‹ Œuvres compláetes de Lord ByronChapitre 20 sur 67 · PARISINA · texte numérisé non relu

PARISINA

I. — C'est l'heure où le rossignol fait entendre du haut des arbres ses accents mélodieux ; c'est l'heure où les promesses des amants semblent si tendres dans chaque mot prononcé tout bas. Le murmure de la brise et de la chute d'eau voisine enchantent de leur musique le rêveur solitaire ; les fleurs s'humectent des gouttes légères de la rosée ; les étoiles sont réunies dans le firmament. L'onde est d'un azur plus foncé. Une couleur plus sombre rembrunit le feuillage ; les cieux présentent ce clair-obscur, cette ombre si douce et si pure qui accompagne le déclin du jour quand le crépuscule se prépare à fuir devant les rayons de la lune.

lî. — Mais ce n'est pas pour écouter le bruit de la cascade que Parisina quitte le palais des princes d'Est. Ce n'est pas pour admirer la lumière des cieux qu'elle s'avance dans les ombres de la nuit. Si elle s'arrête sous le berceau, ce n'est pas pour le rossignol, quoique son oreille attende des accents aussi doux que les siens. Quelqu'un se glisse à travers l'épais feuillage. Le front de Parisina pâlit, et son cœur palpite ; une voix l'appelle tout bas au milieu des feuilles fr^mia-

santés : sa rougeur revient sur ses joues, et son cœur est comme oppressé. Encore un moment, ils seront ensemble : ce moment passe, son amant est à ses pieds.

III. — Que leur importent le monde et tous les changements qu'y amène la mobilité du temps? Les -créatures qui l'animent, la terre, les cieux, ne sont rien pour leur esprit et pour leurs yeux ; aussi indifférents que ceux qui ne sont plus, pour tout ce qui les entoure, pour tout ce qui est à leurs pieds et au-dessus de leur tête, comme si tout le reste avait cessé d'exister, ils respirent uniquement l'un pour l'autre ; leurs soupirs môme sont remplis de délices. Leur ivresse est si grande que, si ce délire brûlant ne perdait enfin de son ardeur , il consumerait les cœurs dans lesquels il s'allume. L'idée du crime, celle du danger, ne viennent-elles point troubler leur douce rêverie? Ah ! celui qui a connu l'amour éprouva-t-il l'hésitation ou la crainte dans ces moments enchanteurs? pensa-l-il à leur courte durée ? Mais ils sont déjà loin ! Hélas ' il faut nous réveiller avant de savoir que ces songes ne se renouvelleront plus.

IV. Ils s'éloignent avec des yeux languissants de l'asile qui a protégé leurs coupables amour?., ils espèrent de se revoir ; ils le jurent, et pourtant ils s'affligent comme si c'était un dernier adieu. Sur le front de Parisina brille la clarté de ce ciel dont elle craint d'implorer vainement un jour le pardon ; tous les astres lui semblent des témoins accusateurs. De fréquents soupirs, de longs embrassements, leurs lèvres qui refusent de se désunir, tout retient les deux amants au lieu du rendez-vous ; mais il le faut, il faut se séparer. Leurs cœurs sont oppressés et tremblants ; ils éprouvent ce frisson glacé qui suit de près les actions criminelles.

V. — Hugo s'est retiré dans sa couche solitaire, où ses désirs appellent encore l'épouse d'un autre. C'est sur le cœur confiant d'un époux que Parisina va reposer sa tête coupable ; mais le délire de la fièvre semble troubler son sommeil. Les rêves qui l'agitent répandent une vive rougeur sur ses joues : dans son insomnie, elle répète un nom qu'elle n'eût pas osé prononcer pendant le jour, et presse son époux sur ce sein qu'un autre fait palpiter : il s'éveille à ces tendres embrassements, et heureux en idée, il croit inspirer, comme auparavant, ces soupirs et ces caresses qui faisaient jadis son erreur ; il est prêt à pleurer d'amour sur celle qui l'adore même pendant son sommeil.

VI. — Il étreint contre son cœur Parisina endormie, et prête une oreille attentive à ses discours entrecoupés; il écoute Pourquoi le prince Azo tressaille- t-il soudain comme s'il entendait la voix de l'archange? Il en a sujet! Il ne sera pas plus terrible le son qui ébranlera sa tombe, quand il se réveillera pour ne plus se rendormir, et pour comparaître devant le trône éternel. C'en est fait, dès ce moment, de son bonheur sur la terre. Ce nom, que murmure tout bas Parisina, dans le trouble de son sommeil, atteste son crime et la honte d'Azo. Quel est-il ce nom qui retentit dans sa couche comme la vague mugissante qui lance sur le rivage une chétive barque, et anéantit contre un roc le malheureux naufragé? Tel est l'effet de ce nom sur son âme ! Quel est ce nom ? c'est celui d'Hugo, de son...! Aurait-il pu l'imaginer? d'Hugo... l'enfant de celle qu'il aima dans sa jeunesse imprudente; son fils, le fruit d'un amour illégitime... le (ils de la crédule Blanche, assez faible pour se livrer à un prince qui ne devait pas être son époux.

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