Donde Dios junlo tanta agua
No jnntara tanto vino?
/./ Burlador <!>■ Sevilla.
choir sur le... dos. « Bon! dit-il, voici le canon qui tire en signe
« de réjouissance. »
« Rosalba écoute les propos galants du séducteur, qui finit par lui dire: « Si je ne vous donne pas la main d'un époux, je veux « être tué par un homme... un homme qui soit de pierre, n'est-ce « pas, Arlequin? » Don Juan s'éloigne avec la jeune fille; Arlequin ajoute, en les voyant partir: «Pauvre malheureuse, que je te « plains de croire aux promesses de mon maître ! Il est si libertin, « que, s'il va jamais en enfer, ce qui ne peut lui manquer, il ten- « tera de séduire Proserpine. S'il étoit resté plus longtemps dans « la mer, il auroit conté fleurette aux baleines. »
« Vous avez promis de m'épouser, dit la pêcheuse en sortant « du bois avec Don Juan, je compte que vous tiendrez votre parole. « — Cela ne se peut; demandez à mon confident: cet honnête « homme vous en dira les raisons. » Il sort; la jeune fille se désespère; et, pour la consoler, Arlequin lui montre la liste de celles qui sont dans la même position qu'elle. C'est un long rouleau de parchemin qu'il lance jusqu'au milieu du parterre; il en retient le bout, et dit : « Examinez, messieurs, voyez si par hasard vous « n'y trouverez pas le nom de votre femme, d'une de vos parentes, « les noms de vos bonnes amies. »
«Rosalba, désolée, voyant que l'archiviste Arlequin inscrit son nom au bas de la liste , se précipite dans la mer.
« Des paysans en habits de noce arrivent en dansant. Un villageois, une villageoise, amoureux l'un de l'autre, font semblant d'être sans cesse en querelle devant leur tante, qui, par esprit de contradiction, consent à les marier. Don Juan et son écuyer se présentent au moment où la fête se prépare, ils se mêlent à la conversation, à la danse. Don Juan dit au fiancé : «Recevez mon « compliment, seigneur Cornelio. — Mais ce n'est pas mon nom. « — Il le sera bientôt. » En effet, il enlève l'épousée; Arlequin le suit, et disparoît avec la fille qu'il a choisie.
« Le décor change. Ils rencontrent le tombeau du commandeur, superbe mausolée. Don Juan lit l'inscription gravée sur le piédestal. Il feint de redouter la foudre dont elle le menace, et fait ensuite de judicieuses réflexions sur la vanité des hommes qui se font composer des épitaphes fastueuses. Arlequin veut lire à son tour et craint d'avoir sa part do la punition. Il fait dos
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remontrances à son maître; Don Juan feinl de se repentir, il répète une prière que lui souille son valet, et finit par donner un coup de pied à l'orateur, il adresse mille injures au commandeur en apercevant sa statue placée sur le monument, et dit à son écuyer d'aller l'inviter à souper, arlequin y va, riant de la folie de son ambassade, et revient saisi d'effroi: la statue a baissé la
tête; elle accepte l'invitation. Don Juan n'en croit n'en; il va la
répéter lui-même, et demeure interdit lorsque le commandeur ajoute un oui à son inclination de tête.
arlequin ouvre le troisième ado par (U-> remontrances qu'il adresse à son maître. Le sermon est assez curieux pour être reproduit ici. Le valet bouffon raconte à Don Juan la fable de l'Ane chargé de sel et ensuite </'(:/)<>//t/c.< . et ne manque pas de lui taire l'application de la moralité de l'apologue. Voyant que son maître l'écoute avec assez d'attention, il s'enhardit, et poursuit
ru ces terme- :
Je me souviens d'avoir lu dans Homère, en son Traité pour empêcher que les grenouilles ne s'enrhument, que, dans Athènes, un père de famille ayant l'ait l'acquisition d'un cochon de lait, gentil, d'une agréable physionomie, de mœurs douces, dans sa taille bien pris, conçut tant d'amitié pour le petit cochon, qu'au lieu de le mettre en broche, il donna les plus grands soins à -<>n éducation, et le nourrit avec des biscuits et du macaroni. Cet animal, entant uàté de la maison, et qui étoit devenu d'une figure très-avenante, oubliant tous les bienfaits de son ami, de
son protecteur, entra dans i<- parterre, déracina jonquilles et tulipes, dont il dévora les oignons, furieux, le jardinier alla s*. plaindre au maître ; lequel , aimant avec une tendresse aveugle son jeune COChon, dit : « Il faut lui pardonner pour cette fois, il n'a pas encore assez d'expérience; (railleurs, il est si gentil! » Quinze jour- après, cet amour de cochon se rua dans la cuisine, renversa marmites et casseroles, mangea ce qu'elles contenoient, et bouleversa tout. Le cuisinier courut en avertir son maître, lequel •■in tant d'affection, do foibiesse pour son favori, qu'il défendit de lui faire aucun mal.
In moi- il'- s'étoit pas écoulé que l'impudent marcassin, abusant des bontés de -on seigneur, vint galoper dans |a salle à manger, au moment ou l'on attendoit trente convives, et brisa
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porcelaines et cristaux, flacons de Maine, de Champagne, de /ara, de Chypre, en escaladant la table, les bahuts et les dressoirs. Quand le maître vit ce désordre nouveau, ce déplorable ravage, sa patience étant poussée à bout, que fit-il? Sur-lechamp il ordonna que le cochon fût tué, que Ton lit des jambons, dos saucisses, mortadelles, boudins, petit lard, avec le sang et les débris de l'insolent quadrupède.
«Ce père de famille, continue Arlequin, c'est Jupiter; ce cochon, c'est vous, mon très- honoré maître; ce jardinier, ce chef de cuisine, ces faïences, cristaux et porcelaines, ce sont les victimes de vos insultes, de vos méfaits. Vous tuez le mari d'une pauvre femme; vous enlevez la tille d'une autre; vous débauchez même des religieuses! Tous en portent leurs plaintes à Jupiter. La première fois il vous pardonne. La seconde fois il veut bien encore être sourd à leurs prières. Mais enfin, vous en ferez tant, que ce dieu, prenant le couteau de son tonnerre, ce couteau formidable, ce maître couteau, fondra sur le cochon bien-aimé, c'est-à-dire sur vous, pour le dépecer, le réduire en saucisses, en côtelettes, que les diables feront griller en enter, et croqueront à belles dents. »
«Don Juan feint d'être sensible à ces discours, arlequin, transporté de joie, se jette à ses genoux. Son maître, s'agenouillant de même, implore la clémence de Jupiter. Le valet rend grâces au ciel de cet heureux changement, lorsque Don Juan se lève, et, par un coup de pied adroitement placé, fait sa réponse ordinaire à la harangue du moraliste, et lui donne l'ordre de faire servir à l'instant le souper.
« A peine a-t-on commencé de mettre sur table, que le facétieux Arlequin se hâte d'annoncer qu'un incendie vient d'éclater dans la cuisine. Tout le monde y court; Arlequin s'assied à table, mange goulûment, et se retire à l'arrivée de son maître. La gourmandise lui fait hasarder plusieurs tours d'adresse pour escamoter quelques bons morceaux. Il a recours au lazzi de la mouche qu'il veut tuer sur le visage de Don Juan. Il accroche ensuite une poularde rôtie avec un hameçon, et s'en empare. Un des valets s'en aperçoit et l'enlève de ses mains. Arlequin donne un soufflet à un autre serviteur qu'il croit coupable du tour qu'on vient de lui jouer. Il court au buffet, prend une assiette, l'essuie à son
derrière et la présente à son maître. Min de le mettre m bonne humeur, il lui parle d'une veuve charmante. Don Juan prend feu là-dessus, el lui permet de s'asseoir à son côté.
Ulons, canailles, dit arlequin aux valets, que Pon m'apporte un couvert '. Il se lave les mains et les essuie à la nappe. Craignant de ne pas trouver de quoi satisfaire son appétit, il dil à sou maître d'aller moins \ ite en besogne. Son chapeau l'embarrasse, il le met sur la tête de Don Juan, qui le jette au loin, et lui l'aii beaucoup de questions sur la jeu no veuve, dont il est fort tenté. Le gourmand, qui \w \oiit pas perdre un seul coup de dent, répond par monosyllabes, comme le frère Fredon de Rabelais. De quelle taille est-elle? dit Don Juan. — Courte, répond Irlequin. — Comment s'appelle-t-elle? — \nne. — \-t-ello père et mère? — Oui. — Tu dis qu'elle m'aime? — Fort. — Où Pai-je vue la première fois? — Au bal. — Quel âge a-t-elle? » arlequin montre ici deUx fois ses mains pour marquer qu'elle a vingt ans. Mon maître, dit ensuite arlequin, la fortune est bien inconstante. Imaginez-vous que ce morceau friand est un homme au sommet de la roue des grandeurs. La roue vient à tourner comme ce plat, cet homme tombe tout à coup au bas de la roue et dans le néant.» En disant ces mois, Arlequin avale ce friand morceau.
Et la signora Lisetta? demande Don Juan. — Je viens de chez «'lie. répond arlequin, et ne l'ai pas trouvée. — Tu mens. « — Si cela n'est pas, que ce filet de chevreuil puisse m'étrangler! — El sa suivante? — Elle éloit sortie aussi. — Ce n'est pas vrai. — Si je vous en impose, que ce M'wo de vin soit pour moi du poison! — arrête et ne jure plus; j'aime mieux te croire sur parole. »
arlequin l'ait encore une infinité de facéties. Ainsi, il prend la salade, 3 verse un pot de vinaigre, quatre salières, des flots de moutarde, toute l'huile d'une lampe et la lampe elle-même, et retourne le tout avec sa batte et ses pieds.
On frappe à la porte; un valel y court, revient saisi d'épouvante et culbute Vrlequin. Celui-ci prend un poulet rôti d'une main, un chandelier de l'autre, et va voir qui c'est. \ son retour, il renverse quatre domestiques, tant il est effrayé. Gomme il ue peut parler qu'à peine, il dit que l'homme qui a fait ainsi ( irle-
quin baisse la tête) est là. Don Juan saisit un flambeau sur la table et va le recevoir. Arlequin se cache sous la table. En introduisant la statue dans la salle du banquet, Don Juan lui dit: « Si j'avois pu croire que tu fusses venu souper, ô convié! j'au- « rois dépouillé Séville de pain, PArcadie de viande, la Sicile de «poissons, la Phénicie d'oiseaux, Naples de fruits, l'Espagne « d'or, l'Angleterre d'argent, Babylone de tapis, Bologne de soie, « la Flandre de pois, et l'Arabie de parfums, pour t'offrir une table «assez splendide et digne de ta grandesse; mais accepte ce que «je te présente de bon cœur et d'une main libérale; mange, « convié ! »
« Arlequin est forcé de sortir de sa retraite pour chanter et boire à la santé d'une des favorites de Don Juan; son maître lui fait signe de nommer Dona Anna, fille du commandeur. Arlequin se lève, emplit son verre, obéit, et la statue répond à la courtoisie en inclinant la tête. Arlequin, épouvanté, fait la culbute en arrière, le verre plein à la main, et se remet en pieds sans répandre une goutte de vin. Thomassin (Tomaso-Antonio Vicentini, dit) exécutoit ce tour de force et d'adresse avec une merveilleuse dextérité.
« Au dernier acte , qui se passe en partie dans le tombeau du commandeur, Arlequin, voyant que tout est sombre, dit: «Il « faut que la blanchisseuse de la maison soit morte; car tout est « bien noir ici. » Don Juan saisit un serpent dans un plat de rôti , disant: «J'en mangerai, fût-ce le diable.» Des chants lugubres et mystérieux se font entendre; la statue se lève, le tonnerre gronde, la terre s'ouvre, la flamme infernale brille, et l'homme de pierre entraîne l'impie dans l'abîme. Arlequin désespéré s'écrit1 : « Mes gages! faut-il que j'envoie un huissier chez le diable pour « obtenir le payement de mes gages?» Le roi paroît ensuite ; Arlequin se jette à ses pieds, disant: «O roi! vous savez que mon « maître est à tous les diables, où vous autres grands seigneurs « irez aussi quelque jour : réfléchissez donc sur ce qui vient de « se passer. »
« Un dernier tableau montroit Don Juan en proie au feu vengeur, exprimant en vers ses tourments et son repentir. Notez que tout le reste de la pièce étoit en prose improvisée. Don Juan tâchoit d'apitoyer les démons en leur disant :
NO riCE PRÉ LJ M I NAI RE. 353
Plaçâtes i d1 kverno Tormentatori eternî '.
E dite per pietade Quando terminaran questi miei guai.