‹ Œuvres compláetes de Lord Byron (volume 2)Chapitre 62 sur 98 · CHANT DIXIEME · texte numérisé non relu

CHANT DIXIEME

1. — Quand Newton vit tomber une pomme * , il trouva, dit-on (car je ne répondrai dans ce bas monde 2 ni de la croyance ni des calculs d'aucun sage), il trouva dans cette chute, qui vint le distraire de sa contemplation, un moyen de prouver que la terre tournait en rond dans un mouvement très-naturel, appelé rvr itation : et c'est le seul mortel depuis Adam qui ait su tirer avantage 3 d'une chute, ou d'une pomme.

II. — L'homme tomba par des pommes, et se releva par des pommes, si ce fait est vrai ; car le moyen par

i « Le fameux pommier qui, par la chute d'une de ses pommes, appela l'attention de Newton vers les phénomènes de la gravité des corps, fut brisé par un ouragan, il y a quatre ans environ. L'anecdote de la pomme n'étant rapportée ni par le docteur Stukeley ni par M. Conduit, et n'étant fondée, à ma connaissance, sur aucune autorité, j'ai cru devoir la négliger. Brewster, Vie

de Newton.

s Above g round : Beaumont et Fletcher emploient cette expression dans ce sens. a. p.

3 Grapple with, lutter fortement. A. p.

lequel sir Isaac Newton sut découvrir la grande route *, à travers les étoiles, jusqu'alors sans chemins pavés 2, doit être considéré par nous comme une compensation des malheurs de notre espèce; depuis ce temps-là , l'homme immortel s'est enthousiasmé pour toute sorte de mécaniques, et bientôt les machines à vapeur le conduiront à la lune.

III. — Et pourquoi cet exorde? — Ma foi, à l'instant même, en prenant cette pauvre feuille de papier, j'ai éprouvé dans mon sein une glorieuse émotion, et l'esprit intérieur a fait une cabriole. Quoique je sois inférieur de beaucoup, je le sais, à ceux qui, par les lunettes et la vapeur, découvrent des astres, et voguent contre le vent, je veux en faire autant par la poésie.

IV. — J'ai vogué et je vogue encore contre le vent ; mais quant aux étoiles, j'avoue que mon télescope est obscur; du moins j'ai évité le rivage commun, et, perdant la terre de vue, j'aurais voulu glisser sur l'océan de l'éternité ; le mugissement des vagues n'a point arrêté mon esquif léger, mais digne de sillonner la mer ; et il peut naviguer là où des vaisseaux ont fait naufrage, comme il arrive à maint bateau.

V. — Nous avons laissé notre héros don Juan dans la fleur du favoritisme, mais non encore au moment d'en rougir 3. Loin de mes Muses (car, au besoin, j'en

1 The turnpike road, route à barrière ; expression anglaise que nous avons expliquée plusieurs fois: la grand' route. a. p.

a Unpaved stars : turnpike road; le poëte emploie à dessein ces termes vulgaires : il y a souvent dans Don Juan la double ironie de l'expression et de la pensée. a. p.

5 In the bloom

Of favouritism, but not yet in the blush.

On dit d'une fleur il blushes, elle devient rouge; et ce mot, dans le sens moral, signifie rougir de honte : voilà pourquoi le poëte écrit blush et bloom en italique.

ai plus d'une sous la main), loin de mes Muses l'idée de le suivre au delà du salon de réception ! il suffit que la fortune l'ait trouvé brillant de jeunesse, de vigueur, de beauté, et de tout ce qui, pour quelque temps, rogne les ailes du plaisir.

VI. — Mais bientôt ces ailes repoussent, les plaisirs quittent leur nid. « Oh! dit le Psalmiste, que,n'ai-je les ailes d'une colombe pour fuir et trouver le repos l ! » Quel est l'homme, se rappelant ses jeunes amours, malgré ses cheveux blancs, malgré son cœur flétri et son imagination glacée, qui ne s'égare plus au delà de la sphère de son regard éteint? quel est l'homme qui ne préférerait soupirer comme son fils, plutôt que de tousser comme son grand-père ?

VIL — Mais les soupirs s'apaisent , et les larmes (même celles des veuves) se tarissent comme l'Arno dans l'été, réduit à un filet d'eau si faible qu'il ferait honte à son cours d'hiver qui menaçait d'inonder au loin les plaines de ses flots rapides et jaunâtres ; telle est la différence produite en quelques mois. Vous croiriez que la douleur est un riche terroir qui ne reste jamais inculte ; en effet il ne change que de laboureurs, qui vont promener la charrue dans un nouveau sol pour y semer le plaisir.

VIII. — Mais la toux viendra quand les soupirs s'en iront, et quelquefois même avant que les soupirs cessent; car souvent les soupirs la produisent, avant que le front calme comme un lac paisible soit sillonné par une ride, ou que le soleil de la vie ait atteint la dixième heure. Pendant qu'une rougeur, maladive et fugitive comme le dernier rayon d'un jour de juin à son déclin,

1 Quis dabit mihi pennas sicut columbœ, et volabo et requicstam ? a. p.

couvre un visage qui semble trop pur pour être formé d'argile, des milliers de mortels brillent, aiment, espèrent, meurt; — qu'ils sont heureux !

IX. — Mais Juan n'était pas destiné à mourir si tôt; nous l'avons laissé au milieu de toute la gloire qui peut être obtenue par la faveur de la lune ou le caprice des dames,... gloire éphémère peut-être; mais quel homme méprise le mois de juin, parce que décembre doit venir avec son souffle de frimas? il vaut mieux courtiser le rayon pour amasser de la chaleur pour les jours d'hiver.

X. — D'ailleurs Juan avait quelques qualités qui fixent les dames d'un moyen âge bien plus que les jeunes ; les premières savent de quoi il s'agit, tandis que les jeunes poulettes l ne connaissent de l'amour que ce qu'on chante en vers, ou (car l'imagination nous joue des tours) que ce qu'on en voit dans les visions de ces cieux d'où sortit l'amour. Quelques personnes comptent l'âge des femmes par leurs soleils ou leurs années ; je crois que la lune serait une date plus convenable pour ces chères créatures.

XI. — Et pourquoi ? parce qu'elle est inconstante et chaste : je n'en sais pas d'autre raison, quelque tort que veuillent me supposer les gens soupçonneux, toujours prêts à trouver les autres en faute ; ce qui n'est pas charitable ni flatteur « pour leur caractère ou leur goût », comme l'écrit mon ami Jeffrey avec son air d'assurance 2 : cependant je lui pardonne; j'espère

i New-fledged-chicks : des poulets qui n'ont que depuis peu leurs plumes : le mot chick est un mot de tendresse en anglais comme en français: Shakspeare appelle Ariel chick.

2 « J'ai lu le dernier article de Jeffrey : le but de tout cela est de m'exciter à une réplique. Je ne répliquerai pas, car je lui dois quelque reconnaissance pour ses anciennes bontés. L'occasion de

qu'il se pardonnera à lui-même, — sinon je dois toujours lui pardonner

XII. — D'anciens ennemis qui sont devenus amis devraient rester amis*, c'est un point d'honneur; je ne connais rien qui puisse excuser un retour à la haine .. je la fuirais, moi, comme l'ail; quelque loin qu'elle étendît ses cent jambes et ses cent bras, je courrais encore plus vite qu'elle. D'anciennes amies, de nouvelles épouses, deviennent nos plus cruels ennemis; des ennemis convertis devraient mépriser de se joindre à elles.

XIII. — C'est la pire des désertions : les renégats, même le fourbe Southey — ce mensonge incarné, — se joindraient difficilement de nouveau aux réformateurs * que Southey a quittés, pour occuper l'étable 2 de Lauréat. Les honnêtes gens, depuis l'Islande jusqu'aux Barbades, soit en Ecosse, soit en Italie, ne doivent pas toiJrner à tout vent, ni profiter, pour vous tourmenter, du moment où vous cessez de plaire.

XIV. — Le légiste et le critique ne voient que les choses honteuses de la vie et de la littérature. Rien ne reste inaperçu, mais beaucoup de choses sont passées sous silence par ceux qui balayent ces deux vallées de débats : tandis que les hommes ordinaires croissent en ignorance comme en âge, le bref 3 du légiste est semblable au scalpel du chirurgien, dissé-

m'attaquer était si belle, qu'il n'aura pu résister à la tentation. Je ne l'en blâme pas, moi qui connais les hommes. » B. Corres-

pondance, Juin 1822.

..rformadoes, reformers, ou plutôt reformed. Le baron de Bradwardine, dans Waverley, est une autorité pour ce mot.

2 Sty, loge à pourceau : le poëte ne trouve jamais d'expression assez dure pour le Lauréat de Georges IV. a. p.

s Bricf, le résumé de la cause que doit plaider l'avocat : le mot laivyer signifie avocat; nous avons traduit par légiste dans un sens plus général. a. p.

quant tout l'intérieur d'une question, comme le scapel suit la digestion jusqu'à ses derniers résultats.

XV. — Un balai légal * est un ramoneur moral, et voilà pourquoi il est lui-même si sale. L'éternelle suie 2 lui imprime une couleur trop tenace pour disparaître avec sa nouvelle chemise; il conserve dans tous ses habits les noires traces du sombre grimpeur 3, du moins vingt-neuf sur trente les conservent ■ non pas vous, Jeffrey, j'en conviens; vous portez votre robe comme César portait sa toge.

XVI. — Elles sont terminées toutes nos petites querelles, toutes les miennes du moins, cher Jeffrey, jadis mon très-redouté ennemi (autant que la rime et la critique peuvent rendre ennemis des marionnettes comme les pauvres mortels) ; je bois à Auld lang syne 4 : je ne vous connais pas, et peut-être ne verrai-je jamais votre

* A légal broom : broom et Brougham se prononcent à peu près de même : il ne serait pas étonnant que le poëte eût voulu décocher ici un trait contre l'avocat, depuis chancelier, Brougham : ce ne serait pas le premier.

2 Demande : n'est-ce pas suit? (Le compositeur d'imprimerie.) Suit signifie procès. 11 y a dans le texte soot, suit.

3 Creeper : il y a dans cette stance un jeu de mots continuel sur soot, suie, qui se prononce comme suit, procès; et sur habit, qu peut se prendre pour les habits du ramoneur ou pour les habitudes du légiste. a. p.

4 Temps d'autrefois. C'est une phrase écossaise souvent employée par Burns dans ses chansons, par Walter-Scott dans ses romans : elle équivaut à l'expression française du bon vieux temps : auld lang syne (en anglais old long since) signifie les choses depuis longtemps passées *. a. p.

* Je ne veux pas vous ennuyer sur la questions des Romans Ecossais (comme on les appelle, quoique deux d'entre eux soient anglais et que les autres le soient à moitié), mais rien ne saurait me persuader, depuis les dix premières minutes que j'ai passées avec vous, i,ue vous n'en êtes pas l'auteur. Il y a dans ces romans tant du auld latsg syne (j'ai été élevé depuis l'âge de dix ans en véritable Écossais), que je ne fais pas un pas «ans les avoir avec moi. Lo:d Byron à sir W'alter Scott. 12 janvier lb22.

visage ; mais après tout vous en avez agi noblement, et j'en fais l'aveu du fond de mon âme.

XVII. — Et quand je me sers de la phrase de Auld lang syne, elle n'est pas adressée à vous, et c'est tant pis pour moi ; dans votre fière cité, il n'est personne, excepté Scott, avec qui je trinquerais plus volontiers. On dira peut-être que c'est un regret d'écolier, cependant je ne cherche point ici à faire de la magnanimité ou de l'esprit, quand je dis que je suis à demi Écossais par la naissance *, tout à fait Écossais par mon éducation ; mais mon cœur entraîne ma tête 2.

XVIII. — Quand cet Auld lang syne évoque pour moi l'Ecosse tout entière, les plaids de l'Ecosse et les snoods 3 de l'Ecosse, ses monts d'azur, ses ondes limpides, la Dee, le Don, le mur noir du pont de Balgounie 4; tous mes premiers souvenirs, les visions de mon enfance, — ces visions revêtues de leurs premières couleurs, comme les fils de Banquo, clans leurs man-

* La mère du pcëte était Écossaise. a. p.

2 C'est le sens de la célèbre maxime de La Rochefoucauld : « L'esprit est souvent la dupe du cœur. » a. p.

5 Plaid, manteau de tartan : snoody ruban des jeunes filles, etc.

4 Le pont du Don, près la vieille cité d'Aberdeen. Son arche unique, et les flots riches en saumons qui coulent dessous, s'offrent à ma mémoire, comme si je les avais vus hier. Je me rappelle encore, quoique je ne puisse le citer exactement peut-être, le proverbe effrayant qui m'arrêtait quand je m'en approchais, et m'y ramenait néanmoins avec un plaisir enfantin, — étant enfant unique, du moins du côté de ma mère; voici le proverbe tel que je me le rappelle bien ou mal depuis l'âge de neuf ans :

Brig of Balgounie, blacWs pour wà Wa wife's ae son, and a mear's ae foal Don ye shall fa!

« Balgounie, quoique ton pont soit fort, il tombera avec le fils unique d'une femme. »

teaux de rois *, — toute mon enfance, en un mot, apparaît à mes yeux. Gomment expliquer cette illusion enfantine? peu m'importe. — C'est une réapparition passagère du Auld lang syne.

XIX. — Quoique dans un accès de colère et de rime, et quand j'étais un jeune garçon aux cheveux, frisés, vous vous en souvenez, j'aie raillé les Écossais pour leur faire sentir ma colère et mon esprit, qui, je l'avoue, était susceptible et morose.... oes vaines saillies ne peuvent détruire la fraîcheur de nos premiers sentiments ; je blessai 2, mais je ne tuai pas l'Écossais dans mon courroux, et j'aime la terre « des montagnes et des torrents 3. »

XX. — Don Juan — qui était réel ou idéal, — car c'est la même chose, puisque ce que pensent les hommes existe encore quand les penseurs eux ■"•■mies sont devenus moins réels que ce qu'ils ont pensé; mais l'âme ne peut jamais se détruire et fait un appel énergique contre le corps; toutefois, sur les bords de ce qu'on appelle l'éternité, il est fort embarrassant d'ou-

» Pall, manteau royal. Voyez la scène de l'apparition dans M >'k*th. a. p.

;' hoà the sent, jeu de mots: j'écorchai l'Écossais.

i ,,«,.. ..ountain and of flood, etc *.

C'est le début d'une apostrophe adressée par Walier Scott à l'Ecosse, dans le Lai du dernier Ménestrel. a. p.

* « Byron avait conservé de l'Ecosse des impressions profondes, mais il en était de ce sentiment comme de tous ceux qui honoraient son cœur, il le reniait dans ses accès de colère ou d'ironie, et se calomniait ainsi lui-même. Une dame de ses amies me décrivit un jour la rage demi-bouffonne où Sa Seigneurie était tombée, parce qu'une jeune fille lui trouvait l'accent un peu écossais. « Miséricorde ! j'espère Lien que non, s'écria-il, je suis certain de ne pas l'avoir. J'aimerais mieux voir tout ce maudit pays au fond de la mer. Moi, l'accent écossais! »

Mooke.

vrir de grands yeux lt et de ne pas en savoir davantage sur un rivage que sur l'autre ;

XXI. — Don Juan devint un Russe très-policé, — comment ? nous n'en voulons pas parler, — pourquoi? nous n'avons pas besoin de le dire : peu de jeunes têtes savent résister au choc de la tentation la plus légère qu'elles trouvent sur leur chemin; mais celle qui séduisit Juan s'offrait à lui, comme un coussin préparé pour le siège d'honneur d'un monarque. De charmantes demoiselles, des danses, des banquets, de l'argent comptant, firent que la glace lui parut un paradis et l'hiver un été.

XXII. — La faveur de l'impératrice était agréable ; et, quoique sa charge auprès d'elle devînt un peu pénible, les jeunes gens de son âge doivent savoir s'acquitter convenablement de semblables fonctions. Juan croissait comme un jeune arbre, propre à l'amour, à la guerre, ou à l'ambition, qui récompensent leurs plus heureux favoris jusqu'à ce que les ennuis du vieil âge en ramènent quelques-uns au goût d'un juste milieu2.

XXIII. — A cette époque, comme on pouvait bien s'y attendre, entraîné par sa jeunesse et par de dangereux exemples, don Juan devint, j'en ai peur, un peu dissipé ; triste défaut qui non-seulement nous fait fouler aux pieds la fleur de nos sensations, mais encore, en nous révélant tous les incorrigibles vices de la fragile humanité, nous rend égoïstes, et renferme nos âmes en nous-mêmes, comme l'huître dans son coquillage.

XXIV. — Passons là-dessus ; nous passerons aussi sur les conséquences ordinaires d'une intrigue entre

* To stare, regarder avec surprise. a. p.

Circula tin ij médium : l'aurea mediocritas d'Horace. à. P.

deux amants mal assortis, comme le sont, hélas! un jeune lieutenant et une reine qui, n'étant pas vieille encore, n'était plus aussi jeune qu'elle l'avait été dans toute la royauté de sa douce, dix-septième année. Les souverains peuvent commandera des matériaux, maïs non à la matière *, et les rides, ces maudites démocrates, ne veulent pas flatter. .

XXV. — Et la Mort 2, cette souveraine des souverains, est en même temps le grand Gracque de tous les humains ; la Mort par ses lois agraires abaisse le riche propriétaire qui se réjouit et se bat, crie (t s'enivre dans ses festins, au niveau des pauvres diables qui n'eurent jamais un pouce de terre jusqu'alor-, et les rédu t tous à un petit emplacement gazonné (dont la corruption seule prépare la moisson); la Mort est un réformateur 3 ; chacun doit en convenir.

XXVI. — Il 4 vécut (non pas la Mort, mais Juan) ru milieu de la prodigalité, de la précipitation, de l'éclat, de la pompe et de la splendeur 5, dans ce joyeux climat des peaux d'ours noirs, qui, je le dis malgré mon éloignement pour toute critique amère, se laissent voir tout à coup, dans un moment de trouble et d'émotion, à travers la pourpre et le beau linge, plus convenables à la royale prostituée de Babylone qu'à celle de Russie,

1 Materials but not mat ter : à leurs instruments, à ceux qui se font matière maniable, mais non à la nature. a. p.

2 Death est personnifié au masculin en anglais. a. p.

3 A reformer, un radical. a. p.

* //, le pronom masculin, motivé par le genre de la mort en anglais, explique cette espèce ^'équivoque, a. p.

* iu a hurry

Of waste, and haste, and glare, and gloss, and glitter.

Il y a dans le texte, comme on voit, une espèce d'allitération difficile à traduire. a. p.

— et neutralisent l'effet de son appareil de couleur d'éçarlate '.

XXVII. — Nous ne voulons pas décrire cette épo({ue de la vie de don Juan. — Nous pourrions en parler par ouï- dire ou par expérience ; mais parvenu aux approches de cette obscure forêt du sombre Dante 2, de cet horrible équinoxe, de cette odieuse section des années de l'homme, de cette maison à mi-chemin, de cette hutte grossière d'où les voyageurs sages fouettent avec prudence les tristes chevaux de la vie vers la frontière redoutée de la vieillesse, et regardent en arrière du côté de leur jeune âge, en versant une larme...

XXVIIL — Non, je ne veux pas décrire, — si je puis m'en empêcher, et ne pas faire de réflexion ; — c'est-à-dire si je puis écarter la pensée qui, — comme un petit chien attaché à la mamelle maternelle, — poursuit tous mes pas à travers l'abîme de ce bizarre laby-

» Nous avons déjà fait remarquer, dans une note du chant VII, octave lxxxiv, la même allusion au chapitre xvn de l'Apocalypse, versets 4 et 5 :

— Et mulier erat circumdata purpura el coccino, etc

— « El la femme était vêtue de pourpre et d'écarlate, parée d'or, de pierreries et de perles, tenant dans sa main une coupe d'or pleine des abominations et des impuretés de sa fornication.

— » Et il y avait sur son front un nom écrit : mystère, la grande Babylone, mère des fornications et des abominations de la terre. »

Ce passage est souvent appliqué par les anglicans à L'église romaine. A. p.

* Allusion, déjà citée, au début de l'Enftr du Dante :

« Nel mezzo del caramin di nostra vita, etc. »

« Au milieu du chemin de notre vie, je m'égarai dans une forêt obscure; et il serait trop pénible de dire combien cette forêt dont le souvenir renouvelle ma crainte, était sombre, touffue et sauvage. »

Lord Byron était parvenu à l'âge auquel le Dante semble annoncer qu'il commença son poëme. a. p.

rinthe , — ou semblable à l'algue ' fixée au rocher, ou telle que le premier baiser de l'amour sur les lèvres de celle qu'on aime ; — mais (disais-je) je ne veux plus philosopher, et je veux être lu.

XXIX. — Juan, au lieu de courtiser à la cour, fut courtisé, chose fort rare ; — ce qu'il dut en grande partie à sa jeunesse, et en grande partie au bruit de sa valeur ; — il le dut beaucoup encore à sa vivacité, au pur sang que l'on reconnaissait en lui tout comme dans un noble coursier ; beaucoup à chaque nouvel habit qui faisait ressortir ses formes élégantes, comme des nuages de pourpre parent le soleil ; — mais il en fut surtout redevable à une vieille femme et à son poste auprès d'elle.

XXX. — Il écrivit en Espagne : — et tous ses proches parents, voyant qu'il était en bon chemin pour faire sa fortune, et pour placer aussi ses cousins, lui répondirent le même jour. Plusieurs se préparèrent à émigrer ; et, mangeant des glaces, ils répétaient, à ce que disent ceux qui les entendirent, qu'avec l'aide d'une légère pelisse, le climat de Moscou et celui de Madrid étaient parfaitement semblables.

XXXI. — Sa mère, Dona Inèz, voyant qu'au lieu de tirer sur son banquier, chez qui les fonds de son fils diminuaient chaque jour, Juan avait trouvé ailleurs de quoi fournir à ses dépenses 2, répondit qu'elle était ravie de le voir dégoûté des plaisirs que recherche la folle jeunesse ; puisque la meilleure preuve de bon sens que l'homme puisse donner c'est la réduction de sa dépense.

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