‹ Œuvres compláetes de Lord Byron (volume 2)Chapitre 64 sur 98 · XLI. — Mais voici une ordonnance entre plusieurs autres · texte numérisé non relu

XLI. — Mais voici une ordonnance entre plusieurs autres

P. sodée sulphat. 3. vi.

mannse optim. 3. v.

aquae fervent, f. 153.

tinct. sennaB haustus. ij.

après quoi le chirurgien le ventousa.

R. pulv. com. ipecacuanhse gr. in.

(sans compter tant d'autres que Juan refusa de prendre.)

i Blue drvils or a dun : les Anglais appellent blue devils les vapeurs, l'hypocondrie. Dun, adjectif opposé à blue, signifie sombre, noir. C'est une épitlièle donnée quelquefois à la nuit; mais dun, substantif, signifie créancier importun. a. p.

Bolus potassas sulphuret. sumendus, Et haustus ter in die capiendus1.

XLII. — Telle est la manière dont les médecins nous guérissent ou nous expédient, secundum artem 2. Mais, quoique en santé nous plaisantions, nous les ••ippelons à notre lit, sans la moindre envie de rire, lorsque ce hiatus maxime deflendus*, qu'il faut remplir par la pioche ou la bêche, est près de nous. Au lieu de glisser de bonne grâce sur les bords de Léthé, nous tourmentons le doux Baillie 4 ou le complaisant Abernethy 3.

XLIII. — Juan résista à ce premier avis de déménager ; quoique la mort eût menacé de le mettre hors de ce monde , sa jeunesse et sa bonne constitution le soutinrent, et renvoyèrent les docteurs dans une autre direction. Mais il resta languissant et débile; l'incarnat avait disparu presque entièrement de ses joues creuses. Sa pâleur parut embarrasser la Faculté, qui prétendit qu'il devait faire un voyage.

XLïV. — Le climat était trop froid, dirent les docteurs, pour qu'un homme du midi pût y prospérer. Cette opinion fit faire la grimace à la chaste Catherine, qui ne fut pas contente d'abord de perdre son favori. Mais, quand elle vit ses yeux, naguère si brillants, se

* Les médecins anglais formulent plus souvent que nous en latin : le tour de force du poëte était de soumettre ces prescriptions à la rime et à la mesure de la stance. a. p.

-Selon l'art (dans les règles); secundum artem est l'expression d'usage après une formule. a. p.

5 Expression d'Horace : vide déplorable. a. p.

4 Le docteur Baillie, auteur du Morbidanalomy, YAnatomic pathologique, et fameux praticien de Londres, mort en 1823 à un âge très-avancé.

5 M. Abernethy, chirurgien-physiologiste distingué, à qui on attribuait une franchise un peu brusque, et des reparties fort originales, a. p.

ternir et s'éteindre comme ceux d'un aigle auquel on a rogné les ailes, elle résolut de l'envoyer en mission, mais avec des honneurs dignes de son rang.

XLV. — Il existait justement une espèce de discussion, de négociation ou de traité à conclure entre les cabinets russe et britannique : on y apportait de part et d'autres toutes les prévarications de la chicane, dont les grands États font usage en pareille circonstance. Il s'agissait de quelques difficultés sur la navigation de la Baltique, sur les pelleteries, l'huile de baleine, le suif, et les droits de Téthis, que les Anglais estiment être leur uti possidetis *,

XL VI. — De sorte que Catherine, à qui il était facile de pourvoir convenablement ses favoris, confia à don Juan cette mission secrète, dans la vue de déployer la splendeur impériale, et de récompenser en même temps ses services. Juan fit son baisemain le jour suivant, reçut ses instructions pour bien tenir les cartes, et fut comblé de toutes sortes de présents et d'honneurs, qui prouvaient le grand discernement de la souveraine.

XLVII. — Mais elle avait du bonheur, et le bonheur est tout. Nos reines sont généralement heureuses dans leur gouvernement ; ce qui nous intrigue sur les caprices de la fortune. Mais continuons. Quoique Catherine fût sur le retour, son année climatérique 2 la tour-

* Leur domaine. Expression de jurisprudence.

2 Climatérique ou climactêrique. Quelques philosophes donnent le nom d'année climatérique à chaque 7e année de la vie; d'autres regardent ces années comme le produit du nombre 7 multiplié par les impairs 3, 5, 7 et 9. Ces années ont été encore appelées septénaires, horoscopiques, fatales, critiques, secrétaires, héroïques parce qu'on croyait que, pendant leurs cours, il survenait ordinairement dans la vie de l'homme certains changements presque toujours défavorables à la santé, à l'existence, et même à la fortune, etc.

mentait autant que jadis son âge nubile l ; et, quoique sa dignité ne lui permît pas la plainte, le départ de Juan l'affligea tellement, qu'elle ne put d'abord lui trouver un successeur convenable.

XL VIII. — Mais le Temps, ce grand consolateur, arrive à la fin ; vingt-quatre heures et quarante-huit candidats à ses bonnes grâces procurèrent un paisible sommeil à Catherine pour la nuit d'après, non qu'elle prétendît se décider pour un nouveau choix à la hâte, non qu'elle éprouvât l'embarras du nombre ; au contraire, choisissant toujours avec prudence, elle tenait la place ouverte à l'émulation.

XLIX. — Pendant que ce haut poste d'honneur est vacant pour un ou deux jours, lecteur, nous vous invitons à monter avec notre héros dans la voiture qui le conduit hors de Saint-Pétersbourg ; cette belle barouche 2 qui avait eu la gloiie d'être ornée jadis des armoiries autocratiques de la belle Czarine, lorsque, nouvelle Iphigénie, elle se rendit en Tauride 3, — la

Une des plus dangereuses années était la 49e qui est le produit de 7 fois 7. Quelques auteurs ont pris la peine de nous transmettre les noms des hommes plus ou moins illustres morts dans une de leurs années climatériques. Le premier est Adam, qui, ayant vécu 93 ans, selon la Genèse, mourut dans sa 931e année, qui renferme 7 fois 133 ans. a. p.

i Her leens : depuis 13 ans, Ihhieen, jusqu'à 19, nineteen. Voyez une noie précédente. a. p.

2 Voiture anglaise, et sans doute en usage aussi en Russie, a. p.

s L'impératrice se rendit en Crimée accompagnée par l'empereur Joseph dans l'année j'ai oublié la date.

« Devenue dominatrice de la Tauride, Catherine désira la connaître Sur une route de près de mille lieues, on ne voyait que

fêtes, décorations théâtrales, prestiges, enchantements; c'étaient de grands feux allumés dans toute la longueur du chemin , des illuminations dans les villes, des palais au milieu des déserts, et ces

palais ne devaient être habités qu'un jour Catherine voyait de

loin des villes et des villages dont il n'existait que les murailles extérieures; de près elle voyait un peuple nombreux, mais ce

même barouche fut donnée à son favori, et portait actuellement ses armes :

L. — Un boule-dogue, un bouvreuil et une hermine, trois favoris de don Juan l ; car (j'en laisse déterminer la raison par de plus grands clercs) il avait une espèce de penchant ou de faiblesse pour ce que la plupart des gens traitent de vermine 2, — les animaux vivants : une vieille fille de soixante ans n'eut jamais plus de tendresse que lui pour les chats et les oiseaux, quoique Juan ne fût ni vieux, ni fille 3.

LI. — Les susdits animaux occupaient leur place; il y avait des valets, des secrétaires dans d'autres voitures ; mais à côté de Juan était assise la petite Leila, qu'il avait défendue contre les sabres des Cosaques, dans le grand massacre d'Ismaïl. Quoique ma Muse capricieuse change de ton, elle n'oublie pas la jeune enfant, perle vivante et pure, sauvée par notre héros.

même peuple courait pendant la nuit pour lui donner plus loin le

même spectacle Stanislas, auguste roi de Pologne, et Joseph II,

empereur d'Allemagne, vinrent la visiter sur la roule et furent ses deux premiers courtisans. Lorsque l'impératrice lut sur son arc de triomphe élevé dans la ville de Gherson cette inscription qui annonçait le but du voyage : « C'est ici le chemin de Byzance », Joseph renouvela la promesse qu'il avait faite dans l'entrevue de Mohilow « d'aider Catherine dans l'exécution de ses desseins. » Voyez aussi les Lettres et pensées du prince de Ligne qui accompagnait l'impératrice dans ce voyage, et n'avait, dit-il, d'autre emploi pendant deux mois que de jeter de l'argent par la portière : il distribua ainsi plusieurs millions.

iByron avait cette particularité commune avec son héros: il aimait beaucoup les animaux. J'y ai fait allusion dans l'introduction de l'ouvrage que j'ai publié sous le titre du Perroquet de W al ter Scott et réimprimé sous le titre de V 'ncolier de Walter Scott.

2 Le mot vermin (vermine, terme de chasse) signifie proprement en anglais un animal indigne du chas«Mjr, comme la fouine, le rat, etc. Ici il est employé dans un sen* »s étendu. a. p.

s Lord Byron donne à son héros sus ^oûts pour les animaux.

LU. — Pauvre petite créature! elle était aussi jolie que douce, et de ce caractère à la fois tendre et sérieux, aussi rare parmi les êtres vivants, qu'un homme fossile parmi tes antiques Mammouths, ô grand Guvier! Son ignorance la rendait peu propre à lutter contre ce monde, où nous devons tous être induits en erreur; mais elle n'avait que dix ans; aussi était-elle tranquille, quoiqu'elle ne sût ni comment, ni pourquoi.

LUI. — Don Juan l'aimait, et elle aimait don Juan, comme on n'aime ni frère, ni père, ni sœur, ni fille. Je ne puis dire exactement ce que c'était. Il n'était pas assez âgé pour connaître les sentiments d'un père ; et ceux de la même nature appelés affection fraternelle, ne pouvaient l'émouvoir; — car il n'avait jamais eu de sœur; — et, s'il en avait eu une, combien il l'eût regrettée * !

LIV. — Cet amour était encore moins sensuel; car Juan n'était point un vieux débauché qui aime le fruit vert pour exciter son sang appauvri, comme les acides réveillent un alcali dormant. La jeunesse de Juan (nous sommes conduits au gré de notre planète) n'avait p s été aussi chaste qu'elle aurait pu l'être; il y avait le plus pur platonisme au fond de tous ses sentiments, — seulement il les oubliait.

LV. — Jusqu'alors il n'y avait pour lui aucun danger de tentation; il aimait la jeune orpheline qu'il avait sauvée, comme les patriotes (parfois) aiment une nation. Son orgueil aussi se flattait de l'idée de l'avoir préservée de l'esclavage ; — comme aussi de celle de faire son salut avec le secours de l'Eglise. Mais, chose singulière, qu'il est juste d'insérer ici, la petite Turque refusait de se convertir.

i Le souvenir d'une sœur chérie (Mistress Leigh) accompagna toujours Byron dans les vicissitudes de sa vie. a. p.

LVI. — Il est assez étrange qu'elle gardât ses premières impressions, malgré une scène de carnage et de terreur comme la prise d'Ismaïl ; mais, quoique trois évêques lui eussent fait connaître la tache originelle, elle montrait une grande aversion pour l'eau sainte; elle n'avait non plus aucun goût pour la confession : peut-être n'avait-elle rien à confesser ; — n'importe la cause, l'Eglise ne gagna rien sur son cœur : — elle soutint constamment que Mahomet était un prophète.

LVII. — Dans le fait, le seul chrétien qu'elle pût supporter était Juan, qu'elle semblait avoir choisi pour lui tenir lieu de tout ce qui avait été pour elle patrie et famille. Juan naturellement aimait celle qu'il protégeait; ils formaient ainsi un couple curieux, un tuleur dans la première jeunesse, et une pupille qui n'avait avec son protecteur aucun lien de parenté, de pays, ou d'âge : cette absence de liens rendait le leur encore plus tendre.

LVI1I. — Ils traversèrent la Pologne, le duché de Varsovie, fameux par ses mines de sel et son joug de fer, et puis la Courlande, témoin de cette farce qui donna à ses ducs le nom sans grâce de Byron '. Ce sont les mêmes contrées que parcourut le moderne Mars quand il marcha vers Moscou conduit par la gloire, fatale sirène ! pour perdre en un mois de frimas vingt ans de conquêtes et sa garde de grenadiers.

LIX. — Que ceci ne paraisse pas une anti -gradation : — « 0 ma garde ! ma vieille garde ! » s'écriait ce

i Du temps de l'impératrice Anne, Byron, son favori, prit le nom et les armes des Byron de France, dont la famille existe toujours. Il y a encore des femmes de ce nom en Courlande : je me souviens d'une qui me fut présentée comme une homonyme parla duchesse de S. T. pendant l'heureuse année des alliés. (Je veux, parler de la duchesse de S.)

dieu d'argile *. — Qui eût dit que ce Mars foudroyant succomberait sous Castlereagh le suicide 2? Hélas! faut-il que la gloire soit glacée par l'hiver! mais si nous voulions nous échauffer en chemin, nous aurions en Pologne le nom de Kosciusko 3, qui jetterait des flammes à travers la glace, comme le volcan d'Hécla. LX. — De la Pologne nos voyageurs passèrent dans la Prusse proprement dite, et à Kœnigsberg, sa capitale, dont la gloire, outre quelques mines de fer, de plomb ou de cuivre, a été dernièrement fondée sur le grand professeur Kant 4. Juan, qui n'eût pas donné une pipe de tabac de la philosophie, continua sa route à travers l'Allemagne, dont les millions d'habitants un peu lourds ont des princes qui piquent plus de l'éperon que les postillons du pays 5.

i Exclamation de Napoléon à l'Élysée-Bourbon, le 23 juin 1815. « Mes vieux grognards fondent comme la^neige », avait-il dit lors de sa désastreuse retraite de Moscou.

2 Carotid-artey-cutting, coupe-artère-carotide : dans la préface publiée avec les chants VI, VU et VIII, Byron déclare que, le système de Castlereagh survivant à ce personnage, il ne se croit pas obligé de respecter son tombeau ; peut-être suffisait-il d'avoir flétri une fois le ministre de la sainte alliance. a. p.

s Le héros de la Pologne moderne, qui aurait dû en être le Washington. A. p.

a Hope for a moment bade the worl farewell And Freedom shriek'd when Kosciusko fell. »

Campbell.

L'espérance dit un instant adieu au monde, et la liberté poussa un •ai de douleur quand Kosciusko tomba.

* Emmanuel Kant, fondateur de l'école de philosophie qui a succédé à celle de Leibnitz, en Allemagne, naquit à Kœnigsberg, en Prusse, le 22 avril 1724, et mourut presque octogénaire dans la même ville, le 12 février 1804 : son ouvrage le plus célèbre est sa Critique de la Raison pure.

s To spur, éperonner, peut s'entendre dans le sens de tourmenter : to spur signifie aussi voyager avec vitesse. Dryden l'a employé dans le sens de maltraiter, mener rudement. Byron a-t-il voulu

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