‹ Œuvres compláetes de Lord Byron (volume 2)Chapitre 4 sur 98 · VI. — Je n'imiterai pas cette pensée mesquine ; je ne · texte numérisé non relu

VI. — Je n'imiterai pas cette pensée mesquine ; je ne

i La biographie littéraire de Coleridge parut en 1817.

2 M. Soulhey est le seul poëte aujourd'hui qui ait jamais résidé à Keswick. M. Wordsworth, qui a vécu autrefois à Grasmere, demeure depuis plusieurs années à Mount-Rydal, près d'Ambleside ; le professeur Wilson possède une élégante villa sur le lac Windennere. Coleridge, Lambe, Lloyd et autres poètes, classés par la Revue d'Édimboiirg dans l'école des lacs, n'ont jamais habité celle partie de l'Angleterre.

voudrais pas que mon amour-propre fût frappé au coin d'un vice si bas ; non, pas pour toute la gloire que vous a value votre conversion, puisque l'or n'a pas été sa seule récompense. Vous avez reçu votre salaire ; est-ce pour cela que vous avez travaillé? Wordsworth a une place dans l'excise '. Vous êtes de chétifs drôles — on ne peut le nier — mais «des poètes, néanmoins, légalement assis sur l'immortelle colline.

VIL — Vos lauriers peuvent cacher votre effronterie

— peut-être un reste de vertueuse rougeur ; — n'en parlons plus — je ne vous envie ni le fruit ni les rameaux,

— mais quant à la renommée que vous voudriez accaparer ici-bas, le champ est ouvert à tous ;... permis d'y courir à tous ceux qui sentent la flamme secrète ; Scott, Rogers, Campbell, Moore et Crabbe plaideront ce procès contre vous au tribunal de la postérité.

VIII. — Pour moi, dont la muse marche à pied, je ne lutte pas avec vous, monté sur Pégase ; je souhaite que votre fortune vous procure, quand elle le voudra, le nom que vous enviez et le talent qui vous manque ; mais rappelez-vous qu'un poète ne perd rien en accordant à ses confrères la part d'éloges qui leur revient. Ce n'est pas le moyen d'être loué dans l'avenir, que de se plaindre du présent.

IX. — Celui qui réserve ses lauriers pour la postérité (la postérité réclame rarement ce legs brillant) n'a d'ordinaire qu'une petite récolte ; car sa présomption ne peut que lui nuire, et, quoique çà et là quelque glorieux génie sorte comme Titan de l'océan des âges, le plus grand nombre de ceux qui en appellent à l'avenir, s'en va — Dieu sait où

— car nul autre ne peut le savoir.

X. — Si, — tombé dans de mauvais jours sur des langues mauvaises, — Miltonenappela au grand vengeur, le Temps; si le Temps, le grand vengeur, voua à l'exécration les ennemis du poète et rendit le mot « Miltonique » synonyme

i La place de Wordsworth est peut-être dans la douane et non dans l'excise, sans parler d'une autre qu'il occupe à la table de lord Lonsdale, où ce charlatan poëte et ce parasite politique lèche les miettes avec une continuelle avidité ; le jacobin converti étant depuis longtemps calmé pour devenir peu à peu le grossier sycol> hante des pires préjugés de l'aristocratie. b.

ni 1.

de Sublime, c'est que Milton ne déshonora pas son âme par ses chants, et ne fit pas de son talent même un instrument de crime ; il n'outragea pas le père pour louer le fils, mais il mourut comme il avait vécu, l'ennemi juré des tyrans.

XI . — Crois-tu que s'il pouvait, lui — le vieillard aveugle — se lever du tombeau comme Samuel pour glacer de nouveau le sang des rois par ses prophéties, crois-tu, s'il pouvait revivre, — tout blanchi par les années et les épreuves, avec ses yeux privés de la lumière, et ses filles dénaturées », — défait, pâle et pauvre, crois-tu qu'il voulût adorer un sultan ; crois-tu qu'il se courberait sous cet eunuque intellectuel, Gastlereagh?

XII. — Ce scélérat au sang-froid, à la face placide et pateline ! il avait trempé ses frêles et jeunes mains dans les blessures de l'Irlande ; exerçant ainsi son instinct à un plus vaste carnage pour venir se gorger du sang de l'Angleterre; le plus vil instrument qui ait jamais servi à la tyrannie, avec tout juste assez de talent pour ajouter quelques anneaux à la chaîne forgée par un autre et offrir aux victimes le poison préparé depuis longtemps.

XIII. — Orateur de lieux communs, exploitant si mal toutes les viles redites de la rhétorique légitimiste que ses plus maladroits flatteurs n'osent le louer, que ses ennemis même — qui sont toutes les nations — ne s'abaissent pas à sourire. — Jamais l'étincelle d'une spirituelle bévue n'a jailli du travail incessant de cette meule d'Ixion, qui tourne et tourne encore pour donner au monde une idée des tortures sans fin et du mouvement perpétuel.

XIV. — Mauvais manœuvre même dans son dégoûtant métier, qui, toujours ravaudant , rapiéçant, laisse encore derrière lui une besogne qui effraye ses maîtres : des États à asservir, des pensées à enchaîner, des conspirations et des congrès à faire, — savetant des menottes pour le genre humain, — raccommodant de vieilles chaînes d'esclaves, avec la haine de Dieu et des hommes pour salaire.

* On prétend que les deux filles aînées de Milton lui dérobaient ses livres et le trompaient dans les dépenses de la maison. Cette conduite dut cruellement blesser le père et le savant. Hayley lô compare au roi Lear.

XV. — Cette chose (car ce n'est pas un homme), si nous pouvons juger du corps par l'âme, usée jusqu'à la moelle, n'a que deux objets : servir et garrotter, croyant que la chaîne qu'il porte peut être portée par des hommes ; — l'Eutrope 1 de ses nombreux maîtres, aveugle au mérile comme à la liberté, à la sagesse comme à l'esprit ; sans crainte — parce qu'il n'y a pas de sentiment sous la glace.

Son courage même devient un vice.

XVI. — Où me tournerai-je pour ne pas voir ses chaînes, que je ne veux jamais porter ? — Italie ! ton âme romaine un instant ressuscitée est abattue sous le mensonge que ce vil outil politique a soufflé sur toi. Tes chaînes retentissantes et les blessures d'Erin qui saignent encore ont une voix — une langue qui crie plus haut que mes paroles. L'Europe a toujours des esclaves — des alliés — des rois — des armées, et Southey vit pour les chanter — bien mal.

XVII. — Cependant sir Lauréat — je vous dédie mon poëme par ces vers honnêtes et francs. Si ma dédicace n'est pas flatteuse, c'est que je conserve toujours ma livrée jaune et bleue2 ; mon éducation politique reste tout entière à faire ; l'apostasie est devenue si fashionnable, que garder sa croyance est de nos jours une tâche herculéenne; qu'en dites-vous, mon tory ? mon ultra-Julien3?

i On connaît l'histoire d'Eutrope, favori d'Arcadius. Une Homélie de Saint- Jean Chrysostome a immortalisé la chute de cet eunuque ambitieux.

2 M. Fox et le club whig d'alors adoptèrent pour costume le jaune et le bleu ; de là les couvertures de la Revue d'Edimbourg.

s Je ne fais pas ici allusion au héros de notre ami Lanclor, le traître comte Julien, mais au héros de Gibbon, vulgairement appelé l'Apostat. b.

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