‹ Œuvres compláetes de Lord ByronChapitre 31 sur 67 · XIX. — Les rocs affreux couronnés par un couvent · texte numérisé non relu

XIX. — Les rocs affreux couronnés par un couvent

1 Le couvent de Notre-Dame-du-Châtiment (Nossa Senhora de penà) est situé sur le sommet d'un rocher. Au bas et à peu de distance de ce rocher se trouve le couvent de Liège*, où saint Honorius creusa la grotte au-dessus de laquelle on voit son épitaphe. Du haut des rochers la mer ajoute à la beauté de la perspective *\

* (The cork couvent.) Ce couvent, ou plutôt cet ermitage, serait imhabitable dans la saison des pluies, si les religieux n'eussent imaginé de se garantir de l'humidité en le garnissant intérieurement de belles planches de liège. a. p.

** Depuis la publication de ce poëme, j'ai appris que j'avais mal interprété le nom de Nossa Senhora de pegna. Cette erreur provenait de

au faîte incliné; les lièges antiques ombrageant de leurs rameaux un précipice bordé de broussailles ; la mousse des montagnes, noircie par un ciel brûlant ; la profonde vallée, dont les arbrisseaux pleurent l'absence du soleil ; l'azur poli du paisible Océan, les pommes d'or suspendues au vert feuillage des orangers, les torrents qui bondissent du haut des rochers, la vigne qui rampe sur les collines, le saule qui se balance sur le bord des ruisseaux, tout contribue à embellir at à varier ce paysage enchanteur.

XX. — Puis gravissez lentement les sentiers tortueux, et du haut de chaque sommif.é rocailleuse tournez la tête pour contempler une perspective nouvelle et plus riche. Reposez- vous à la chapelle de Notre-Damedes-Douleurs : des moines sobres montrent leurs petites reliques à l'étranger et lui récitent leurs légendes. Ici des impies reçurent leur châtiment ; et là, dans cette grotte obscure, Honorius vécut de longues années, espérant mériter le ciel en se faisant un enfer de la terre.

XL — Observez , en gravissant les cimes des rochers , plusieurs croix grossièrement taillées ; ne croyez pas voir des offrandes de la dévotion : ce sont de fragiles monuments d'une rage meurtrière. Partout où le poignard d'un impitoyable meurtrier a répandu le sang d'une victime, on élève une croix formée de deux lattes vermoulues ; les vallées et les bosquets sont remplis de ces tristes souvenirs, dans cette terre

ce que je n'avais pas fait attention au tilde placé sur 1'», et qui change la signification du mot pegna. Avec l'accent pegna signifie rocher; sans accent il a le sens que je lui avais donné. Néanmoins je ne crois pas que cette méprise eût fait un contre-sens, car, quoique le couvent s appelle Notre-Dame-des-Rochers, l'austérité des pratiques de ce couvent excusait le sens dans lequel j'avais d'abord Dris le mot oe^na.

sanguinaire où les lois ne protègent pas la vie de l'homme !.

XXII. — Sur le penchant des collines, ou dans le sein des vallées, on aperçoit des châteaux qui furent jadis la demeure des rois ; mais aujourd'hui les plantes sauvages fleurissent seules alentour : cependant un reste de splendeur est attaché à ces ruines. C'est laque s'élève le beau Palais du prince; et toi, riche fils d'Albion, Vathek2! c'est là aussi que tu créas ton paradis, oubliant que, lorsque la richesse, avide de plaisirs, a prodigué ses trésors, la douce paix fuit toujours les appas de la volupté.

XXIII. — C'est sous l'abri délicieux de cette montagne que tu choisis ta demeure pour y appeler tous les plaisirs. Mais aujourd'hui , semblable à un séjour fatal à l'homme, ton palais enchanté est solitaire comme toi. De gigantesques broussailles permettent à peine d'arriver à tes appartements abandonnés, à tes larges portiques ouverts. Nouvelle leçon pour le cœur de celui qui réfléchit combien sont vains les palais de la terre,

* C'est un fait bien connu que, pendant l'année 1809, des assassinats se commettaient dans les rues de Lisbonne et dans ses environs ; ce n'est pas seulement parmi leurs compatriotes que les Portugais cherchaient des victimes, nous apprenions chaque jour que quelques Anglais avaient été égorgés Au Jieu de pouvoir obtenir la répression de tous ces délits, il nous fut recommandé de ne point nous mêler des disputes dont nous serions témoins, quand môme nous verrions un de nos compatriotes attaqué. En allant au théâtre, j'ai été arrêté une fois à huit heures du soir, heure à laquelle il y a toujours beaucoup de monde dans les rues; c'était en face d'une boutique ouverte; et nous étions deu^ dans une voiture. Heureusement nous avions des armes: sans cette précaution, nous aurions fourni le sujet d'une anecdote, au lieu de pouvoir la raconter nous-mêmes. Ce n'est pas en Portugal seulement qu'on assassine communément; en Sicile et en Malte, on assomme .les Anglais pendant la nuit, et l'on ne punit jamais un seul Sicilien ou Maltais.

* Yalhek-Beckford. a* P.

quand le passage des flots du temps inexorable les convertit en débris !

XXIV. — Voilà le palais où des chefs se sont assemblés naguère! palais odieux à tout cœur anglais * ! Voyez ce démon, ce nain de l'enfer au rire moqueur, qui porte pour diadème le bonnet de la folie ! voyez-le assis et revêtu d'un manteau de parchemin; à ses côtés sont un sceau et un noir rouleau, où brillent des noms connus dans la chevalerie 2, et un grand nombre de signatures que le nain malicieux montre du doigt en riant de bon cœur s.

XXV. — La Convention est le nom du démon qui se moque des chevaliers rassemblés dans le palais Marialva. Il sut les priver de toute leur cervelle (s'ils en eurent jamais), et changer en deuil la vaine joie d'une nation 4. La sottise foula aux pieds le panache

* La convention do Cintra fut signée dans le palais du marquis de Marialva. Les derniers exploits de Wellington ont affacé les sottises de Cintra. Lord Wellington a fait de véritables miracles : il a peut-être changé le caractère d'une nation; il a réconcilié des superstitions rivales, et détruit un ennemi de ses prédécesseurs n'avaient jamais pu faire reculer *.

* C'est par des importunités répétées que lord Byron fut amené à donner ces éloges à lord Wellington, éloges bien démentis depuis dans ses autres ouvrages : les variantes du texte fournies par M. Dallas expliquent cette contracdiction. a. p.

2 Variante du manuscrit original : « Le nom de Weitesley. »

s Strophe supprimée :

« Le premier nom qui paraît sur la liste en lettres d'or est celui de Juxot; puis nous trouvons certains autres noms glorieux (que la rime me force de placer plus bas); imbéciles vainqueurs, joués par un ennemi vaincu, privés de leurs lauriers par des langues adroites. Les voilà alignés, bien digne les uns des autres : sir Arthur Wellesley, Harry, Buzzard et le nigaud Hew Dalrymple, sottement dupe des deux autres. » a. p,

S 4 Ce passage fut changé à la sollicitation de M. Dallas; après les "^quatre premiers vers de cette stance le poëte continuait ainsi :

Car je me souviens du jour où arriva la première n ouvelle

du vainqueur, et la politique reconquit ce qu'avaient perdu les armes. Que les lauriers croissent en vain pour des chefs tels que les nôtres ! malheur aux vainqueurs plutôt qu'aux vaincus depuis que la victoire languit dédaignée sur les côtes de la Lusitanie.

XXVI. — Depuis le jour de cette assemblée fatale, ô Cintra ! ton nom fait pâlir la Grande Bretagne ; ceux qui tiennent les rênes de l'état frémissent, et rougiraient de honte si leurs fronts savaient rougir. Comment la postérité appellera-t-elle cet acte déshonorant? Nos descendants et ceux de nos alliés ne verront-ils pas avec mépris ces généraux privés de toute leur gloire? Les ennemis vaincus dans le combat ont été les vainqueurs dans ce palais, où nous serons dévoués aux railleries des nations pendant les siècles à venir.

XXVII. — Telle fut la pensée de Childe-Harold , pendant qu'il parcourait les montagnes dans une méditation solitaire. La beauté de ces lieux le charme, et fléjà il songe à les fuir, plus immobile en son inquié-

de la bataille de Vimiera perdue par la Franco. Les journaux avaient à peine place pour un paragraphe, tant abondaient les chants de triomphe sur notre armée victorieuse, dans le Courier, le Morning-Chronicle et le Morning-Post.

XXVII. — Mais lorsque la Convention eut envoyé son griffonnage, ce fut uu tumulte général de plumes, de langues, de pieds et de mains : le lord-maire et les aldermen laissèrent retomber la fourchette déjà lovée à la hauteur de la bouche; le banc des évêques oublia prosque de ronfler; le sévère Cobbet qui, pendant toute une semaine, avait cessé de rien mettre en question, fit un bond de transport, mordit sa plume infernale, et jura qu'un tel traité ne pouvait être observé avec un ennemi. Alors éclata la bote beuglante ** qui so mit à rugir, à faire rage et puis... à dormir.

** « Blatant beast » (bête clabaudanto ou beuglante), figure pour la populace, dont Smollet, je crois, s'ost servi le premier dans ses Aventures d'un Atome. Horace a son Beliua multorum capitum. En Angleterre, assez heureusement, l'illustre populace (mobility) n'en a pas même une. n. de B.

tude que l'hirondelle dans les airs ; cependant il apprit ici à faire quelques réflexions morales ; car la méditation le fixait parfois. La voix secrète de la raison lui reprocha sa jeunesse consumée dans les caprices de la folie ; pendant qu'ils contemplaient la vérité , ses yeux blessés par la clarté se troublèrent et s'obscurcirent.

XXVIII. — A cheval! à cheval! s'écrie-t-il ; et il s'éloigne pour jamais d'une contrée délicieuse, qui déjà consolait son âme * ; il rejette ses pensées rêveuses; mais ce n'est plus pour chercher les plaisirs de l'amour ni ceux de Bacchus : il fuit , ignorant encore dans quelle retraite il se reposera de son pèlerinage. Mille tableaux variés se dérouleront encore devant ses yeux avant que sa soif de voyages soit assouvie, avant que le calme règne dans son cœur ou que l'expérience le rende sage.

XX VI II. — Ce fut ainsi que le peuple en appela au ciel : le ciel, qui arme les sujets de notre gracieux roi, décréta que, avant que nos généraux fussent pardonnes, une enquête devait être faite sur la chose. Mais la clémence cacha les enfants sous son aile, et de même qu'ils furent envers nos ennemis, nous le fûmes envers eux (où était la pitié de nos pères pour Byng * ?) La loi ne devait condamner que les traîtres et non les idiots. Triomphez donc, braves chevaliers! et bénissez le flegme de vos juges.

* Après être resté dix jours à Lisbonne, nous envoyâmes par mer à Gibraltar nos bagages et une partie de nos domestiques et nous partîmes à cheval pour Séville. De Séville à Lisbunne on compte environ quatre cents milles. Les chevaux étaient excellents, nous faisions soixante-dix milles par jour. Dés œufs et du vin, des lits bien durs, étaient tout ce que nous trouvions en route, et par une chaleur étouffante, c'était tout ce qu'il nous fallait.

Byron, Correspondance.

* Par cette interrogation il n'est pas à dire que nos imbéciles généreux auraient dû être fusillés, mais que Byng aurait pu être épargne, quoique Tua fût condamné et les autres absous, probablement par la raison de Candide : pour encourager les autres. n. de B.

XXIX. — Mais Mafra * l'arrêtera un moment. Cet asile de la malheureuse reine des Lusitaniens réunissait l'église et la cour, les moines et les courtisans; aux messes succédaient les banquets ! mélange singulier sans doute ; mais ici la prostituée de Babylone a élevé un palais si somptueux, que les hommes oublient le sang qu'elle a répandu, et fléchissent le genou devant la pompe qui aime à prêter au crime un vernis trompeur.

XXX. — Childe-Harold promène ses yeux ravis sur des vallées fertiles et des coteaux romantiques. (Ah ! si ces coteaux nourrissaient une race libre !) Que les hommes lâches plongés dans la mollesse appellent les voyages une folie , et s'étonnent que d'autres plus hardis abandonnent les coussins voluptueux pour braver la fatigue des longues courses ; il y a dans l'air des montagnes une suavité et une source de vie que ne connaîtra jamais la paresse.

XXXI. — Le sommet des monts blanchit et disparaît dans le lointain ; des vallées moins riches, moins inégales, leur succèdent ; et puis des plaines immenses qui ne sont bornées que par l'horizon. Aussi loin que l'œil peut atteindre, il reconnaît les royaumes d'Espagne où les berger conduisent ces troupeaux dont la laine est si renommée; mais aujourd'hui il faut que le berger arme son bras pour défendre ses agneaux. L'Espagne est envahie par un ennemi terrible ; tous ses habitants doivent combattre, ou subir les malheurs de la conquête.

i I/élenduo de Mafra est prodigieuse; Mafra renjerme un palais, un couvent et une église magnifique. Les six orgues qu'il y a dans cette église sont les plus belles que j'aie jamais vues. Nous ne pûmes les entendre, mais on nous assura que leurs sons étaient dignes dô leur richesse. On appelle Mafra rEscurial du Portugal.

XXXII. — Aux lieux où la Lusitanie rencontre sa sœur, quelles limites séparent les deux contrées rivales? Est-ce le Tage qui interpose ses ondes majestueuses entre ces nations jalouses? Est-ce l'orgueilleuse chaîne de la Sierra-Morena qui élève ses rochers ? Est-ce une barrière construite par l'art comme le vaste mur de la Chine? Non, ce n'est ni une muraille bâtie par les hommes, ni un fleuve large et profond, ni des rochers hideux, ni de hautes montagnes comme celles qui séparent l'Ibérie des Gaules.

XXXIII. — Non, c'est un simple ruisseau à l'onde argentée qui porte à peine un nom, et dont les rives fleuries appartiennent à l'un et à l'autre royaume. C'est Là que le berger se penche sur sa houlette, et contemple dans son oisiveté les flots toujours paisibles qui coulent eutre les deux peuples ennemis. Car, aussi fier que le plus noble de ses ducs, le dernier des paysans espagnols connaît bien la différence qui existe entre lui et l'esclave lusitanien, le dernier des esclaves1.

XXXIV. — Non loin de cette faible limite , la bruyante Guadiana roule ses sombres flots, célébrés souvent dans les antiques ballades. Jadis sur ces bords se rencontrèrent les bataillons des Maures et des ©hevaliers revêtus d'armures étincelantes. C'est ici que les plus agiles s'arrêtèrent à jamais, et que les guerriers les plus robustes furent domptés par le trépas. Les turbans des enfants de Mahomet et les cimiers des chrétiens roulèrent confondus avec les ondes du fleuve gémissant sous le poids des cadavres.

XXXV. — Belle Espagne, royaume glorieux et romantique ! où est l'étendard que fit flotter Pelage, lors-

i J'aipeint les Portugais tels que je les ai observés. Depuis lois ils ont fait des progrès, au moins en courage; cela est bien évident.

que le père perfide de la Cava l appela dans sa patrie ces guerriers qui rougirent du sang des Goths les ruisseaux de tes montagnes? Où sont ces bannières sanglantes qui se déployèrent jadis sur la tête de tes enfants, et qui, couronnées par la victoire , repoussèrent enfin les agresseurs jusque sur leurs noirs rivages ? Une auréole brillante entoura la croix, et le croissant pâlit, lorsque les échos de l'Afrique frémirent des cris lugubres des mères de la Mauritanie.

XXXVI. — Toutes les romances populaires redisent encore ces exploits glorieux. Tel est, hélas ! le sort le plus beau du guerrier. Lorsque les marbres s'écroulent, lorsque les annales manquent, les chants des bergers immortalisent sa renommée en danger de périr. Orgueil cesse de regarder le ciel pour laisser tomber un regard sur toi-même : vois comme les héros vont à la postérité dans une chanson. Espères-tu que les livres , les colonnes, les monuments , consacreront ta grandeur? Crois-tu que le simple langage de la tradition parlera

* La fille du comte Julien, l'Hélène de l'Espagne. Pelade conserva son indépendance dans les montagnes des Asturies' et quelques siècles plus tard la postérité de ses compagnons vit couronner ses efforts par la conquête de Grenade.

Presque tous les historiens espagnols sont d'accord avec la tradition pour attribuer l'invasion de l'Espagne par les Maures au viol commis par Roderick sur la personne do Florinda, appelée par les Maures Caba ou Cava. Elle était fille du comte Julien, l'un des principaux lieutenants du monarque go th. Cet infortuné' père défendait Ceuta contre les Maures, quand il apprit le déshonneur de sa fille, lndigaé de l'ingratitude de son souverain et de l'outrage fait à sa famille, il renia sa religion et sa patrie, forma une alliance avec Muza, alors lieutenant du Calife en Afrique, et dirigea l'invasion de l'Espagne par un corps de Sarrasins et d'Africains. La conséquence de celte trahison fut la défaite et la mort de Roderick et l'occupation de presque toute la péninsule paries Maures.

Les Espagnols, dit Cervantes, ont tellement en abomination lé nom de Florinda, qu'ils ne donnent jamais ce nom à leurs ûiles mais le réservent pour leurs chiens. '

de ta gloire, lorsque tes flatteurs dormiront avec toi dans la nuit des temps, et que l'histoire t'aura flétri?

XXXVII. — Réveillez-vous, enfants de l'Espagne ; réveillez-vous et accourez. Écoutez la chevalerie, votre ancienne déesse , qui vous crie : Aux armes ! Elle n'agite plus comme jadis sa lance redoutable ; son casque n'est plus orné de son rouge panache flottant dans les airs ; elle vole sur les nuages de fumée de vos foudres, et vous parle par la voix du tonnerre d'airain ; elle vous dit : » Réveillez-vous; aux armes! » Sa voix est-elle donc plus faible que lorsque ses chants guerriers retentissaient sur les rivages de l'Andalousie ?

XXXVIII. — Entendez-vous la terre ébranlée sous les pas précipités des coursiers, et le choc des armes sur la plaine ? Ne voyez-vous pas ceux que frappe la lame sanglante du sabre ? N'irez-vous pas au secours de vos frères, avant qu'ils succombent sous les coups des tyrans et des esclaves de la tyrannie ? Les feux de la mort ont brillé ; les boulets enflammés volent de toutes parts ; le bruit de chaque explosion, répété de rocher en rocher, vous dit que des milliers de guerriers expirent. La mort plane sur des vapeurs de souffre ; le Dieu de la guerre frappe du pied la terre, et cette secousse ébranle des nations.

XXXIX. — Voyez sur la montagne ce géant dont le sang souille l'épaisse chevelure . les traits de la mort brillent dans ses mains de feu : son œil consume tous les objets qu'il regarde ; cet œil roule avec inquiétude dans son orbite, se fixe un moment, et étincelle encore au loin. A ses pieds rampe la Destruction, observant: les ravages de ce jour. C'est aujourd'hui que trois puissantes nations vont se combattre, pour verser devant celte divinité barbare le sang qu'elle préfère à toutes les offrandes.

XL. — 0 Dieu ! quel brillant spectacle pour celui qui ne compte dans leurs rangs ni ami ni frère ! Voyez leurs bannières brodées de diverses couleurs et leurs armes étincelantes aux rayons du soleil! Semblables à des dogues furieux, qui grincent des dents et attaquent de loin leur proie par leurs aboiements, tous ces soldats vont partager les périls ; un petit nombre seul jouira de la victoire, le tombeau recevra les plus braves. Le dieu du carnage peut à peine compter leurs phalanges, dans le transport de sa joie.

XLI. — Trois armées se mêlent pour offrir le sacrifice; des prières étranges s'élèvent au ciel en trois langues différentes ; trois étendards brillants se déroulent sous la voûte des cieux ; on entend les cris de France! Espagne! Albion! Victoire! Les agresseurs, les victimes et Pallié bénévole qui vient follement combattre pour les autres et sans profit, se sont rendus ici, comme Si la mort ne les eût pas assez tôt frappés sur le sol natal : ils vont nourrir les vautours sur la plaine de Talavera, et fertiliser les champs dont ils se disputent la conquête.

XLII. — Ils y pourriront, dupes honorées de Pambition; oui, l'honneur décore le gazon du tertre qui les couvre. Mot captieux! je ne vois dans ces guerriers que de vils instruments, que les tyrans sacrifient par myriades quand ils osent joncher de cadavres humains la route qui les conduit... où?... à un rêve.

Les despotes peuvent-ils avoir un seul lieu où leur domination soit reconnue? peuvent-ils appeler à eux un seul coin de terre, excepté celui où ils vont enfin porter leurs ossements peu à peu réduits en poudre ?

XLIII. — 0 Albuéra ! nom de gloire et de douleur! lorsque mon pèlerin éperonnait son coursier dans ta plaine, qui pouvait prévoir crue tu serais en si

peu de temps un théâtre où des ennemis se joindraient pour se défier et périr? Paix à ceux qui ne sont plus! puissent les honneurs du brave et les pleurs du triomphe rendre durable le prix de leur courage! Jusqu'à ce que d'autres victimes aillent ensanglanter d'autres contrées, ton nom, Albuéra, circulera parmi la foule curieuse, et sera répété dans ces vers périssables, et indignes de ta renommée.

XLIV. — C'est assez parler des favoris de la guerre ! laissons-les jouer leur jeu funeste, et risquer leur vie contre la gloire. La gloire ne ranimera pas leurs cendres, quoique des milliers d'hommes succombent pour illustrer le nom d'un seul.

Mais il serait cruel de désabuser ces heureux mercenaires qui croient combattre et mourir pour leur patrie; eux qui auraient pu en être la honte s'ils avaient vécu pour périr plus tard dans quelque sédition domestique, ou dans une sphère plus étroite en se livrant au brigandage sur les chemins.

XLV. — Harold, toujours solitaire, se hâte d'arriver aux lieux où Séville s'enorgueillit de n'être pas soumise. Elle est libre encore, cette proie que les Français convoitent avec avidité ; mais bientôt la conquête s'ouvrira jusqu'à elle une route de feu, et imprimera les traces de ses pas dévastateurs sur le pavé noirci de ses riches palais. Heure inévitable! on veut en vain résister à la destinée, lorsque la destruction convoque son engeance famélique dans une ville malheureuse! Si ses arrêts n'étaient pas irrévocables, Ilion et Tyr seraient encore debout, la vertu triompherait toujours, et le meurtre cesserait de prospérer.

XL VI. — Mais, dans leur imprévoyance du sort qui les menace, tous les habitants de Séville se livrent aux fêtes, aux chants joyeux et à la débauche; ies

heures s'écoulent au milieu de réjouissances bizarres; ce n'est pas le fer de l'ennemi de la patrie, qui blesse le cœur des citoyens; on n'entend point le son des clairons de la guerre, mais la mandoline de l'amour. Ici la folie ne voit jamais ses' autels déserts, la débauche fait ses excursions nocturnes ; et, accompagnée de tous les crimes secrets des capitales, la volupté règne jusqu'à la fin dans les murs chancelants de Séville.

XL VIL — Tel n'est point l'habitant des campagnes; il fuit pour chercher un asile avec sa compagne tremblante, et craint de porter trop loin ses yeux humides, de peur d'apercevoir sa vigne ravagée, ou consumée par le feu des ennemis : il n'est plus ce temps où, à la clarté propice de la lune, il dansait le fandango en agitant ses joyeuses castagnettes ! Ah ! monarques, si vous pouviez goûter les plaisirs que vous empoisonnez, vous n'iriez- point chercher les émotions de la gloire, le son rauque du tambour ne troublerait plus le sommeil, et l'homme connaîtrait le bonheur.

XL VIII. — Quels sont aujourd'hui les chants du muletier robuste? Est-ce l'amour, sa belle, ou la vierge des cieux, qu'il célèbre dans ses chansons pour égayer sa longue route au bruit continuel des clochettes de sa mule? Non, il ne fait plus entendre que le cri de viva elrey1! en s'interrompant pour maudire Godoy,

* Viva el rey Fernando! Vive le roi Ferdinand! C'est le refrain de la plupart des chansons patriotiques des Espagnols : elles sont presque toutes dirigées contre l'ancien roi Charles, la reine son épouse et le prince de la Paix. J'en ai entendu chanter plusieurs, cl les airs en étaient fort beaux. Godoy, prince de la Paix, était né à Badajoz, sur les frontières de Portugal; il fut d'abord garde du corps. Sa personne avait attiré l'attention de la reine, il devint Dientôt duc d'Alcudia, etc., etc. C'est à Godoy que les Espagnols imputent généralement la ruine de leur patrie.

le vieux imbécile roi Charles, le jour où la reine des Espagnes vit pour la première fois son jeune amant aux yeux noirs, et la trahison qui naquit de leurs adultères amours.

XLIX. — Sur cette vaste plaine au sol nivelé que bordent au loin des rochers où s'élèvent encore les tours des Maures, la terre a été creusée de tous côtés par le fer des chevaux : le gazon noirci par les flammes atteste que l'Andalousie a vu les ennemis; ici étaient leur camp, les feux de la garde et les postes avancés : ici le brave laboureur a emporté d'assaut le nid du dragon; il voit encore ce lieu avec orgueil, et montre ces rochers qui furent si souvent perdus et repris.

L. — Tous ceux que vous rencontrerez dans les sentiers ornent leur tête d'une cocarde couleur d'écarlate ', qui vous avertit si c'est un ami ou un ennemi qui vient à vous. Malheur à l'homme qui ose paraître sans ce signe de loyauté 2! le poignard est toujours aiguisé, et le coup imprévu! Ah! les soldats de la France seraient bientôt repoussés loin des Espagnes, si les dagues perfides, cachées sous un manteau, pouvaient émousser le tranchant du sabre et dissiper la fumée du canon.

LI. — Aussi loin que la vue peut atteindre, chaque sombre rocher de la Morena présente une batterie meurtrière : l'obusier, les chemins coupés, la palissade hérissée de pieux, les fossés inondés, les bataillons en armes, la sentinelle vigilante, le magasin creusé dans la profondeur du roc, le coursier tout sellé sous un abri de chaume, les boulets amoncelés en pyramides 3,

* La cocarde ronge, avec le nom de Fernando écrit au milieu. 2 Loyaltyy fidélité au roi, royalisme. a. p.

5 Tous ceux qui ont vu une batterie doivent se rappeler que les boulets sont disposés en pyramide. La Sierra Morena é tait couvert

ŒUVRES DE LORD RYRON 2o9

les feux toujours allumés, annoncent ce qui va suivre.

LU. — Celui dont le regard menaçant a suffi pour renverser des rois de leurs trônes s'arrête un moment avant de lever son sceptre ; pendant un court moment il daigne retarder. Bientôt ses légions sauront s'ouvrir un passage à travers ces vains obstacles; et l'Occident sera forcé de reconnaître le fléau de la terre. Ah ! belle Espagne, qu'il sera triste ce jour de désastre où tu verras tes enfants précipités en foule dans le séjour des morts *, pendant que le vautour des Gaules déploiera ses ailes victorieuses!

LUI. — Faut-il que ta jeunesse si fière et si brave soit immolée pour assouvir l'ambition d'un tyran ? Il n'est donc point de milieu entre l'esclavage et la tombe, entre le triomphe de la rapine et la destruction de l'Espagne? Le dieu qu'adorent les mortels a-t-il arrêté sa ruine et n'écoutera-t-il pas sa voix suppliante ? Les prodiges de la valeur seront-ils inutiles? Les conseils des sages vieillards, l'amour de la patrie, le feu de la jeunesse et le cœur indomptable de l'âge mûr, rien ne pourra donc soustraire l'Ibérie à sa malheureuse destinée !

LIV. — Est-ce en vain que la vierge espagnole aura suspendu aux saules sa guitare silencieuse? Oubliant son sexe, elle a revêtu la cotte de mailles des guerriers, elle partage leurs périls et chante l'hymne des batailles. Celle qui naguère pâlissait à la vue d'une blessure, et que les cris lugubres de l'oiseau de nuit glaçaient de terreur, voit aujourd'hui de sang-froid l'éclair des sabres et la forêt mouvante des baïonnettes ; foulant aux pieds les soldats expirants, elle s'avance

de fortifications dans tous les défilés par où je passai en allant à Séviile.

* Hades. a. p.

avec le pas de Minerve dans des lieux où Mars luimême craindrait de marcher.

LV. — 0 vous, qui entendrez avec étonnement l'histoire de ses exploits, si vous l'aviez connue dans des temps plus doux pour elle ; si vous aviez admiré se$ yeux plus noirs que le noir tissu de son voile ; si vous aviez entendu sa voix si vive et si tendre dans le boudoir * ; si vous aviez vu ses longues boucles de cheveux qui délient l'art du peintre, sa taille aérienne et sa grâce plus qu'humaine, auriez-vous pu croire que les tours de Saragosse la verraient un jour sourire à l'aspect du danger à tête de Gorgone, commander des soldats et conduire la chasse terrible de la gloire ?

LVI. — Son amant tombe... elle ne répand point une larme inopportune ; son chef est tué... elle le remplace au poste fatal ; les soldats reculent... elle s'oppose à leur fuite ; l'ennemi est repoussé... elle guide les vainqueurs : qui pourrait apaiser mieux qu'elle l'ombre d'un amant? Qui pourrait venger aussi bien la mort d'un chef, et rendre l'espérance aux guerriers consternés ? Qui serait aussi acharné sur les Français mis en fuite par la main d'une femme, devant un mur près de crouler 2?

LVII. — La fille de l'Espagne n'est pas cependant d'une race d'amazones ; l'amour la forma plutôt pour ses artifices enchanteurs : si elle rivalise de courage avec ses frères, si elle ose se mêler dans leurs phalanges armées, son ardeur martiale n'est que le courroux de la tendre colombe mordant la main qui menace son époux. Supérieure, par sa douceur et par son courage,

* Lady's bower, A. p.

2 Je n'ai pas exagéré les exploits de la fille de Saragosse. Pendant mon séjour à Séville, je l'ai vue se promener souvent au Prado, portant les décorations et les médailles que la Junte lui avait données.

aux femmes des autres climats, elle a une âme plus magnanime et des attraits aussi puissants.

LVIII. — Ses joues portent une fossette imprimée par le doigt arrondi de l'Amour *. Ses lèvres, nid de baisers prêts à s'envoler, disent à son amant de les mériter par sa vaillance. Que la iierté de son regard a de charmes ! Phébus n'a pu dépouiller son teint de sa fraîcheur et de son doux coloris que ses rayons rendent même plus charmants. Qui pourrait aller chercher dans le Nord des beautés plus pâles ? quel eurs formes semblent pauvres, frêles et languissantes 2 !

LIX. — 0 vous, climats que les poètes aiment à venter, harems de cette contrée où je fais résonner ma lyre à la gloire des beautés ibériennes dont un cynique lui-même admirerait les charmes, osez leur comparer vos houris à qui vous craignez de laisser respirer l'air libre des cieux, de peur que l'Amour ne vole à elles, sur les ailes de la brise ! Reconnaissez donc que nous trouvons dans leur patrie le paradis de votre Prophète, ses vierges célestes, et leur douce beauté d'ange.

LX. — Et toi, Parnasse 3, que j'aperçois en ce moment, non dans le délire d'un songe, non dans l'ho-

* Sigilla in mento impressa Amoris digitulo

Vestigio demonstrant molli tudin em .

Aul. Gell.

2 « De longs cheveux noirs, des yeu\ noirs languissants, un teint olive clair, des formes plus gracieuses dans leurs mouvements que ne le sauraient concevoir les Anglais accoutumés à l'air endormi et nonchalant de leurs compatriotes, et tous ces dons de la nature embellis encore par la toilette la plus élégante et la plus décente en même temps, rendent irrésistible la beauté d'une fille d'Espagne. » Byron, à sa mère.

5 Ces strophes ont été composées à Castri {Delphes), au pied du mont Parnasse, qui porte aujourd'hui le nom deAiocxvpa(Liakura).

En gravissant le Parnasse pour aller visiter la fontaine de Delphes (Castri) en 1809, je vis une troupe de douze aigles (Hobhouse prétendit que c'étaient des vautours), et j'acceptai l'augure. La H 15.

rizon fabuleux d'un poëme, mais clans toute la pompe de ta majesté sauvage, élevant jusqu'aux nues ton front couronné de neige ! peut-on s'étonner si j'essaie de tirer ces accords de ma lyre ? Le plus humble (le tes pèlerins pourrait-il, en passant si près de toi, ne pas te saluer de ses chants , quoique aucune Muse ne prenne plus l'essor sur tes hauteurs?

LXI. — Combien de fois j'ai rêvé de ton mont sacré! Celui qui ne connaît pas ton nom glorieux ignore les plus divines inspirations de l'homme ! Aujourd'hui que je t'aperçois, je rougis de te célébrer avec de si faibles accents; lorsque je pense à ceux qui ont invoqué jadis, je tremble et ne puis que fléchir le genou. Je n'ose élever la voix, ni prendre un vain essor ; mais je contemple en silence ton dais de nuages, content du moins de penser que je te vois.

LXII. — Plus heureux en ce moment que tant de bardes illustres que le destin enchaîna sur des rivages lointains, verrais-je sans émotion ces lieux sacrés que d'autres croient voir dans leur délire sans les avoir jamais visités? Quoique Apollon n'habite plus sa grotte, et que toi, jadis le séjour des Muses, tu ne sois plus que leur tombeau, un doux génie règne encore dans ces lieux, soupire avec le zéphyr, se tait dans les cavernes, et glisse d'un pied léger sur cette onde mélodieuse.

LXIIL — Un jour je reviendrai à toi; j'ai interrompu

veille j'avais composé les vers adressés au Parnasse dans Childe- Harold. La vue des oiseaux me fit espérer qu'Apollon acceptait mon hommage. Le fait est que j'ai joui de la renommée d'un poète pendant la période poétique de vingt à trente ans; cela durera-til? c'est une autre affaire. Mais j'ai fait un pèlerinage au dieu et à son séjour, et reconnaissant de ce qu'il a bien voulu faire pour a)oi, je laisse entre ses mains l'avenir comme le passé.

Byron. [Journal, 1821.)

mes chants pour te rendre ici un premier hommage. Oubliant l'Espagne, ses enfants généreux, leurs aimables sœurs et leur destinée chère à toute âme libre, je t'ai saluée, auguste montagne, en laissant tomber une larme. Je reviens à mon sujet; mais permets-moi d'emporter de ton séjour sacré quelque gage de souvenir ; accorde-moi une feuille de l'arbre immortel de Daphné, et ne souffre pas que l'espérance de celui qui t'invoque soit regardée comme un vain orgueil.

LXIV. — Non, jamais, aux beaux jours de la Grèce, ton gigantesque rocher n'aperçut à ses pieds un semblable chœur de beautés; jamais, lorsque la prêtresse embrasée du feu céleste faisait entendre l'hymne pythique, Delphes ne vit un groupe .de vierges plus dignes d'inspirer les chants de l'amour que ces filles de l'Andalousie, élevées par les désirs séduisants.Ah ! que n'habitent-elles ces paisibles bocages qu'offre encore la Grèce, quoique la gloire soit exilée de ses vallons ! LXV. — La fière Séville * est belle; il lui est permis de vanter sa force, sa richesse et son antique origine ; Cadix, qui s'élève sur la côte lointaine, est encore plus séduisante, mais ne mérite pas de nobles louanges. Vice corrupteur, que tes voluptueux sentiers ont de charmes ! Lorsque le sang de la jeunesse bouillonne dans nos cœurs, qui peut éviter d'être fasciné par ton regard magique? Tu nous suis sous la forme d'un serpent avec une tête d'ange, et tu sais varier ton aspect trompeur selon le goût de chaque mortel.

LXVI. — Lorsque Paphos tomba détruit par le Temps (vieillard maudit, la reine qui soumet l'univers doit te céder aussi!) les plaisirs s'envolèrent pour chercher un climat aussi doux : et Vénus, fidèle à la

4 Séville est l'Hispalis des Romains.

mer seule qui fut son berceau, l'inconstante Vénus daigna choisir le séjour de Cadix, et fixer son culte dans la ville aux blanches murailles : ses mystères sont célébrés dans mille temples ; on lui a consacré mille autels, où le feu divin est entretenu sans cesse *.

LXVII. — Depuis le matin jusqu'à la nuit, depuis la nuit jusqu'au moment où l'aurore éveillée en sursaut jette en rougissant un timide regard sur la bande bruyante qui court aux plaisirs, on entend la romance, on voit tresser des guirlandes de roses, préparer de bizarres jeux et de nouvelles folies, qui rivalisent entre elles. Dites adieu pour longtemps aux plaisirs tranquilles du sage, vous qui venez vous fixer à Cadix ; rien n'interrompt ces fêtes, quoique au lieu de la véritable dévotion l'encens monacal s'élève seul jusqu'au ciel ; mais l'amour et la prière s'unissent, ou se partagent le jour.

LXVIÏI. — Le dimanche arrive. Comment sur ce rivage chrétien honore-t-on le jour destiné à un pieux repos? On le consacre aune fête solennelle : écoutez ! n'entendez-vous pas mugir le roi des forêts ? il brise les lances qu'on lui oppose, il renverse de ses cornes les chevaux et les cavaliers, ses naseaux aspirent la vapeur de leur sang . l'arène retentit de grands cris pour réclamer un nouveau combat. La foule furieuse applaudit à l'aspect des entrailles palpitantes ; la beauté n'a point détourné les yeux, elle n'a même pas feint d'être attristée.

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