‹ Œuvres compláetes de Lord Byron (volume 2)Chapitre 8 sur 98 · CLVIII. — A ces mots elle se jette sur son oreiller · texte numérisé non relu

CLVIII. — A ces mots elle se jette sur son oreiller

Ses yeux noirs, qui brillent à travers le cristal de ses larmes, sont semblables à un ciel qui nous envoie en même temps la pluie et les éclairs. Les ondes de sa noire chevelure ombragent comme un voile ses joues humides et pâles ; mais ses boucles nombreuses ne peuvent cependant cacher tout à fait les contours gracieux de ses épaules, blanches comme la neige ; ses douces lèvres frémissent d'émotion, son sein est haletant, son cœur bat avec violence.

GLIX. — Le senor don Alfonso était confus ; Antonia allait çà et là dans la chambre, où tout était sens dessus dessous. Elle relevait le nez avec un air de défi, et jetait des regards impertinents à son maître et à ses mirmidons qui étaient tous mal à leur aise, excepté le procureur. Lui seul, comme Achate, fidèle jusqu'au tombeau, s'inquiétait peu des causes pourvu qu'une dispute eût lieu, sachant bien qu'on s'adresse toujours aux lois pour se mettre d'accord.

CL^.. — Immobile, et comme flairant avec son nez camard, il suivait avec ses petits yeux les divers mouvements d'Antonia. Toute son attitude exprimait le soupçon : il se souciait fort peu des réputations et du scandale, pourvu qu'on lui donnât l'occasion d'un procès ou d'une action judiciaire ; il n'avait guère pitié de la jeunesse et de la beauté, et ne croyait jamais aux réponses négatives, qu'après qu'on les lui avait prouvées par deux bons faux témoins compétents.

GLXI. — Quant à don Alfonso, il restait les yeux baissés, et il faut avouer qu'il faisait une sotte figure. Qu'avait-il gagné après avoir cherché dans tous les coins et recoins, après avoir traité une jeune femme avec tant de rigueur ? Rien, excepté les reproches qu'il s'adressait à lui-même, ajoutés à ceux que sa dame lui avait prodigués si libéralement pendant une

demi-heure, et qui étaient tombés sur lui comme la grêle d'un orage.

CLXII. — Il essaya d'abord de balbutier une excuse : on ne lui répondit que par des larmes, des sanglots, et par des symptômes de défaillance, dont les préludes sont toujours certains gémissements, certaines palpitations, cei tains soupirs, et tout ce qui plaît à la personne indisposée... Alfonso voyait sa femme, et pensait à celle de Job. 11 voyait aussi tous ses parents rangés en bataille autour de lui : il fit tous ses efforts pour recueillir toute sa patience.

GLXI1I. — Il se préparait à parler, ou plutôt à bégayer; mais la sage Antonia lui coupa la parole. » Monsieur, lui dit-elle, sortez d'ici, et n'ajoutez pas un mot, ou madame est morte. »

a Que le diable l'emporte ! » marmotta don Alfonso entre ses dents; mais rien de plus : ce n'était pas l'heure de faire de longues phrases. Il jeta un ou deux regards menaçants, et obéit, sans trop savoir ce qu'il faisait.

GLXIV. — Son escorte l se retira avec lui ; le procureur quitta la place le dernier, s'éloignantà pas lents et s'arrêtant à la porte, jusqu'à ce qu' Antonia l'eût poussé dehors. Désolé de ce contre-temps imprévu, il cherchait à se rendre raison de l'étrange et inexplicable inconséquence de don Alfonso, qui avait bien l'air le plus hébété du monde... Mais comme il y rêvait, on ferma la porte sur sa face à chicane.

GLXV. — A peine le verrou est-il tiré, quesoudain!.. 0 honte ! ô crime ! ô douleur ! ô sexe féminin ! comment pouvez-vous commettre de tels forfaits et conser-

i Posse comitalus, le pouvoir du comté. C'est ainsi qu'on appelle en Angleterre les personnes que le shériff du comté peut appeler au secours de la justice. A. p.

ver votre bonne réputation, à moins que l'autre monde et celui-ci ne soient également aveugles ? Est-il rien de plus précieux qu'une bonne renommée ? Mais je continue, car j'ai encore beaucoup à dire, et c'est avec une vive répugnance que je vous apprendrai que Juan à demi étouffé sauta tout à coup hors du lit.

GLXVI. — Il avait été caché... Je ne prétends pas expliquer comment, ni le décrire. Jeune, mince, et se pelotonnant aisément, il ne tenait sans doute qu'une petite place ronde ou carrée. Mais s'il avait été suffoqué par ce joli couple féminin, serait-il à plaindre ? Je ne puis ni ne dois en avoir grand'pitié. D'abord il valait mieux mourir ainsi que d'être noyé, comme l'ivrogne Glarence, dans un tonneau de Malvoisie l.

GLXVII. — Secondement, avait-il besoin de commeltre un péché que le ciel nous défend, et que les lois humaines taxent d'une amende ? C'était du moins commencer de trop bonne heure; mais à seize ans il est rare que la conscience nous gourmande aussi fort que lorsque, parvenus à la soixantaine, nous récapitulons nos vieilles erreurs, et qu'après en avoir fait le compte, nous trouvons une diabolique balance en faveur du diable.

GLXVIII. — Je n'ai pas besoin de vous peindre la position de Juan : elle est décrite dans la Chronique des Hébreux, qui nous apprend comment les médecins, renonçant aux potions et aux pilules, prescrivirent au vieux roi David, dont le sang était devenu trop lent, de s'appliquer une jeune fille en guise de topique ! Admirable recette qui eut un plein succès. Peut-être y eut-

1 Le duc de Clarence, frère d'Edouard IV, condamné à mort, termina ses jours dans la tour de Londres en 1478. D'après une tradition populaire, il fut noyé dans un tonneau de Malvoisie : oyez le Richard II de Shakspeare. a. p.

il quelque différence dans la manière de l'administrer, car elle conserva la vie à David et faillit la faire perdre à Juan.

GLXIX. — Que faire ? Alfonso va revenir aussitôt qu'il aura congédié son cortège de sots; on prie Antonia de chercher, dans sa malicieuse cervelle, quelque ruse qui puisse tirer d'affaire les amants. Elle a beau se frapper le front, elle n'en imagine aucune. Gomment soutiendra-t-on la nouvelle attaque qui va être livrée ? D'ailleurs, encore quelques heures, et le jour va poindre ; Antonia ne sait que proposer ; Julia se tait, mais elle approche ses lèvres décolorées des joues de Juan.

GLXX. — Les lèvres de Juan vont au-devant des siennes : sa main rejette derrière la tête de Julia les boucles de cheveux qui flottaient en désordre sur un front d'albâtre. Aucun des deux amants ne peut commander tout à fait à son amour ; ils oublient à demi leur danger et leur désespoir. La patience échappe à Antonia. « Allons, allons ! dit-elle avec colère, c'est bien le moment de batifoler I II faut que j'enferme ce joli monsieur dans le cabinet.

GLXXI. — « Réservez, je vous prie, toutes vos balivernes pour une nuit plus heureuse... Qui diable a pu inspirer ces soupçons à mon maître? Qu'en résultera-t-il... Je suis d'une frayeur!... Ce marmot a un diable au corps. Est-ce le temps de faire ces minauderies ? Y pensez-vous? Ne savez-vous pas que tout ceci peut finir par du sang répandu ? vons perdrez la vie, moi je perdrai ma place, et ma maîtresse perdra tout pour ce visage de petite fille.

GLXXII. — « Si c'eût été du moins pour un robuste cavalier de vingt-cinq ou trente ans (allons, monsieur, dépêchez-vous !) ; mais pour un enfant, bon dieu ! estil possible ! je suis vraiment étonnée du goût de main 4

dame (allons, monsieur, entrez donc!)... mon maître ne doit pas être loin... Bien! voilà le galant sous la clef, et, si nous pouvons avoir jusqu'au matin pour tenir conseil... (Juan, n'allez point dormir au moins!) »

GLXXIII. — L'arrivée de don Alfonso, qui cette fois revenait seul, interrompit la harangue de la fidèle camériste. La voilà qui fait mine de vouloir rester; monsieur lui donne l'ordre de sortir : elle obéit de mauvaise grâce. Hélas ! il n'y avait aucun remède pour le moment ! qu'eût-elle fait de plus si elle fût restée ? Après avoir regardé tour à tour monsieur et madame, elle moucha la chandelle, fît une révérence et partit.

GLXXIV. — Alfonso garda le silence pendant une minute... il se hasarda ensuite à faire quelques excuses bizarres pour l'esclandre de cette nuit. Il ne chercha point positivement à se justifier : tout ce qu'il pouvait dire de mieux, c'est que, s'il s'était conduit comme un cavalier bien mal élevé, il avait eu de fortes raisons ; il n'en spécifia aucune dans son plaidoyer. Son discours fut un beau modèle, et cette espèce de figure de rhétorique que les savants appellent rigmarole l.

CLXXV. — -Julia ne disait rien ; toutefois à chaque période du discours d'Alfonso, son esprit lui suggérait une de ces réponses toujours prêtes, qui viennent au secours d'une dame qui connaît le faible de son mari. Quelques mots lancés à propos suffisent pour faire tourner lèvent de la colère ; si on n'impose pas silence, on gagne toujours du temps, et on détourne la question, quand même ce rie serait que par des mensonges. Tout l'art consiste à répliquer avec fermeté; un mari repro-

» Rigmarole signifie en anglais répétition de mots inutiles ou vides de sens : ce terme est employé par Goldsmith qui en Tait un nom propre pour désigner un ignorant bavard. a. p.

che un amant à sa femme... Eh bien ! que madame reproche trois maîtresses à son mari.

GLXXVI. — Dans le fait, Julia aurait bien su où puiser des preuves : les amours d'Alfonso et d'Inèz étaient un bruit public : peut-être le sentiment de sa faute la confondait-elle ; mais non, ne venons-nous pas de prouver qu'une dame a toujours une provision d'apologies ? Je croirais plutôt que son silence sur cet article avait un motif de délicatesse, ne voulant pas offenser l'oreille de don Juan, à qui elle savait que la réputation de sa mère était précieuse.

GLXXVII. — Peut-être aussi y avait-il un motif de plus ; Alfonso n'avait rien dit qui eût trait à don Juan : il avait parlé de sa jalousie ; mais il n'avait point nommé l'heureux amant qu'il avait soupçonné être caché chez lui. Gela signifiait, à la vérité, que son esprit ne renonçait pas à dévoiler ce mystère. Parler d'Inèz dans ce moment, c'eût été, on peut le dire, jeter Juan à la tête d'Alfonso.

GLXXVIII. — Dans les affaires délicates, un mot suffit pour réveiller les soupçons ; le silence est bien plus adroit : d'ailleurs (qu'on me permette cette expression nouvelle qui est assez mauvaise, mais qui me fournit une rime) il y a un certain tact chez la femme qu'un mari ou un amant importune de sa méfiance. Elle sait fort bien se tenir éloignée de la question. Ces charmantes créatures mentent avec tant de grâce, que rien ne leur sied mieux que le mensonge.

CLXXIX — Elles rougissent, et nous les croyons ; c'est ainsi du moins que j'ai toujours fait pour ma part. Il est inutile dans tous les cas d'essayer une vaine réplique ; c'est donner à leur éloquence l'occasion de devenir encore plus verbeuse ; sont-elles essoufflées, elles soupirent, baissent leurs yeux lan-

guissants, laissent tomber une ou deux larmes, et nous voilà rendus; ensuite... et ensuite... et ensuite... eh bien ! on s'assied à table et l'on soupe !

CLXXX. — Alfonso termina sa péroraison, et implora de Julia un pardon à demi refusé et à demi accordé : madame y mit des conditions qu'il trouva très-dures; et il ne put rien obtenir de certaines petites choses qu'il demandait. Alfonso était, comme Adam coupable, à la porte du paradis terrestre : confus et inquiet il exprimait son repentir et implorait en vain une clémence qu'il promettait de mériter ; tout à coup ses yeux étonnés s'arrêtèrent sur une paire de souliers.

CLXXXI. — Une paire de souliers ! Eh bien, qu'estce donc?... pas grand'chose, si c'eût été la chaussure du pied mignon d'une dame; mais en vérité, je suis désolé de vous le dire ! c'étaient les souliers d'un homme. Les voir et s'en emparer ce fut pour don Alfonso l'affaire d'un moment... Ah! grand dieu! grand dieu ! mes dents claquent, mon sang se glace!... Alfonso les examine d'abord, et puis il entre dans une fureur épouvantable.

CLXXXII. — Il sort pour aller chercher son épée, Julia vole aussitôt vers le cabinet : « Fuyez, Juan, fuyez ; pour l'amour du ciel, fuyez ! point de vaines paroles; la porte est ouverte... vous pouvez vous glisser dans un passage que vous avez si souvent parcouru... voilà la clef du jardin... fuyez... adieu! dépêchez-vous! j'entends accourir Alfonso... le jour n'a pas encore lui... il n'y a personne dans la rue. »

CLXXXIII. — Qui pourrait me dire que ce ne fût pas là un très-bon avis?... il était seulement dommage qu'il fût donné trop tard. C'est le prix ordinaire de toute expérience, c'est une sorte de taxe imposée sur nous par la destinée. En un saut, Juan avait atteint la

porte de l'appartement ; il eût pu se sauver par le jardin, mais il rencontre don Alfonso en robe de chambre, et qui menace de le tuer... Il n'hésite pas à le renverser par terre.

CLXXXIV. — Le combat fut terrible ; la lumière s'éteignit. Antonia de crier: a- Au rapt! » et Julia : « Au feu ! » mais aucun valet ne bougea pour venir se mêler aux combattants. Alfonso, battu autant qu'il pouvait le désirer, jurait, en enrageant, qu'il serait vengé avant le matin ; Juan blasphémait une octave plus haut. Il avait le sang bouillant. Tout jeune qu'il était, c'était un démon, et il ne se sentait pas disposé à devenir martyr.

GLXXXV. — L'épée d'Alfonso avait échappé à sa main avant qu'il eût pu la tirer du fourreau ; heureusement que Juan ne l'aperçut pas : car si, pendant qu'ils jouaient ainsi des poings tous les deux, il eût vu ce fer homicide, Alfonso n'eût pas vécu longtemps... 0 épouses criminelles ! songez à la vie de vos maris et de vos amants ' vous êtes sans cesse menacées d'un double veuvage.

CLXXXV1 . — Alfonso ne voulait pas lâcher prise, Juan étouffait Alfonso pour pouvoir s'échapper. Le sang commençait à couler, mais ce n'était que du nez. Enfin leurs forces sont épuisées, et la lutte n'est plus si violente. Juan se prépare à donner un dernier coup à son adversaire, mais le seul vêtement qu'il eût se déchire... Il fuit comme Joseph en l'abandonnant... Je doute que l'on pût pousser plus loin le parallèle entre ces deux héros.

GLXXXVII. — Les lumières arrivent enfin. Les servantes, les laquais, sont surpris du singulier spectacle qu'ils ont sous les yeux. Antonia est dans l'accès d'une attaque de nerfs ; Julia est évanouie ; Alfonso 1:1 4.

est étendu sans respiration auprès de la porte; des lambeaux de vêtements sont épars sur le parquet souillé de gouttes de sang, et les traces de pas d'hommes y sont imprimées çà et là.

Juan a gagné le jardin ; il met une clef dans la serrure et ferme la porte sur lui.

CLXXXVIII. — Ici se termine mon premier chant... Ai-je besoin de chanter ou de dire comment Juan se sauva dans une nudité presque complète, favorisé par la nuit, qui favorise souvent les mauvais sujets, et comment il parvint à sa maison dans le plus bizarre accoutrement?

Le scandale qui circula le lendemain, tous les caquetages qui suivirent cet événement, la demande en divorce que fit don Alfonso, tout cela fut inséré dans les gazettes anglaises sans aucune omission.

GLXXXIX. — Si vous êtes curieux de connaître toute l'affaire, les dépositions de tous les témoins et leurs noms, les plaidoyers des avocats, les consultations des jurisconsultes pour et contre, il en existe plusieurs éditions. Il y a plusieurs textes, mais tous sont très-piquants. Le meilleur est celui de Gurney, qui fit le voyage de Madrid exprès pour le sténographier1.

CXC. — Mais dona Inèz, pour distraire le public de l'événement le plus scandaleux qui, pendant plusieurs siècles, ou du moins depuis la retraite des Vandales, eût excité les caquets de la médisance espagnole, dona Inèz fit vœu de brûler plusieurs livres de cierges à la chapelle de la Vierge Marie (elle ne faisait jamais

i William Brodie Gurney, le célèbre sténographe du parlement, succéda à son père dans cet emploi. Son grand-père était auteur d'un traité de brachygraphie. e. d.

do vœux sans les observer scrupuleusement) ; et, d'après l'avis de quelques vieilles dames, elle se décida à envoyer son fils à Cadix pour s'y embarquer.

CXGI. — Elle voulait que Juan voyageât par terre et par mer dans toutes les contrées de l'Europe pour se corriger de ses défauts, pour faire des progrès dans la pratique de la vertu, et se fortifier dans les principes de morale, surtout en France et en Italie. C'est là du moins ce que font la plupart des jeunes gens.

Julia fut enfermée dans un couvent ; elle y entra avec douleur : la lettre suivante fera peut-être mieux connaître ses sentiments secrets.

CXCII. — « On me dit qu'il est décidé que vous « allez partir, écrivait-elle à Juan. Vous faites sage- « ment... vous faites bien ; mais ce n'en est pas moins « un chagrin pour moi. Je n'ai plus de droit désormais « sur votre jeune cœur, le mien est seul victime et « consentirait à l'être encore. J'ai trop aimé... voilà t l'unique artifice dont j'ai fait usage... Je vous écris a à la hâte. Si une tache souille ce papier, ce n'est pas « ce qu'elle paraît être ; mes yeux sont brûlants, mais * ils n'ont point de larmes.

GXCIII. — « Je vous aimais ; je vous aime encore. >; J'ai sacrifié à cet amour mon rang, le bonheur, le « ciel, l'estime du monde et la mienne... cependant je « ne regrette rien de ce qu'il m'a coûté, tant est doux « pour moi le souvenir de ce rêve de mon cœurî... Si a je parle ici de mes fautes, ce n'est point pour m'en « glorifier. Nul ne peut penser plus sévèrement de « moi que moi-même. Je trace ces lignes parce que le « repos me fuit... Je n'ai aucun reproche... aucune de- « mande à vous faire.

CXC1V. — « L'amour n'est qu'un épisode dans la

ŒUVRES DE LORD RYRON « vie de l'homme; il est toute l'existence de la femme « Les dignités de la cour et de l'église, les lauriers de « a guerre, les dons de la fortune, sont le partage de « 1 homme ; l'orgueil, la gloire, l'ambition lui offrent de « quoi remplir le vide de son cœur. Ils sont en bien « petit nombre ceux qui ne s'y laissent pas séduire « 1 elles sont les ressources de l'homme : notre sexe « n'en a qu'une : aimer... aimer encore... et se perdre « toujours1.

GXGV. - « Vous parcourrez la carrière des hon- « neurs et des plaisirs ; vous serez aimé et vous aime- « rez : tout est fini pour moi sur la terre, sauf quelce ques années, pendant lesquelles je vais cacher au « fond de mon cœur ma honte et mes chagrins Je « pourrais tout supporter ; mais je ne puis bannir cette « fatale passion qui me consume comme auparavant. « Adieu donc... pardonnez-moi, aimez-moi... non ■ ce « mot est inutile aujourd'hui... mais je ne l'effacerai « pas.

CXGVI. — « Mon cœur a été tout faiblesse... Il l'est « encore ; mais je crois pouvoir retrouver la force de <e mon âme; mon sang se précipite encore là où toutes « mes pensées sont fixées ; comme les vagues suivent « la direction du souffle régulier des vents. Mon cœur ce est celui d'une femme, et ne peut oublier., il est « aveugle pour tout excepté pour une seule image ■ « tel que l'aiguille qui s'agite sans cesse vers le pôle « toujours immobile, mon cœur tendre et fidèle s'élance « continuellement vers l'idée fixe qui m'occupe tout « entière.

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