‹ Œuvres compláetes de Lord ByronChapitre 54 sur 67 · C. Delavigne, Adieux à Rome. a. p · texte numérisé non relu

C. Delavigne, Adieux à Rome. a. p

blant, ou acheter les voix vénales des citoyens plus vils qui les prostituaient.

CXIV. — Laissons la longue suite des tyrans de Rome, pour célébrer le nom de son dernier tribun. Tu rachetas des siècles entiers de honte et de ténèbres, ô toi, l'ami de Pétrarque, l'espoir de l'Italie, Rienzi, le dernier des Romains 1 ! Aussi longtemps que le tronc flétri de l'arbre de la liberté produira quelques feuilles, qu'elles servent à tresser une guirlande pour ta tombe, orateur du forum, chef du peuple, nouveau Numa... dont le règne fut, hélas ! trop court.

GXV. — Égérie ! douce création d'un cœur qui préféra ton sein idéal à tout autre sein mortel pour reposer sa tête ; jeune aurore aérienne, nymphe imaginaire d'un amant au désespoir, ou peut-être aussi beauté de la terre qui reçus les tendres hommages d'un roi ; quelle que soit ton origine, enfin, tu fus une belle pensée revêtue des formes les plus séduisantes 2.

CXVI. — La mousse de ta source sacrée est encore arrosée par ton onde pure, digne de couler dans l'Elysée. Le cristal limpide que protège ta grotte a été respecté par les ans, et réfléchit sur ta surface polie le doux génie du lieu, dont la verte retraite n'est point profanée par les ouvrages de l'art. Tes eaux transparentes ne sont plus condamnées à dormir dans une prison de marbre; elles jaillissent, avec un mélodieux murmure, de la base de ta statue, et serpentent çà et là dans les prairies voisines.

* Les personnes qui ont lu Gibbon doivent être familiarisées avec le nom et les exploits de Rienzi.

a Adieu, vallon frais, où Numa

Consultait sa nymphe chérie :

J'entends le ruisseau qu'il aima Murmurer le nom d'Égérie, etc.

G. Delavigne, Adieux à Home.

CXVII. La fougère et le lierre rampent alentour dans un désordre fantastique; les collines verdoyantes sont émaillées de fleurs précoces ; un bruit léger trahit le lézard à l'œil subtil, qui fuit à travers le gazon, et les oiseaux du printemps vous saluent de leurs chants harmonieux. Mille plantes variées semblent vous conjurer d'épargner "leurs fleurs nouvelles, que le zéphyr balance comme un tableau magique. Embellie par le souffle amoureux de l'air, la violette brille des couleurs azurées des cieux.

GXVIII. — C'est sous cet ombrage enchanté que tu trouvas un asile, ô Egérie ; c'est ici que ton cœur battait en reconnaissant de loin le bruit des pas de ton amantf la nuit prêtait à vos rendez-vous mystérieux le dais étoile de la voûte céleste : assise auprès de ton bien-aimé, que ton sort était digne d'envie ! Ah ! cette grotte n'a pu être formée que pour protéger les feux d'une déesse ; c'est bien ici le temple de l'amour pur... le premier des oracles !

CXIX. — En répondant à sa tendresse, n'unissais-tu pas en effet un cœur céleste à celui d'un mortel? l'amour, qui meurt en . soupirant comme il naquit, ne te devait-il pas d'immortels transports ? Ne pouvais-tu pas les rendre immortels, communiquer la pureté des cieux aux voluptés terrestres, dépouiller le trait du venin sans l'émousser, éloigner la satiété qui détruit tout, et déraciner les ronces fatales qui attristent nos âmes ?

GXX. — Hélas ! la source de nos premiers penchants va se perdre, ou n'arrose que l'herbe stérile d'une triste abondance, l'ivraie de la précipitation ; des fleurs à la tige malade malgré leur éclat, et dont le parfum sauvage ne produit que douleurs; enfin des arbres qui ne distillent qu'un noir poison : telles sont les plantes

que fait naître sous ses pas la passion qui franchit les sables arides du monde, et qui soupire en vain après les fruits célestes qui nous sont roi usés.

GXXI. — 0 Amour! tu n'es point un habitant de ce monde : séraphin invisible, nous croyons en toi, et les martyrs qui proclament ton culte sont les amants dont le cœur est brisé ; mais jamais mortel ne t'a vu jusqu'ici, jamais on ne te verra tel que tu dois être; l'imagination t'a créé comme elle a peuplé le ciel, avec le caprice de ses propres désirs. Cette forme, cette image qu'elle a donnée à une pensée, poursuit sans cesse l'âme consumée d'une soif dévorante, et épuisée par la fatigue et les iorlures qui la déchirent.

GXXII. — L'âme, dégoûtée de la beauté naturelle, se crée, dans son délire, des êtres imaginaires. Où sont les traits qu'a saisis le génie du sculpteur? dans ses seules rêveries. La nature pourrait-elle nous montrer quelque objet aussi beau? Où sont les charmes et les vertus que nous osons concevoir dans la jeunesse, et poursuivre dans l'âge mûr ? Paradis idéal où nous tendons en vain, et qui fais notre désespoir, tu égares le pinceau et la plume qui voudraient te reproduire dans tout ton éclat.

GXXIII. — L'amour n'est qu'un délire... c'est la démence de la jeunesse, mais sa guérison est encore plus amère. Chaque jour ravit un attrait à nos idoles ; nous découvrons enfin qu'elles n'ont ni le mérite ni la beauté dont nous avions paré leurs formes idéales. Le charme fatal subsiste encore, hélas ! il nous domine, et nous recueillons les tempêtes que nous avons Semées : le cœur, obstiné comme l'alchimiste à la recherche d'un trésor qui n'existe pas, se croit plus riche alors qu'il est plus près de la misère.

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