vulgaire du jour et la canaille littéraire de Grubstreet.

Voici les inadvertances que je veux signaler :

D'abord, au sujet d'Ansley, qu'il accuse d'avoir dérobé à Smollet ses principaux caractères : le Guide de Balli, d'Anstey, fut publié en 1766. L'Humphrey Clinker, de Smollet (le seul ouvrage de Smollet dans lequel Anstey aurait pu prendre l'idée de Tabil /ta, etc.), fut composé pendant le dernier séjour de Smollet à Livourne, en 1770. S'il y a donc emprunt d'une part ou d'une autre, Ansley serait le créancier plutôt que le débiteur. Je renvoie M. Campbell à ses propres dates dans ses Vies de Smollet el d' Ansley.

Secondement, M. Campbell, dans la Vie de Coiuper, page 353, V. 7, dit qu'il ignore à qui Cowper fait allusion dans ces vers : For he who, for the bane of thousands born, Buil God a churchdand laugh'dhis word to scorn.

« Ni celui qui, né pour la damnation de tant de mortels, bâtit un emple à Dieu, et ridiculisa son évangile. »

Le poëte calviniste faisait allusion à Voltaire et à l'église de Ferney, dont l'inscription portait Deo erexit Voltaire.

Troisièmement, dans la Vie de Burns, M. Campbell cite Shakseare comme il suit :

To gild refined gold, to paint the rose Or add fresh perfume to the violet.

Cette version n'emhellit nullement l'original To gild refined gold, to paint the lily, To tlnow a perfume on the violet.

Un grand poêle qui en cite un autre doit être aussi exact quand

oorle contre un frère en Apollon l'accusation dangereuse d'em-

il laissait toutes les affaires d'Etat au visir, et ne montrait guère de curiosité royale. J'ignore s'il avait des soucis domestiques ; aucun procès ne prouvait qu'il y eût chez lui des querelles conjugales; ses quatre femmes et mille odalisques, vivant hors de la vue des hommes, se laissaient gouverner aussi paisiblement qu'une reine chrétienne.

GXLIX. — Si, par-ci par-là, il se faisait quelque petit faux pas, on n'entendait guère parler de la criminelle ni du crime : l'histoire passait à peine par une seule bouche... Un sac et la mer arrangeaient tout à temps, et empêchaient le secret de transpirer : le public n'en savait pas plus que moi ; aucun scandale n'empoisonnait les publications journalières... La morale en était meilleure, et le poisson tout aussi bon.

CL. — Il voyait de ses yeux que la lune était ronde, et demeurait persuadé que la terre était plate, parce qu'il avait fait un voyage de cinquante milles sans trouver aucun signe qui lui prouvât qu'elle fût circulaire. Son empire aussi était sans bornes. Il est vrai qu'il était troublé, de temps en temps, par des bâchas rebelles et des giaours empiétant sur ses droits; mais ils ne venaient jamais aux Sept-Tours,

CLI. — excepté sous la forme d'envoyés. Ils y étaient logés, quand une guerre éclatait, selon la loi

prunier. L'argent excepté, il n'est rien qu'un poëte doive moins emprunter que les pensées des autres, elles sont presque toujours réclamées ; mais il est très-dur, quand on est le créancier, d'être dénoncé comme le débiteur, ainsi qu'il arrive à Anstey.

Puisqu'il y a de l'honneur parmi les voleurs, qu'il y en ait aussi parmi les poêles, et qu'ils rendent à chacun ce qui lui est dû. C'est d'ailleurs ce que M. Campbell peut faire mieux que personne ; car avec sa grande réputation d'originalité et une gloire que rien ne saurait ébranler, Campbell est le seul poëte de nos jours (Rogers'excepté) à qui on puisse reprocher (et pour lui c'est un vrai reproche) d'avoir écrit trop peu.

véritable dos nations; cette loi n'autorisa jamais ces marauds, qui n'ont jamais tenu une épée dans leurs sales mains diplomatiques, à exhaler leur spleen, en suscitant des querelles et en écrivant impunément leurs mensonges, appelés dépêches, sans le risque d'avoir un seul poil de leur moustache flambé.

GLU. — Il avait cinquante filles et quatre douzaines de fils. Celles qui parvenaient à l'âge requis pour cela étaient mises en réserve dans un palais, où elles vivaient comme des religieuses jusqu'à ce que quelque bâcha fût envoyé pour commander quelque province éloignée. Alors celle dont le tour était venu l'épousait tout à coup, quelquefois à six ans : c'est un fait, quoique bizarre... La raison en est que le bâcha doit offrir un présent à son beau-père.

CLIII. — Ses fils étaient tenus en prison jusqu'à ce qu'ils fussent capables d'obtenir un cordon ou un trône, l'un ou l'autre ; mais les destins savaient seuls lequel des deux. En attendant, l'éducation qu'ils recevaient était royale, comme les preuves l'ont toujours démontré. De sorte que l'héritier présomptif était toujours aussi digne de la potence que de la couronne.

GLIV. — Sa Majesté salua sa quatrième épouse avec toutes les cérémonies dues à son rang; elle éclaircit ses yeux et en adoucit l'expression, comme il convient à une dame qui vient de faire une algarade. Elle doit alors avoir doublement l'air d'être occupée de son devoir pour sauver le crédit de sa vertu. Aucun mari ne reçoit un accueil aussi cordial que les hommes rendus dignes du ciel par leurs femmes '.

* C'est-à-dire, que leurs femmes sont décorés du céleste croissant, a. p.

CLV. — Sa Hautesse promena autour d'elle ses grands yeux noirs, selon sa coutume, et aperçut Juan déguisé parmi les suivantes. Il n'en parut ni surpris, ni fâché; mais il le remarqua d'un ton grave et posé, pendant que Gulbeyaz étouffait un soupir qui soulevait son sein : « Je vois, dit-il, que vous avez acheté une autre fille : c'est dommage qu'une simple chrétienne soit si jolie. »

CL VI. — Ce compliment, qui attira tous les yeux sur la vierge nouvellement achetée, la fit trembler et rougir : ses compagnes aussi se crurent perdues! 0 Mahomet! Sa Majesté pouvait-elle faire tant d'attention à une giaour, tandis que ses lèvres impériales adressaient à peine une parole à l'une d'elles ! Il y eut des trémoussements, des mines, et un chuchotement général; mais l'étiquette les empêcha toutes de rioaner.

CLVII. — Lies Turcs font bien d'enfermer les femmes, quelquefois du moins; car c'est une vérité que leur vertu, dans ces malheureux climats, n'a pas cette qualité astringente qui, dans le Nord, prévient les crimes précoces, et rend notre neige moins pure que notre morale. Le soleil, qui fond chaque année la glace polaire, produit un effet tout contraire sur le vice.

CL VIII. — Ainsi donc en Orient on est extrêmement sévère : là mariage et cadenas sont deux mots qui ont le même sens, excepté toutefois que lorsque le premier est ouvert, il ne peut être jamais rétabli à la même place ; il est gâté, comme une barrique de bordeaux mise en perce. Mais c'est à la polygamie des Orientaux qu'il faut s'en prendre ; pourquoi n'accouplent-ils pas pour toute la vie deux âmes vertueuses

pour en faire notre centaure moral... homme et femme l.

CL1X. — Ici s'arrête notre chronique ; et nous faisons une pause, non par manque de matière : mais, selon les anciennes lois épiques, il est temps de plier la voile, et de jeter l'ancre du poëte. Que ce cinquième chant soit applaudi, le sixième aura une teinte de sublime! En attendant, comme Homère dort quelquefois, peut-être vous pardonnerez quelques petits sommes à ma muse.

i Cette stance, que lord Byron composa dans son lit le 27 février 1821 (voyez les Mémoires de Moore), ne se trouve pas dans la première édition. L'auteur ayant découvert cette omission, s'en expliqua ainsi avec M. Murray : — Sur quoi vous ètes-vous fondé pour omettre une des strophes qui terminent le chant et que je vous avais envoyées pour y ajouter ? Ce sera, je suppose, parce que cette stance finit ainsi... etc., etc.

Je dois vous dire une fois pour toutes que je ne prétends pas permettre qu'aucun homme prenne de pareilles licences avec mes écrits, parce que je suis absent. Je vous prie de faire rétablir la strophe omise. J'ai relu attentivement le poëme, et je puis vous assurer que c'est de la poésie. La troupe des poëtes ecclésiastiques peut dire ce qu'il lui plaira : le temps montrera qu'en cette circonstance je ne me trompe point.

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