XVII. — Celui qui a parcouru la route azurée défi
i Selon Zozime, Minerve et Achille chassèrent Alaric de l'Acropolis ; mais d'autres disent que le roi goth fut presque aussi vandale que le pair écossais. Voyez Chandler.
flots a pu voir quelquefois un brillant spectacle, lorsque le souffle d'une brise fraîche arrondit les blanches voiles de la frégate aux formes gracieuses ; la forêt des mâts qu'on laisse dans le port, les clochers de la ville, le sable du rivage, se retirent derrière nous; la mer s'étend au loin comme une plaine immense; les vaisseaux qui composent la flotte voguent, semblables à une troupe de cygnes sauvages. Le plus mauvais voilier paraît doué d'une agilité nouvelle, tant les vagues écumeuses viennent se jouer avec complaisance autour de chaque proue!
XVIII. — Mais admirez encore l'enceinte de ces citadelles flottantes! le bronze poli dt s canons, le filet tendu sur le tillac *, les ordres donnés d'une voix rauque, et le bruit que font les matelots en montant les huniers : écoutez le sifflet du contre-maître, et les cris par lesquels les marins s'excitent entre eux, pendant que les cordages glissent dans leurs mains. Regardez ce midshipman 2, officier encore enfant, qui approuve ou gourmande en grossissant son aigre voix ; déjà cet écolier sait guider sa troupe docile.
XIX. — Le tillac brille comme un cristal poli qu'aucune tache ne souille, le lieutenant de quart s'y promène gravement. Voyez aussi cette partie du vaisseau réservée pour le capitaine qui s'avance avec majesté ; silencieux et craint de tous, il ne parle que bien rarement à ses subalternes, pour conserver cet ascendant et cette sévérité qui sont la sauvegarde du triomphe et de la gloire. Mais les fiers Bretons ne cherchent
* Le filel qui est destiné à empêcher que des éclats ne tombent aur le tillac pendant l'action.
*Co mot répond au terme français d'aspirant, élève de marine.
guère à s'affranchir de l'empire de la loi, quelque dure que soit celle qu'on leur impose.
XX. — Ne cesse point de nous prêter ton souffle, brise propice aux matelots : pousse nos navires jusqu'à ce que le soleil nous dérobe peu à peu ses rayons ! alors celui qui porte le pavillon amiral sera forcé de ployer ses voiles, afin que les bâtiments plus lourds qui sont restés en arrière puissent l'atteindre. Ah ! qu'on maudit ce cruel retard ! avec quel regret l'on renonce à profiter du vent favorable ! que d'heures on perd, jusqu'au retour de l'aurore, à porter sur la mer des regards pensifs et rêveurs, en attendant ces navires paresseux !
XXI. — La lune paraît à l'horizon ; ô ciel, quelle belle nuit! de longs sillons de lumière s'étendent au loin sur les vagues bondissantes. A cette heure mystérieuse, les amants soupirent sur le rivage, el les jeunes filles croient à leurs serments. Puisse l'amour nous sourire aussi quand nous toucherons de nouveau la terre ! Cependant la main d'un Arion grossier parcourt les cordes de l'instrument dont la vive harmonie plaît tant aux marins : ils forment autour de lui un cercle joyeux; ou, si un air connu les invite à la danse, ils sautent en riant comme s'ils se croyaient encore sur le rivage.
XXII. — Harold aperçoit les rochers de la côte à travers le détroit de Calpé ; là l'Europe et l'Afrique se regardent; le pâle flambeau d'Hécate éclaire en même temps la contrée qu'habite libérienne aux yeux noirs et celle du Maure au teint d'ébène. Gomme les doux reflets de sa lumière se jouent sur les rivages castillans! Ils découvrent ses rochers pittoresques, la pente de ses coteaux et les bois au vert feuillage ; mais les sombres montagnes de la Mauritanie, semblables à des
géants, projettent leurs ombres depuis leurs cimes orgueilleuses jusque clans les sombres vallées.
XXIII. — Il est nuit; c'est alors que la méditation silencieuse nous rappelle que nous avons aimé, quoique Pamour ait fui loin de nous. Le cœur solitaire qui gémit aujourd'hui, délaissé par l'amitié, rêvera qu'il eut un ami. Qui pourrait désirer de courber la tête sous le fardeau des ans, lorsque jeune encore on survit à ses jeunes amours ? Quand les âmes de ceux qui s'aimaient ont oublié leur tendresse, il reste à la mort peu de chose à nous ravir. Hélas ! bonheur de nos jeunes années ! qui ne voudrait pas encore une fois redevenir enfant ?
XXIV. — Penchés sur les flancs arrondis du vaisseau pour contempler le disque de Diane, qui se reflète dans le miroir de l'Océan, nous oublions nos espérances et notre orgueil : notre âme se retrace insensiblement le souvenir du passé. Il n'est point de mortel assez malheureux pour qu'un être chéri, plus chéri que lui-même, n'ait jadis occupé ses pensées, et ne vienne lui demander l'hommage d'une larme ; c'est un trait aigu qui perce douloureusement le cœur accablé, et dont il voudrait en vain éloigner la cruelle atteinte.
XXV. — S'arrêter sur les rochers, rêver sur les flots ou sur le bord des abîmes, s'égarer à pas lents sous l'ombrage des forêts, chercher les lieux éloignés de l'empire des hommes, et que n'ont jamais ou bien rarement franchis les pas d'un mortel; gravir loin de tous les yeux les monts escarpés, Ou errent en liberté des troupeaux sans bercail; rester seul penché sur les précipices et auprès des cascades écumantes, ce n'est point être dans la solitude, c'est converser avec la nature, admirer ses charmes et ses trésors variés.