A.CTE I . SC EN B II
et qu'on n'ose vous dire vos vérités? apprenez de moi,
qui suis votre valet, que Le ci<il punit tôt ou tard les
impies, qu'une méchante vie amène une méchante mort,
et que....* '
Paix!
SC \\ \ RELLE.
De quoi est-il question ?
DON .ir\\.
Il est question de i«i dire qu'une beauté me tient au cœur, el qu'entraîné par ses appas, je l'ai suivie jusqu'en cette \ ille.
SC A \ \ RELLE.
El n'y craignez-vous rien, monsieur, de la mort de ce commandeur que vous tuâtes il \ a six mois?2
Vas. Apprenez de moi, qui suis mire valet, </ue les libertins ne font jamais une bonne fin 3 et que... 1682.)
1. Sganarelle est un des valets les plus francs, les plus vrais, les plus naïvement comiques qui soient au théâtre. Il n'est pas de la race antique de ces Daves qui, transplantés sur notre scène sous les noms de Crispin et de Frontin, y .'talent une nature de convention, au lieu de la nature réelle qu'ils représentoient autrefois. 11 est d'une lignée naturelle et toute françoise; il descend de ce Cliton du Menteur, le premier valet moderne qui ait remplacé dan- la comédie les esclaves anciens. Le caractère propre des valets formés sur ce modèle est un gros bon sens qui est continuellement révolté des vices et des ridicules de leurs maîtres, mais que l'amour de l'argent ou la crainte des mauvais traitements empêche le plus souvent d'éclater. C'est ce conflit entre la raison et leur intérêt, c'est cette alternative de hardiesse et de timidité, d'humeur chagrine et de complaisance forcée, qui leur donne une physionomie si vraie et si plaisante: cette physionomie est celle de Cliton avec le menteur Dorante, de Sancho avec l'extravagant Don Quichotte, enfin de
relie avec le scélérat Don Juan. (AuGER.J
2. Dans l'œuvre de Tirso de Molina, El burlador de Sevilla y convidado
le meurtre du commandeur Don Gonzalo d'Ulloa a lieu sur le théâtre, et même lorsque le drame est déjà fort avancé, à la scène treizième
de la deuxième journée. 11 en est ,|,. même dans l'imitation italienne et
dans les tragi-comédies de Dorimond ■■( deVilliers. Molière a voulu éviter qu'un homme, qu'on voyoit vivant dans les premiers actes , eut. dans les
Et pourquoi craindre? ne i'ai-je pas bien tué? i
SGANARELLE
Fort bien, le mieux du monde, et il auroit tort de se plaindre.
DON JUAN
J'ai eu ma grâce de cette affaire.
SGANARELLE
Oui; mais cette grâce n'éteint pas peut-être le ressentiment des parents et des amis; et...
DON JUAN
Ah ! n'allons point songer au mal qui nous peut arriver, et songeons seulement à ce qui nous peut donner du plaisir. La personne dont je te parle est une jeune fiancée, la plus agréable du monde, qui a été conduite ici par celui même qu'elle y vient épouser, et le hasard me fit voir ce couple d'amants trois ou quatre jours avant leur voyage. Jamais je n'ai vu deux personnes être si contents l'un de l'autre, et faire éclater plus d'amour. La tendresse visible de leurs mutuelles ardeurs me donna de l'émotion; j'en fus frappé au cœur, et mon amour commença par la jalousie. Oui, je ne pus souffrir d'abord de les voir si bien ensemble; le dépit alluma mes désirs, et je me figurai un plaisir extrême à pouvoir troubler leur intelligence, et rompre cet attachement , dont la délicatesse de mon cœur
derniers, son monument funéraire construit et sa statue érigée, ce qui supposoit en effet un intervalle d'au moins six mois.
Rosimond a suivi en ceci l'exemple de Molière. Le librettiste de Mozart , Lorenzo da Ponte , est revenu à l'ancienne tradition, et l'on sait que // dissoluto punito s'ouvre violemment par le meurtre du commandeur.
4. Ne l'ai-je pas bien tué? signifie: ne l'ai-je pas tué en homme d'honneur, dans les règles? Mais je ne serois pas surpris que Sganarelle entendit par là : n'est-il pas bien mort? as-tu peur qu'il n'en revienne? (Auger.)