CXXII. — Mais j'y vais revenir tout à l'heure
Il est doux, à l'heure de minuit, sur la plaine azurée des flots éclairés par la lune, d'entendre glisser sur les flots les mouvements cadencés de la rame , et les chants lointains du gondolier de l'Adriatique. Il est
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doux de voir paraître l'étoile du soir, d'écouter la brise de la nuit glissant sur les feuilles frémissantes du bocage ; il est doux d'admirer Iris qui mesure le ciel avec son arc appuyé sur l'Océan.
CXXIII. — Il est doux" d'entendre les aboiements du fidèle gardien de nos dieux pénates, qui salue de loin notre retour au logis. Il est doux de penser qu'un regard y épie notre approche et brillera de joie en nous apercevant ; il est doux d'être réveillé par l'alouette, ou endormi par le bruit d'une cascade. Il est doux d'écouter le bourdonnement des abeilles , la voix des jeunes filles, le chant des oiseaux, le bégayement des enfants et leurs premières paroles.
GXXIV. — Il est doux de voir les grappes de la vendange répandre sur la terre des ruisseaux de pourpre. Il est doux de s'échapper des villes tumultueuses pour aller partager la gaieté des campagnes. Ilestdoux pour l'avare de compter son or. Il est doux pour un père d'apprendre la naissance de son premier fils. Il est doux de se venger... surtout pour les femmes. Le pillage est doux pour les soldats, et une prise pour les pirates.
CXXV. — Il est doux de recevoir un héritage, et c'est un bonheur suprême d'apprendre la mort inattendue de quelque vieille douarière, ou d'un vieux parent de soixante- dix ans accomplis, qui nous ont trop longtemps fait attendre, à nous autres jeunes gens, un domaine, un coffre-fort ou un château. Les vieillards sont toujours sur le point de mourir, et ne meurent jamais ; aussi sont-ils cause que tous les Israélites sont toujours prêts à persécuter leurs héritiers pour leurs maudits billets après décès.
GXXVI. — Il est doux de gagner, n'importe comment, un beau laurier avec du sang ou avec de l'encre. Il
est doux de terminer une querelle, il est doux quelquefois de chercher noise et de se brouiller, surtout avec un ennuyeux ami. Il est doux d'avoir du vin vieux en bouteilles, de la bière en tonneaux. Il est doux de voir l'infortuné que nous avons défendu contre un monde persécuteur. Doux est pour nous le souvenir du collège, où nous passâmes nos jeunes années, et que nous n'oublions jamais quoiqu'on nous y oublie.
CXXVII. — Mais plus doux, cent fois plus doux est notre premier amour ; il est pour nous, seul dans le passé, comme le souvenir qu'Adam gardait de sa chute. L'arbre de la science a été dépouillé, tout est connu, et la vie ne nous offre plus rien qui soit digne de ce péché doux comme l'ambroisie. C'est à lui que fait sans doute allusion la fable de ce feu divin que Prométbée alla dérober aux cieux, qui ne lui pardonnèrent jamais.
GXXVIII. — L'homme est un animal bizarre, il fait un singulier usage de la nature et des arts qu'il invente. Il aime toujours à chercher quelque nouvelle expérience pour prouver son génie. Notre âge laisse une libre carrière à toutes les singularités ; chaque talent trouve son application. Il vaudrait mieux commencer par chercher la vérité ; et, lorsqu'on aurait perdu sa peine, il resterait toujours le commerce assuré des impostures.
GXXIX. — Combien n'avons-nous pas vu de découvertes contradictoires (indices véritables du génie et du besoin d'argent) ! L'un fabrique des nez artificiels, un autre invente la guillotine ; celui-ci vous casse les os, celui-là les remet en place. Mais la vaccine a certainement été une excellente antithèse des fusées à la congrève. Le docteur Jenner, en empruntant une nouvelle petite vérole aux vaches, a trouvé le moyen d'en solder une ancienne.
CXXX. — On a pétri du pain assez mauvais avec des pommes de terre, et le galvanisme a fait grimacer quelques cadavres ; mais il n'a pas répondu à l'attente générale comme l'appareil de la société philantropique par le moyen duquel les hommes sont désasphyxiés gratis. Combien de nouvelles et merveilleuses machines depuis peu de temps ! Je disais que la petite vérole est dernièrement disparue ; peut-être sera-t-elle suivie par la grande.
GXXXI. — On dit que la grande est venue de l'Amérique ; peut-être y retournera-t-elle. — La population prend là une telle extension, qu'on dit qu'il est grandement temps de la décimer à son tour, par la guerre, la peste, la famine, ou de toute autre manière, pourvu que les Américains apprennent la civilisation ; or, lequel des deux fléaux cause le plus de ravages, — leur plaie réelle ou notre pseudo-syphilis?
GXXXIL— C'est le siècle des inventions pour tuer les corps et sauver les âmes, secrets propagés tous avec les meilleures intentions du monde. La lanterne de sir Humphry Davy, par laquelle, selon la méthode qu'il prescrit, on peut tirer en sûreté le charbon des mines ; les voyages de Tombouctou, l'expédition aux pôles, etc., sont pour les hommes des bienfaits aussi sûrs et aussi utiles que les fusillades de Waterloo.
CXXXIII. — L'homme est un phénomène difficile à expliquer, une œuvre digne d'admiration et d'une curieuse étude ! C'est dommage pourtant que, dans ce monde sublunaire, le plaisir soit un péché, et quelquefois le péché un plaisir. Peu de mortels savent ce qu'ils veulent ; mais s'ils poursuivent la gloire, le pouvoir, l'amour, ou la richesse, ils ne marchent que dans des sentiers embarrassants ; et, quand le but est atteint, on meurt, comme on sait... et ensuite...
CXXXIV. — Eh bien! ensuite, qu'arrive-t-il? Je n'en sais rien, ni vous non plus... ainsi, bonsoir
Revenons à notre histoire : c'était au mois de novembre, alors que les beaux jours sont rares, et que les montagnes blanchissent dans le lointain, comme si elles couvraient d'un manteau, blanc leurs vêtements bleuâtres : la mer pousse ses flots bouillonnants contre les rochers, le promontoire se couvre de leur écume, et le soleil devenu sage va se coucher à cinq heures du soir.
GXXXV. — C'était une nuit nuageuse, comme disent les watchmen * . Point de lune, point d'étoiles ; le vent était muet ou ne soufflait que par bouffées ; plus d'un foyer était échauffé par la flamme d'un bois pétillant autour de laquelle se groupait la famille. Il y a quelque chose de gai dans cette clarté du foyer, quelque chose d'aussi gai que le ciel azuré d'un beau jour. J'aime à la folie le coin du feu et les cricris 2... une salade de homards, une bouteille de Champagne et la causette.
GXXXVI. — Il était minuit... Dona Julia était dans son lit, et dormait probablement... lorsqu'il s'éleva à sa porte un bruit capable d'interrompre le sommeil des morts, s'ils n'avaient été déjà réveillés ; nous avons tous lu comment ils le furent, et comment ils le seront encore, au moins une autre fois... La porte était fermée, une main la heurtait avec violence, une voix s'écriait : « Madame 1... madame ! répondez-moi donc.
* Veilleurs de nuit : c'était aux watchmen qu'était confiée la police de Londres. Armés d'un bâton et d'une crécelle, ils parcouraient les rues en annonçant les heures et l'état du ciel à haute voix. Ils ont été supprimés en 1829, et remplacés par les agents d'une police à la française. a. p.
2 Cricket, signifie quelquefois un tabouret.
CXXXVII. — « Au nom du ciel ! madame ! voici mon maître ; qui accourt avec la moitié de la ville à sa suite ! a-t-on jamais entendu parler d'un tel malheur? ce n'est pas ma faute au moins... je faisais bonne garde... bon Dieu! bon Dieu! tirez le verrou un peu plus fort... les voici au bas de l'escalier, en un saut ils sont ici; peut-être qu'il peut fuir encore... Dieu merci, les fenêtres ne sont pas hautes ! »
GXXXVIII. — Don Alfonso était déjà arrivé avec des amis, des domestiques portant des flambeaux : la plupart de ces gens-là avaient courbé la tête sous le joug de l'hymen, et ne se faisaient pas prier pour venir troubler le sommeil d'une méchante femme qui osait fertiliser en secret le front respectable d'un mari. Les exemples de ce genre ne sont que trop contagieux : si on ne punissait pas une délinquante, toutes les femmes y prendraient goût.
GXXXIX. — Je ne puis dire ni pourquoi ni comment le soupçon était entré dans la tête de don Alfonso; mais pour un cavalier de sa condition, c'était sûrement être très-mal élevé que de venir, sans aucun avis préalable, tenir ainsi un lever autour du lit de sa dame, et convoquer des laquais , armés de torches et d'épées , pour prouver qu'il était la chose qu'il avait tant en horreur.
GXL. — Pauvre dofla Julia! comme réveillée en sursaut (remarquez que je ne dis pas qu'elle ne fût pas
i « Ce soir la comtesse Guiccioli, me voyant lire Don Juan, tomba par hasard sur la stance 137 du premier chant, et me demanda ce qu'elle signifiait : Rien, lui répondis-je, votre mari vient. Comme je prononçais ces mois en italien et avec quelque emphase, elle recula effrayée : « Oh mon Dieu! viendrait-il? » Elle croyait que j'avais voulu parler de son mari. Vous pouvez penser si nous éclatâmes de rire quand elle découvrit son erreur. » b. (Corr. nov. 1819.)
endormie), elle commence tout à coup à pousser des cris, à gémir et à verser des larmes ! Sa suivante Antonia, qui était dans sa confidence, se hâta de jeter les couvertures du lit en monceau, comme pour faire croire qu'elle venait d'en sortir à l'instant ; je ne saurais dire pourquoi elle se donnait ainsi la peine de prouver que sa maîtresse n'avait pas couché seule.
GXLI. — Mais Julia la dame et Antonia la camériste parurent comme deux pauvres innocentes qui, ayant peur des revenants, et encore plus des hommes, avaient pensé qu'un audacieux serait plus aisément repoussé par deux femmes. Voilà pourquoi elles s'étaient couchées doucement côte à côte, pendant l'absence du maître, et jusqu'au moment où le mari déserteur de ses foyers rentrerait en disant : Ma chère, c'est moi qui ai quitté la partie le premier.
GXLII. — Julia retrouve enfin la voix, et s'écrie tout à coup : « Au nom du ciel, don Alfonso, qu'est-ce que tout cela signifie? êtes-vous fou!... que ne suis-je morte avant de me voir la victime d'un tel monstre !... que veut donc dire cette violence nocturne ? est-ce un effet de l'ivrognerie ou d'une jalousie furieuse? oseriezvous soupçonner une fidèle épouse? cette pensée seule est capable de me tuer..: Allons, voyons, cherchez partout. »
« — C'est ce que je veux faire, » répondit don Alfonso.
GXLIII. — Les voilà occupés de chercher, lui et les siens, ils furettent dans tous les coins, dans les cabinets, les garde-robes, les armoires , les embrasures de fenêtres ; ils y trouvèrent beaucoup de linge, des dentelles, des bas, des pantoufles, des brosses, des peignes, et tous les meubles qu'on trouve chez une dame è la mode, qui aime à se parer et à se tenir propre. Ils enfoncent la pointe de leurs épées clans les
tapisseries et les rideaux, blessant plus d'an volet et plus d'une table.
GXLIV. — Ils cherchent sous le lit, et ils y trouvent... peu importe quoi... certainement ce n'était pas ce qu'ils y cherchaient ; ils ouvrent les fenêtres, observent si le sol ne porte aucune trace des pieds d'un homme ; il n'y en avait aucune : alors ils se regardent tous d'un air ébahi. Il est singulier qu'aucun de ces chercheurs ne songeât à regarder dans le lit, comme ils avaient regardé en dessous... cela me semble une espèce de bévue.
GXLV. — Pendant cette inquisition, la langue de dofia Julia n'était pas engourdie : « Oui, oui, criait-elle, cherchez, cherchez bien, accumulez outrage sur outrage, affront sur affront : voilà donc pourquoi je me suis donné un époux ; voilà donc pourquoi j'ai souffert si longtemps à mon côté un homme tel que don Alfonso ! mais je ne puis l'endurer ni rester davantage dans cette maison : j'en sortirai, s'il y a des lois et des avocats en Espagne.
CXLVI. — « Oui, don Alfonso ! dès ce moment vous cessez d'être mon époux : et avez-vous jamais mérité ce titre? ce que vous faites est-il digne de votre âge? Vous avez la soixantaine... cinquante ou soixante... cela n'y fait rien est-il sage, est-il décent de chercher ainsi, sans nul motif, à outrager la vertu d'une femme estimable ? Ingrat, perfide, barbare don Alfonso ! comment osez-vous penser que votre femme s'oublie ainsi !
GXLVII. — « Est-ce pour cela que j'ai dédaigné d'user des privilèges de mon sexe? que j'ai choisi un confesseur si vieux et si sourd, qu'il eût été insupportable à toute autre femme? Hélas ! a-t-il jamais eu des reproches à me faire? mon innocence l'embarrassait
tellement, qu'il doutait presque que je fusse mariée... Vous serez désolé sans doute quand vous m'aurez fait faire une fausse couche !
CXLVIII. — « Est-ce pour cela que je n'ai encore choisi aucun Cortejo l parmi tous les jeunes gens de Séville? Est-ce pour cela que je ne vais nulle part, excepté quelquefois aux combats de taureaux, à la messe, à la comédie, et en soirée? Est-ce pour cela que quels qu'aient été mes adorateurs, je n'en ai favorisé aucun et que j'ai été presque impolie avec eux? Est-ce pour cela que le général comte O'Reilly, qui prit Alger, répète partout que je l'ai cruellement maltraité 2 ?
CXLXIX. « — Le musico italien Cazzani ne m'a-t-il pas vainement chanté son amour pendant six mois? Son compatriote, le comte Corniani, ne m'a-t-il pas proclamée la seule femme vertueuse de toutes les Espagnes? Combien de Russes et d'Anglais n'ai-je pas rebutés ! J'ai désespéré le comte de Strongstroganoff, et le lord Mount-Coffeehouse, ce pair d'Irlande qui , l'année dernière, s'est tué pour l'amour de moi (à force de boire).
1 Les femmes espagnoles appellent Cortejo ce que les Italiennes appellent Sigisbé; cavalier servant. a. p.
2 Dona Julia comme tlait ici une bévue. Le comte O'fteilly ne prit pas Alger, mais il manqua de s'y laisser prendre. Son armée, la flotte et lui, se sauvèrent avec une grande perte, et sans beaucoup de gloire, en l'année 1774 *.
* Le comte Alexandre O'Reilly, général au service d'Espagne, était un de ces Irlandais qui partagèrent l'exil des Stuarts. Après avoir combattu avec gloire sur le continent et dans les colonies, il fut nommé, en 1774, au commandement de l'expédition que Charles III envoya contre Alger. Il partit avec une flotte de quarante vaisseaux de ligne et trois cent cinquante bâtiments de transport qui portaient une armée de trente mille hommes. Cet immense convoi n'arriva pas en même ttemps. Le comte O'Reilly ne put débarquer, après quinze jours d'attente, que dix mille hommes sous les ordres du marquis de la Romana. Ils furent battus par les Algériens, et toute l'armée fut obligée de revenir en Espagne, etc. a. p.
CL. — oc N'ai-je pas eu deux évêques à mes genoux, le duc d'Ichar et don Fernand Nunèz? Est-ce ainsi que vous traitez une femme fidèle ? Dans quel quartier de la lune sommes-nous donc? Je vous trouve encore bien modéré de ne pas me battre, puisque l'occasion vous sourit. 0 vaillant héros ! avec tous vos pistolets armés, et vos épées dégainées, vous jouez un rôle admirable !
GLI. — « Voilà donc pourquoi vous avez fait subitement ce voyage, sous le prétexte d'une affaire indispensable, avec votre coquin de procureur, que je vois là planté comme un nigaud qui se mord les lèvres de sa sottise. Je vous méprise tous les deux, mais lui encore davantage : sa conduite n'a pas d'excuse ; car, n'en doutez pas, c'est l'appât d'un sordide gain qui le fait agir, plutôt que l'intérêt qu'il nous porte à vous ou à moi.
GLU. — « Si c'est pour faire un acte qu'il vient ici , allons, voyons, que ce monsieur fasse son affaire... l'appartement est bien propre, et cela grâce à vous voilà
l'encre et les plumes : procédez, verbalisez , monsieur consignez tout avec exactitude ; je ne voudrais
pas que vous fussiez payé pour rien... mais, comme mademoiselle est presque toute nue, faites sortir vos alguazils , je vous prie. — Oh! dit Antonia en sanglotant, je me sens le cœur de leur arracher les yeux.
GLIII. — « Voilà le cabinet, voilà ma toilette, voilà l'antichambre ; cherchez du haut en bas ; voilà le sofa, voilà le grand fauteuil et la cheminée... qui pourraient en effet servir à receler un galant. Mais je veux dormir ; dépêchez-vous, et ne faites pas tant de bruit, jusqu'à ce que vous ayez déniché cet amant secret... Lorsque vous l'aurez trouvé , je vous prie de me le montrer aussi à moi ; je suis curieuse de le voir.
GLIV. — «Et maintenant, hidalgo, maintenant que vous avez outragé votre femme par vos soupçons, et que vos amis sont là tout confus de votre algarade, je vous prie d'avoir l'extrême bonté de me faire connaître •l'homme que vous cherchez. Gomment l'appelez-vous ? quel est son rang?... qu'on me le montre... j'espère qu'il est jeune et bienfait. ..est-il de belle taille ? Voyons, parlez... et soyez sûr que, puisque vous osez faire un tel affront à mon honneur, ce ne sera pas en vain.
GLV. — « Ce n'est pas au moins un homme de soixante ans ; à cet âge, il serait un peu trop vieux pour valoir la peine d'être tué, ou pour donner de la jalousie à un époux jeune comme vous... (Antonia, apportezmoi un verre d'eau...) J'ai honte de répandre ces larmes, elles sont indignes de la fille de mon père. Ma pauvre mère ne se doutait pas, en me mettant au monde, que je serais un jour au pouvoir d'un monstre.
GLVI. — a C'est peut-être d'Anlonia que vous êtes jaloux ; vous l'avez trouvée dormant à mon côté lorsque vous êtes venu me surprendre avec vos gens. Regardez partout, monsieur, nous n'avons rien à cacher. Seulement, une autre fois, j'espère que vous nous avertirez, ou que vous resterez. un moment à la porte, afin que nous fassions un peu de toilette, pour recevoir si bonne compagnie.
GLVII. — « J'ai fini, monsieur, et je ne parle plus ; le peu que j'ai dit pourra servir à vous prouver qu'un cœur innocent sait dévorer en silence les affronts dont il lui répugne de se plaindre... Je vous livre à votre conscience comme auparavant ; elle vous demandera un jour pourquoi vous m'avez ainsi traitée... Dieu veuille qu'alors vous ne ressentiez pas les traits du plus amer chagrin ! Antonia, où est mon mouchoir ? »