‹ Œuvres compláetes de Lord ByronChapitre 36 sur 67 · XXVI. — Au milieu de la foule, du bruit et du choc · texte numérisé non relu

XXVI. — Au milieu de la foule, du bruit et du choc

des hommes, entendre, voir, sentir, être le favori de la fortune ; citoyen ennuyé du monde, mener une vie errante et n'avoir personne qui nous aime, personne que nous puissions aimer ; n'être entouré que de vils adulateurs qui voient les malheureux avec effroi ; n'avoir pas un ami qu'une douce sympathie nous rende cher, et qui, si nous n'étions plus, ferait succéder sur son visage la tristesse au sourire ; n'avoir pas un ami au milieu de tous ceux qui nous flattent et reçoivent nos bienfaits, voilà ce que j'appelle être seul, voilà la véritable solitude !

XXVII. — Plus heureux cent fois ces pieux ermites, tels qu'en rencontre le voyageur qui va rêver à la fraîcheur du soir sur les sommets gigantesques du mont Athos 1. De cette hauteur il domine une mer si calme, il voit sur sa tête un ciel si pur, qu'il passerait volontiers le reste de ses jours dans ce lieu sacré ; c'est avec douleur qu'il s'éloigne du spectacle enchanteur dont il vient de jouir; il regrette en soupirant de ne pas avoir vécu comme ces pieux anachorètes, et abhorre davantage un monde qu'il avait presque oublié â.

XXVIII. — Passons sous silence la monotonie d'une route souvent sillonnée, mais qui ne conserve aucun

i Une des plus grandes jouissances de Byron, comme il le raconte lui-même dans son journal, était de s'asseoir, après s'êlre baigné, sur quelque roche élevée au-dessus des mers» et d'y rester plusieurs heures à contempler le ciel et les flots. Sa vie, comme ses vers, dit lord Egerton Bridges, était d'un vrai poëte. Il savait dormir et dormait souvent, enveloppé dans son grossier manteau, sur les planches du tiilac, tandis que les vents et les vagues mugissaient autour de lui ; une croûte de pain et un verre d'eau suffisaient à sa subsistance journalière. On ne me persuadera jamais qu'un petit-maître, dont les mœurs et toutes les habitudes sont artificielles, peut écrire de la bonne poésie. E.

2 Ou dit qu'Alfieri avait les mêmes gcûtsque Byron. il 17

vestige de ceux qui la parcourent ; je ne dirai rien du calme et du vent, de la saison favorable ou contraire, qui se succèdent, ni de tous les caprices des éléments. Ceux qui habitent une de ces citadelles flottantes connaissent l'alternative de l'allégresse et du chagrin ; l'inconstance des vents et des vagues contrarie souvent les vœux des matelots; mais il arrive enfin ce jour désiré où l'on crie : Terre ! terre ! et tous les cœurs renaissent à la joie.

XXIX. — N'oublions pas de parier des îles de Calypso, groupées comme des sœurs au milieu de l'Océan. Un port y sourit encore aux navigateurs fatigués, quoique la belle déesse ait depuis longtemps cessé d'arroser de ses larmes leurs stériles rochers, et d'y attendre le retour de celui qui lui préféra une épouse mortelle. C'est ici que le fils d'Ulysse but l'onde amère, précipité dans les flots par le bras du sévère Mentor. Privée ainsi du père et du fils, la reine des nymphes gémit d'une double infortune.

XXX. — Son règne est fini ; ses charmes séduisants ne sont plus à craindre. Mais ne t'abuse pas, jeune voyageur, par une confiance aveugle ; arme- toi de prudence : une souveraine mortelle occupe le trône de la dangereuse déesse, et tu pourrais trouver en elle une autre Calypso. Aimable Florence M si la beauté pouvait encore toucher ce cœur jadis trop crédule et qui a renoncé à l'amour, ce cœur ne serait qu'à toi ; mais, accablé par trop de douleur, je n'ose brûler un indigne encens sur ton autel, ni consentir à affliger une âme aussi pure que la tienne.

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