XXII. — Il est temps que 'nous poursuivions notre
i Dans la scène de son ivresse (Othello, acte II). a. p.
2 We Jefy augury ; there is a spécial providence in the fall of a sparrow. Hamlet.
s Variété de la zoopathie, maladie singulière pendant laquelle on croit être un animal, dont on imite même la voix, les mouvements et les habitudes. Nabuchodonosor, qui se croyait bœuf, était atteint de zoopatbie; Mathurin, dans les Albigeois, a mis en scino un lycantbfope, a. p.
bon poërne ; — car je soutiens qu'il est réellement bon, le corps de l'ouvrage comme le « poëme, » bien qu'on ne comprenne parfaitement ni l'.un ni l'autre jusqu'ici. Mais avec le temps la vérité apparaîtra dans sa sublime attitude, et en attendant il faut bien me contenter de partager ses charmes et son exil.
XXIII. — Mon héros ( et le vôtre, j'espère, bon lecteur, ) a été laissé par nous sur la route de cette capitale des sauvages policés par l'immortel Pierre, et qui se sont jusqu'à présent montrés plus braves que spirituels. Je sais que ce puissant empire a conquis maintenant beaucoup de flatteries, — même celles de Voltaire, et c'est fâcheux : pour moi, je regarde un autocrate absolu non comme un barbare, mais comme bien pire encore.
XXIV. — Je combattrai, en paroles du moins, (et — si l'occasion s'en présentait, en action *) ceux qui font la guerre à la pensée; — des ennemis de la pensée, les plus cruels sont et ont été toujours les tyrans et leurs sycophantes. Je ne sais qui sortira vainqueur de cette lutte ; si je possédais une telle prescience, elle ne détruirait en rien la haine franche et ouverte que j'ai jurée à tout despotisme chez tous les peuples.
XXV. — Ce n'est pas que j'adule le peuple; il y a sans moi assez de démagogues et d'impies, pour renverser tous les clochers et mettre à leur place quelque sottise de leur façon. Le dogme chrétien, un peu
i « L'espoir d'étonner un jour le monde comme guerrier et héros ne se mêlait pas moins aux rêves de son enfance que la perspective du laurier poétique. — Un jour ou l'autre, avait-il coutume de dire, étant encore enfant, je lèverai un régiment. Mes soldats auront un uniforme noir, et seront montés sur des chevaux noirs. On les nommera le régiment noir de Byron, et vous entendrez parler de leurs prouesses. » Moore.
sévère, prétend que ceux qui sèment le scepticisme moissonnent l'enfer. — Je n'en sais rien; — je désire que les hommes soient libres autant de la tyrannie de la populace que de celle des princes, — libres de vous comme de moi.
XXVI. — La conséquence en est que, n'étant d'aucun parti, j'offenserai tous les partis : n'importe ;
— mes paroles du moins sont sincères, et plus selon mon cœur que si je cherchais à faire voile avec le vent. Celui qui n'a rien à gagner peut se passer d'artifice ; celui qui ne désire pas plus enchaîner les autres que d'être enchaîné lui-même peut gloser tant qu'il lui plaît, comme je ferai; — ainsi je ne mêlerai pas ma voix aux cris des chacals de la tyrannie.
XXVII. — Cette comparaison du chacal me paraît des plus justes. Je les ai entendus hurler dans les ruines d'Éphèse *, pendant les ténèbres, comme font ces mercenaires, lâches pourvoyeurs du pouvoir, qui cherchent une proie pour profiter de ses restes quand leurs maîtres, à qui ils l'amènent, l'ont dévorée. Cependant les pauvres chacals, ces pourvoyeurs habiles du brave lion, sont moins dégoûtants que les insectes humains qui chassent pour des araignées.
XXVIII. — Ne faites que lever un bras! et vous anéantirez la toile, et sans la toile leur venin et leurs pattes leur deviennent inutiles. — Bon peuple, ou plutôt peuples, faites attention à ce que je vous dis :
— marchez en avant sans vous arrêter ; la toile de ces tarentules s'étendra chaque jour jusqu'à ce que vous fassiez cause commune. Aucun de vous, excepté la mouche espagnole2 et l'abeille athénienne,
* « Je n'ai jamais vu ni entendu de chacals en Grèce, mais j'en ai entendu par centaine au milieu des ruines d'Ephèse. » b.
2 Allusion au gouvernement des Cortès... 1822. a. p.
ne pique encore de ses aiguillons pour être libre.
XXIX. — Don Juan, qui avait brillé dans le dernier carnage, a été laissé par nous ayec sa dépêche dans laquelle on parlait du sang comme nous parlerions de l'eau. Les cadavres amoncelés comme le chaume sur les cités réduites au silence ne servaient qu'à amuser les loisirs de la belle Catherine, qui regardait le combat des peuples comme un combat de coqs ; jalouse seulement que les siens restassent fermes comme des rochers.
XXX. — Juan roulait dans un kihitka (maudite sorte de voiture non suspendue qui, sur une route dure, ne vous laisse pas un os entier). Il rêvait à la gloire, à la chevalerie, aux rois, aux ordres dont il serait décoré, enfin à tout ce qu'il avait fait ; désirant que les chevaux de poste eussent les ailes de Pégase, ou du moins que les chaises de poste eussent des coussins de plume quand on voyage par de mauvais chemins.
XXXI. — A chaque cahot, — et il y en avait beaucoup, — Juan tournait ses yeux sur sa petite protégée, comme s'il eût voulu qu'elle souffrît moins que lui dans ces vilaines routes abandonnées aux ornières, aux cailloux, et à l'aimable nature, qui n'est pas un paveur, et qui n'admet pas non plus une barque sur ses canaux, dans les contrées où Dieu prend la terre et la mer, les fermes et les pêcheries sous son administration immédiate.
XXXII. — Du moins il ne paye pas de rente, et il a tous les droits possibles d'être le premier de la classe des — gentilshommes fermiers i, — comme nous les appelons, — classe tout à fait ruinée depuis
* Gentlemen farmers. a. p.
que dernièrement il n'y a plus eu de rente du tout ; les gentilshommes sont dans une triste crise, et ces fermiers ne peuvent relever Gérés après sa chute ; elle est tombée avec Buonaparte. — Quelles réflexions étranges à faire quand on voit des empereurs tomber avec l'avoine !
XXXIII. — Mais Juan tournait ses regards sur la jolie orpheline qu'il avait sauvée du carnage. — Quel trophée, ô vous qui érigez des monuments souillés de sang, comme Nadir-Shah, ce voluptueux sofi, qui, après avoir converti l'Indoustan en désert, et laissé à peine une tasse de café au Mogol pour se consoler, fut tué parce que, pour ses péchés, sa digestion était devenue difficile l !
XXXIV. — O vous ! ou nous ! ou lui ! ou elle ! songez qu'une vie sauvée, surtout si c'est celle d'une jeune et jolie fille, vous enrichit d'un plus doux souvenir que les lauriers les plus verts sortis d'un sol engraissé de cadavres ; — oui, plus doux que toutes les louanges des orateurs et des poètes. Vainement toutes les harpes accompagneraient l'hymne d'Apollon ; si votre cœur ne fait chorus, la gloire n'est qu'un vain bruit.
XXXV. — O vous, grands écrivains, lumineux, volumineux; vous, myriades de scribes quotidiens, dont les pamphlets, les volumes, les journaux nous éclairent, soit que le gouvernement vous achète et vous paye pour prouver au public que la dette ne nous ronge pas; ou soit que, marchant rudement sur les pieds des courtisans 2, vous viviez en proclamant dans vos feuilles populaires la famine de la moitié du royaume ;
i II fut tué dans une conspiration après avoir été aigri jusqu'au délire par une longue constipation.
2 11 y a dans le texte : marchant rudement sw les engelures des
XXXVI. — O vous, grands auteurs ! — « A propos de bottes », j'ai oublié ce que je voulais dire, comme il est arrivé parfois à de plus sages que moi ; c'était quelque chose propre à calmer tout dépit dans les casernes, les palais, ou les chaumières. Certes ! c'eût été autant de perdu, et c'est ce qui me console démon manque de mémoire, quoique ce que j'allais vous dire fût hors de prix.
XXXVII. — Mais laissons-le; — on le retrouvera un jour avec les autres débris d'un ancien monde, quand ce monde-ci à son tour sera sens dessus dessous, tordu, fripé, cuit au four, frit, brûlé, retourné sur lui-même ou noyé comme tous les mondes précédents qui ont été rejetés dans le chaos, vrai superstratum qui nous recouvrira tous.
XXXVIII. — Ainsi le dit Guvier. Et puis, régénéré par une création nouvelle, ce même inonde reparaîtra avec quelque tradition antique et mystérieuse des choses détruites et suspendues dans le doute; semblable aux notions que nous avons conservées nous-mêmes des Titans et des Géants, hommes de quelques centaines de pieds, pour ne pas dire de mille,
— des Mammouths, et de vos crocodiles ailés.
XXXIX. — Ah ! si George IV est un jour déterré, comme les nouveaux habitants de ce nouveau globe s'étonneront à la vue de ce corps immense (car euxmêmes ne seront que d'une très-petite dimension) !
— Les mondes font des avortons quand ils accouchent trop souvent; chaque nouvelle création est allée en
courtisans avec un talon de rustre. C'est une citation de Sliakspeare :
« The âge is grown so picked, that the toe of the peasant cornes so near the heel of the courtier, he galls his kipe. Le siècle est devenu si chatouilleux, que si l'orteil d'un paysan approche du talon d'un courtisan, le courtisan gratte son engelure. »
rapetissant, à force de produire avec les mêmes matériaux; les hommes ne sont aujourd'hui que les vers du cimetière de quelque immense univers.
XL. — Aux yeux de ce jeune peuple chassé tout récemment de quelque autre paradis, et envoyé pour labourer, piocher, suer, se démener, semer, recueillir, filer, moudre et planter jusqu'à ce que les arts aient atteint leur perfection, surtout l'art de la guerre et des taxes, — ces immenses débris, dis-je, apparus à leurs yeux, sembleront les monstres d'un nouveau muséum.
XLI. Mais je suis enclin à devenir trop métaphysicien. Le temps est déjoint l, — et moi de même. J'oublie que ce poëme n'est qu'une palinodie, et je m'égare dans des sujets assez secs. Je n'arrête jamais ce que je dois dire ; c'est là être trop poétique : on devrait savoir pourquoi et dans quel but on écrit ; mais, notes ou texte, je ne sais jamais le mot que va laisser tomber ma plume.
XLII. - Je vais donc à l'aventure, tantôt racontant, et tantôt méditant; — voici l'heure de raconter : j'ai laissé don Juan rafraîchir ses chevaux, — il s'agit d'arriver, cela nous sera facile ; je ne serai pas minutieux dans le détail du voyage ; nous avons eu tant de tours 2 depuis quelques années! Supposons-le donc à Pétersbourg, et figurez-vous cette aimable capitale des neiges.
XLIII. — Figurez-vous Juan dans un salon avec un joli uniforme, un frac rouge, des revers noirs, un long
Ont of joint, disloqué ; c'est-à-dire le monde est bouleversé, révolutionné, plein de contradictions. C'est une citation de Stiakspeare.
The time is out of joint, oh cursed spitel
That ever I was born to set it right, etc, &. p.
* Tours, voyages. a. p.
panache flottant comme la voile déchirée par l'orage, sur un chapeau retroussé; de brillant s pantalons luisants comme une topaze écossaise * et de Casimir jaune probablement; des bas tendus sans faire un pli sur une jambe dont les formes faisaient ressortir l'éclat de leur soie.
XLIV. — Supposez-le avec une épée au côté, le chapeau à la main, paré par la jeunesse, la gloire et le tailleur du régiment, — ce grand enchanteur dont la baguette cré^ la beauté, et fait pâlir la nature étonnée de voir l'art bi prêter des charmes (quand l'art n'emprisonne pas nos membres comme un geôlier) ; — voyez Juan placé comme sur un piédestal : il ressemble à l'Amour devenu lieutenant d'artillerie.
XLV. — Son bandeau est descendu de ses yeux à son cou en cravate ; ses ailes ont cédé la place aux épaulettes ; son carquois s'est rétréci en fourreau, et ses flèches se sont fixées à son côté, ne formant plus qu'une petite épée (mais dont la pointe n'est pas moins acérée) ; son arc s'est converti en chapeau à claque. — Tel qu'il était enfin, Juan ressemblait tellement à l'Amour, que Psyché serait plus clairvoyante que quelques femmes (dont les bévues sont tout aussi stupides) si elle ne l'avait pris pour Gupidon.
XLVI. — Les courtisans le regardaient avec admiration, les dames se parlèrent à l'oreille, l'impératrice sourit ; le favori régnant fronça le sourcil. — J'ai oublié quel était celui qui était de service ce jour-là, tant ils étaient nombreux ceux qui acceptaient tour à tour ce
* Brillant comme une Cairn Gormc. C'est un cristal jaune ainsi nommé d'une colline d'Inverness-shire, où on le rencontre. Ce cristal, autrefois connu sous le nom de topaze écossaise, a cédé son nom à un autre cristal beaucoup plus solide, qu'on trouve près d'invecauld.
poste difficile depuis que Sa Majesté avait été couronnée seule; c'étaient la plupart des camarades de six pieds, robustes et capables de rendre un Patagon jaloux.
XLVII. Juan n'était pas de cette taille, mais délicat et fluet, l'air riant et le menton sans barbe ; cependant il y avait dans sa tournure, et encore plus dans son regard, quelque chose qui semblait exprimer que, quoiqu'il eût l'air d'un séraphin, un homme existait sous cette apparence d'esprit céleste. D'ailleurs l'impératrice aimait parfois les jeunes gens, et venait tout juste d'enterrer le blond Lanskoy *.
XLYIII. — Il ne faut donc pas s'étonner que Yermoloff, ou Momonoff, ou Scherbatoff, ou tout autre ofi et ou, craignît que Sa Majesté eût encore de la place pour une nouvelle flamme, dans un cœur qui ne manquait pas d'élasticité ; pensée capable de rendre assez sombre l'aspect rude ou tendre de celui qui, selon le langage de son emploi, occupait alors — ce haut poste officiel.
XLIX. — 0 aimables dames, si vous veniez à chercher le sens de cette phrase diplomatique, dites, au marquis irlandais de Londonderry de vous montrer son talent oratoire, et dans l'étrange déroulement de
i La grande passion de la grande Catherine. Voyez l'article Lanskoy dans les biographie». « Lanskoy possédait le physique le plus intéressant. De tous les favoris de Catherine, c'est celui qu'elle aima le plus : son éducation avait été négligée, l'impératrice se chargea de réparer ce mal. En 1784, il fut saisi d'une fièvre qui l'enleva à la fleur de l'âge des bras de Catherine. Dans son désespoir elle se tint trois mois renfermée dans son palais de Tzarsko-Selo. Elle lit élever depuis un monument à sa mémoire dans les jardins de cette résidence royale. La fortune de Lanskoy était estimée trois milliors de roubles. 11 l'avait léguée à l'impératrice, qui la rendit aux sœurs de son favori, ne se réservant que le droit d'acheter les tableaux, les médailles et la bibliothèque. »
Tooke.
ce bizarre chapelet de mots enfilés à la queue les uns des autres, que personne ne comprend et auxquels tout le monde obéit, peut-être saurez-vous découvrir quelque non-sens ridicule, seule chose que l'on puisse glaner dans cette pauvre moisson verbeuse *.
L. — Je crois que je peux m'expliquer sans cette triste et inexplicable bête de proie, sans ce sphinx dont les paroles' auraient toujours été ambiguës si ses actions n'en donnaient le sens chaque jour, — sans ce monstre hiéroglyphique, — sans ce long conduit d'eau et de sang, — sans ce Castlereagh à cervelle de plomb ; et ici je dois raconter une anecdocte qui heureusement est courte.
LI. — Une dame anglaise demandait à une Italienne quels étaient les devoirs réels et officiels de cet être singulier, dont quelques femmes font grand cas, papillonnant souvent autour de quelque beauté mariée, et qu'on appelle — cavalier servente; vrai Pygmalion dont les statues (fait trop véritable, hélas ! je le crains, reçoivent, par son art, la chaleur vitale. La dame pressée de répondre sur ces fonctions, dit : Madame, je vous prie de les supposer.
LU. — Je vous demande à mon tour, mesdames, de supposer l'interprétation la plus douce et la plus chaste de l'office de favori impérial. C'était une place élevée, la place la plus élevée dans l'État par le fait, sinon par le rang ; et le soupçon d'une rivalité devait nécessairement affliger celui qui était déjà investi de la faveur impériale, lorsqu'une nouvelle paire d'épaules plus carrées faisait hausser les actions de celui qui les portait.
LUI. — Juan, ai -je dit, était un très-joli garçon et
* Ces vers furent composés avant le suicide de Sa Seigneurie.
avait conservé son air d'adolescence, même malgré les années jalouses qui déparent, avec la barbe et les moustaches, ce tendre aspect Parisien, qui renversa la ville de Troie et fonda les Doctors commons *. — J'ai étudié l'histoire des divorces, histoire variée, qui appelle la ruine d'Ilion les premiers dommages-intérêts dont il soit fait mention en cette matière.
LIV. — Catherine, qui aimait tout (excepté son époux, parti pour son dernier asile), et qui passait pour admirer ces gentilshommes géants (abhorrés des dames délicates) , avait néanmoins une teinte de sentimentalisme; et celui qu'elle adora le plus était ce Lanskoy si regretté, qui lui avait coûté maintes larmes, et qui n'était pourtant qu'un grenadier de moyenne taille 2.
LV. — 0 toi, teterrima causa de toute helli 3 ; — ô toi, porte de la vie et de la mort, — ô toi, être indéfini! — je puis bien m'arrêter pour chercher comment toutes les âmes sont plongées dans ta source éternelle. — J'ignore comment l'homme tomba, puisque l'arbre de la science vit ses rameaux privés de ses premiers fruits; mais comment l'homme tombe et s'élève depuis, c'est ce que tu as décidé irrévocablement.
LVI. — Quelques-uns t'appellent — « la pire cause de la guerre », — mais je soutiens que tu en es la
i Tribunal où se jugent les causes de divorce. a. p.
s II avait servi dans la garde impériale. a. p.
» Fuit ante Helenam causa teterrima belli.
Oh thou, TETERIUMA CAUSA Of ail BELLI, 0 toi, AFFREUSE CAUSE de tOUte GUEUT.E :
La mesure du vers exige le redoublement du génitif dans cette citation d'Horace, qui rappellera aux Anglais la santé obligée de leurs repas d'hommes : l'Angleterre est un pays essentiellement chaste, et Walter Scott prétend qu'une femme anglaise rougirait si son mari lui écrivait les lettres de Napoléon à Joséphine!!!
meilleure. Car, après tout, nous venons de toi, nous revenons à toi; pourquoi donc, afin de t' obtenir, ne pas renverser une muraille, ou ravager un monde, puisque personne ne saurait nier que tu ne repeuples les mondes grands et petits? — Avec toi, ou sans toi, tout s'arrête ou tout s'arrêterait, ô Mer du rivage aride de la vie!
LVII. — Catherine, qui était le grand Epitome de cette grande cause de guerre ou de paix, ou de tout ce qu'il vous plaira (c'est la cause universelle, si vous le voulez), Catherine, dis-je, fut ravie de voir ce charmant héraut, sur le panache duquel était posée la victoire ; attentive quand elle le vit courber le genou pour remettre sa dépêche, elle oublia de briser le sceau.
LVIII. — Puis, rappelant en elle toute l'impératrice, sans oublier tout à fait la femme (qui composait au moins les trois quarts de ce grand tout), elle ouvrit la lettre d'un air qui tint la cour en suspens et attentive sur chaque regard de son visage, jusqu'à ce qu'un sourire royal mît enfin le temps au beau pour la journée *. Quoique un peu large, son visage était noble, ses yeux beaux, sa bouche gracieuse 2.