‹ Œuvres compláetes de Lord Byron (volume 2)Chapitre 79 sur 98 · LXXV. — Elle n'a pas la démarche d'un coursier · texte numérisé non relu

LXXV. — Elle n'a pas la démarche d'un coursier

* Le major Denham assure que, lorsqu'il vit pour la première fois des femmes européennes après ses voyages en Afrique, elles lui semblaient avoir un teint malade et artificiel. e.

2 Les Russes se roulent en effet dans la neige, ou plongent dans laNewa, au sortir d'un bain chaud, antithèse pratique assez plaisante, qui ne leur fait aucun mal, à ce qu'il semble.

d'Arabie, ni celle d'une jeune Andalouse revenant de la messe ; elle ne s'habille pas avec tant de grâce que les Gauloises ; ses yeux n'ont pas le regard brûlant des filles d'Ausonie ; sa voix, quoique douce, n'est pas propre à gazouiller ces airs de bravoure (que je suis encore à essayer d'aimer, quoique habitant l'Italie depuis sept ans, et doué, jadis du moins, d'une oreille qui n'était pas mauvaise.)

LXXVI. — L'Anglaise est inhabile à toutes ces choses; mais elle en possède une ou deux autres, avec cette perfection piquante et irrésistible qui sert si bien les intérêts du diable ; elle n'est pas non plus trop pressée de sourire, et ne termine pas tout dans une seule entrevue (moyen fort agréable pour épargner le temps et la peine) ; — mais, quoique le terrain exige beaucoup de travail et de temps, cultivez-le bien, il vous rendra le double.

LXXVII. — Si, dans le fait, l'Anglaise se laisse aller à une « grande passion » , cela devient une affaire très-sérieuse, vraiment ; neuf fois sur dix ce n'est que caprice ou mode, coquetterie ou désir de donner le ton, l'orgueil d'un enfant paré d'une ceinture neuve, ou l'envie de désoler le cœur d'une rivale; mais la dixième fois ce sera un ouragan, car on ne peut dire ce qu'elle fera ou pourra faire.

LXXV1II. — La raison en est claire : — si un éclat survient, les dames anglaises sont exclues de leur caste sans rémission, comme les Parias; et, quand les colonnes des journaux sont remplies de divers commentaires et des délicatesses de la loi, la société...., cette porcelaine sans défaut (l'hypocrite !), les bannira comme Marius *, pour les envoyer s'asseoir parmi les

* Que d'étranges vicissitudes offre la vie de Caïus Marius! Le

ruines de leur crime : car la bonne réputation est une Carthage qu'il faut du temps pour reconstruire.

LXXIX. — Peut-être les choses sont comme elles doivent être ; — c'est un commentaire sur le texte de l'Évangile : « Ne pèche plus, et que tes péchés te. soient remis. » Mais je laisse là-dessus aux dévots le soin de décider leurs affaires. Hors l'Angleterre, quoiqu'on ait tort sans doute, une femme coupable trouve une porte ouverte pour son retour à la Vertu, — comme on appelle cette dame qui ne devrait jamais quitter le logis de personne.

LXXX. — Pour moi, je laisse la question au point où je la trouve, sachant qu'une vertu si inquiète a distrait elle-même les gens du droit chemin ; et quant à la chasteté, vous ne l'enchaînerez point, malgré toutes les lois qu'invoque le légiste le plus rigide ; mais vous aggravez le crime que vous n'avez pas prévenu en réduisant au désespoir celles qui se seraient peut-être repenties.

LXXXI. — Juan n'était pas casuiste, et n'avait pas médité sur la morale du genre humain. D'ailleurs,

vainqueur des Cimbres et des Teutons, découvert dans les marais où il se cachait, est conduit à Minturne la corde au cou. On le jette en prison, et les magistrats chargent un esclave cimbre d'exécuter la sentence du sénat. Marius le voit entrer l'épée nue dans son cachot. « Malheureux ! s'écrie-t-il, oserais-tu bien tuer Caïus Marius? » Le Cimbre jette son glaive et sort : « Je ne tuerai jamais Caïus Marius! » Les magistrats, saisis d'un respect tardif pour une si grande infortune, aident le proscrit à passer en Afrique. A peine y met-il le pied, que le préteur Sextilius lui ordonne de quitter sa province. Un licteur lui porte cet ordre. « Va dire à ton maître, lui répond le proscrit, que tu as vu Caïus Marius, banni et fugitif, assis sur les ruines de Carthage. » Sublimes paroles qui ont inspiré un magnifique vers à l'auteur de Marius à Minturne :

Et ces deux grands débris* se consolaient entre eux.

* Carthage et Marius.

entre plusieurs centaines de dames, il n'en avait pas encore vu une seule complètement à son goût. Il était un peu blasé ; — faut-il s'étonner si son cœur avait pris une écorce un peu dure? Sans être plus vain de ses succès passés, il n'y a pas de doute que sa sensibilité était moins vive.

LXXXII. — Il avait aussi été très-occupé à voir les objets curieux de Londres, le parlement et toutes les autres maisons *. Il s'était placé la nuit sous la galerie 2 pour entendre ces débats dont la voix tonnante invitait (je ne dirai plus invite) le monde à admirer ces météores du Nord, dont la splendeur allait éclairer même les lieux où broute le taureau porte-musc 3. Il s'était tenu également derrière le trône 4 ; — mais Grey n'était pas encore 5, et Chatham n'était plus 6.

LXXXIIL — Il vit cependant, à la clôture de la session, le noble spectacle (quand le peuple est réellement libre), le noble spectacle d'un roi constitutionnellement investi de la possession d'une couronne qui

* The parliament and ail the other houses : on appelle maison en Angleterre ce que nous appelons chambre : la chambre des pairs, la chambre des députés. Outre la maison des communes, le poëte veut parler de quelques autres palais ou maisons de Londres : mansion- house, la maison du lord-maire; Carlston-house, la maison du roi, etc. a. p.

2 La galerie est ouverte aux étrangers dans la chapelle de Saint- Étienne, moyennant une rétribution; mais on peut être introduit sous la galerie ou dans la salle même par un membre de la maison. a. p.

s Voyez le dernier voyage du capitaine Parry, pour la description des habitants des régions polaires, et du pays natal des aurores boréales.

4 A la chambre haute, où est le trône du roi. a. p.

s Charles, deuxième comte Grey, parvint à la pairie en 1807.

6 William Pitt, premier comte de Chatham, mourut en mai 1778, après avoir été rapporté chez lui de la chambre des lords où il s'était évanoui à la suite d'un discours remarquable sur la guerre d'Amérique.

est le plus beau des diadèmes, quoique les despotes l'ignorent, — jusqu'à ce que les progrès de la liberté complètent leur éducation. Ce n'est pas la splendeur seule qui rend la pompe auguste pour les yeux ou pour le cœur ; c'est la confiance du peuple.

LXXXIV. — Il vit là encore (quel qu'il soit aujourd'hui) un prince 4, le prince des princes, alors séduisant par son seul regard, et riche de promesses comme le printemps. Quoique le sceau de la royauté fût gravé sur son front, il avait alors la grâce, si rare partout, d'être, sans aucun alliage de fatuité ou de prétention, un gentleman accompli depuis la tête jusqu'aux pieds 2.

LXXXV. — Juan fut reçu, avons-nous dit, dans la meilleure société, où il lui arriva ce qui arrive souvent,

* La nature lui avait prodigué ses faveurs sous le rapport du physique et de la personne. D'un caractère sociable et exempt de toute réserve, et affable jusqu'à la familiarité, prévenant pour tous ceux qui avaient l'honneur de l'approcher, doué de la plus grande aptitude à profiter de l'instruction, son esprit avait été cultivé avec le plus grand soin, et c'était probablement en Europe, le seul prince, héritier d'une monarchie puissante, qui pût lire dans leurs langues les poètes et les historiens grecs aussi bien que les latins. Humain et compatissant, sa bourse était ouverte à tous les malheureux; jamais le génie ou le mérite ne la trouvèrent fermée.

Wraxall, 1783.

2 Permettez que je me laisse de côté, pour vous parler du prince régnant. Il voulut qu'on me présentât à lui dans un bal, et après quelques paroles (surtout agréables quand elles sortent de lèvres royales ) relativement à mes faibles essais, il me parla de vous et de vos immortels ouvrages. Il vous plaçait au-dessus de tous les poètes passés et présents. Il parlait alternativement d'Homère et de vous, et semblait vous connaître parfaitement tous les deux. Et tout cela était dit dans un langage qui perdrait trop si j'essayais de vous le transcrire, avec un ton et un tact qui me donnèrent une très-haute idée de sa capacité et de ses talents, que j'avais cru jusqu'ici bornés à des manières certainement supérieures à celles de tous les hommes comme il faut du monde. »

Lord Byron à sir Walter Scott, juillet 1812.

j'en ai peur, quels que soient l'ordre et le bon ton du cercle ; — car les talents et l'amabilité qu'il fit voir, outre la noblesse remarquable de ses manières, l'exposèrent naturellement à la tentation, quoiqu'il évitât lui-même l'occasion.

LXXXVI. — Mais laquelle, où, avec qui, quant et comment ? C'est ce qu'il ne faut pas trop se presser de dire pour ne rien confondre ; et comme mon objet est la morale (quoi qu'on en dise), je ne sais pas si un seul de mes lecteurs restera les yeux secs ; car j'attaquerai sa sensibilité, et j'élèverai un immense monument au pathétique, comme celui que le fils de Philippe se proposait d'ériger avec le mont Athos *.

LXXXVII. — Ici finit le douzième chant de notre introduction ; quand l'ouvrage sera sérieusement commencé, vous le trouverez tout autre que ce que prétendent quelques envieux détracteurs. Le plan n'est encore que médité. Je ne puis vous obliger, lecteurs, à en continuer la lecture ; c'est votre affaire, non la mienne ; un génie véritable ne doit jamais désirer ni craindre d'être négligé.

LXXXVIII. — Si ma foudre ne gronde pas toujours, souviens-toi, lecteur, que tu as vu déjà la plus terrible des tempêtes, et la plus furieuse bataille qu'on ait ja-

i « Un sculpteur forma le projet de faire du mont Athos, une statue d'Alexandre, avec une ville dans sa main, et je crois, avec une rivière dans sa poche, etc., mais le mont Athos a survécu à Alexandre pour voir avant peu, à ses pieds, je l'espère, une nation d'hommes libres. »

Strasicrates, ingénieur au service d'Alexandre, offrit de convertir la montagne en une statue du monarque. Cette énorme figure aurait tenu dans sa main gauche une ville avec dix mille âmes de population, et dans sa main droite un immense bassin, où les divers torrents de la montagne se seraient réunis pour former un fleuve majestueux; mais Alexandre lui-même trouva le projet extravagant.

mais célébrée, sans compter les plus sublimes des — Dieu sait quoi : un usurier ne pourrait guère en exiger davantage. — Mais mon meilleur chant, après celui qui sera consacré à l'astronomie, roulera sur l'économie politique.

LXXX1X. — C'est le sujet le plus propre à vous faire obtenir la popularité. — Aujourd'hui qu'il reste à peine à la haie publique un seul pieu, c'est l'acte d'un patriotisme charitable de montrer au peuple le meilleur moyeri de la franchir. Mon plan (mais je le tiens en réserve, ne serait-ce que pour me singulariser) prendra à coup sûr. En attendant, lisez toutes les théories sur l'extinction de la dette nationale, et dites-moi ce que vous pensez de nos grands penseurs.

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