Dans sa Critique. ( Renvoi de l'auteur
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de lasser tous les jours la patience d'une grande peine qui est continuellement en peine de faire réformer ou supprimer ses ouvrages. Il est vrai que la foule esl grande à ses pièces el que
la curiosité y attire du monde de toutes parts. Mais les gens <l<> bien les regardent comme des prodiges: ils s'y arrêtent de même qu'aux éclipses et aux comètes; parce que c'est une chose Inouïe en France de jouer la religion sur un théâtre. Et Molière a très-mauvaise raison de dire qu'il n'a l'ait que traduire cette pièce d>1 l'italien et la mettre en françois, car je lui pourrois repartir que ci1 n'est point là notre coutume ni celle de rÉglise de France. L'Italie a des libertés que la France ignore; et ce royaume très-chrétien a cet avantage sur tous les autres, qu'il s'est maintenu dan- la pureté de la Foi et dans un respect inviolable de ses mystères. Nos rois, qui surpassent en grandeur et en piété tous les princes de la terre, se sont montrés très-sévères en ces rencontrer et ils ont armé leur justice et leur zèle autant de fois qu'il s'est agi de soutenir 1 'honneur des autels et d'en venger la profanation. Où en serions-nous, si Molière vouloit faire des versions de tous les mauvais livres italiens, et s'il introduisoit dans Paris toutes les pernicieuses coutumes des pays étrangers? Et de même qu'un homme qui se noyé se prend à tout, il ne se soucie pas de mettre en compromis l'honneur de l'Église pour se sauver, et il semble, à l'entendre parler, qu'il ait un bref particulier pour jouer des pièces ridicules, et que M. le légat ne soit venu en France (pie pour leur donner son approbation.1
.1.- n'ai pu m'empêcher de voir cette pièce (le Festin de Pierre aussi bien <|u<' les autres, et je m'y suis laissé entraîner par la foui'', d'autant plus librement que Molière se plaint qu'on le condamne -.tu- le connoître, et que l'on censure ses pièces -an- les avoir vu»-. Mai- je trouve que sa plainte est aussi injuste que sa comédie esi pernicieuse; que sa farce, après l'avoir bien considérée, esl vraiment diabolique, et vraiment diabolique est son cerveau,2 » et (pie n'en n'a jamais paru de plus impie, même dan- l<" paganisme. Auguste lit mourir un bouffon qui avoit fait
1. En sa requpt^ , il 'lit rjuf Monsieur le légat a approuvé son Tartuffe. (Note de l'autour.)
•2. Molière, dans sa requête. (Note de l'auteur.)
raillerie de Jupiter el défendit aux femmes d'assister à des comédies plus modestes que celle de Molière. Théodore condamna aux bêtes des Farceurs qui tournoient en dérision nos cérémonies; et néanmoins cela n'approche point de l'emportement qui paroît en cette pièce ; et il seroit difficile d'ajouter quelque chose à tant de crimes dont elle est remplie. C'est là que l'on peut dire que l'impiété et le libertinage se présentent à tous moments à l'imagination : une religieuse débauchée, et dont l'on publie la prostitution; un pauvre à qui l'on donne l'aumône à condition de renier Dieu;1 un libertin qui séduit autant de filles qu'il en rencontre; un enfant qui se moque de son père et qui souhaite sa mort ; un impie qui raille le ciel et qui se rit de ses foudres ; un athée qui réduit toute la Foi à « deux et deux sont quatre, et quatre et quatre sont huit; » un extravagant qui raisonne grotesquement de Dieu, et qui, par une chute affectée, « casse le nez à ses arguments ; » un valet infâme , fait au badinage de son maître , dont toute la créance aboutit au Moine bourru , « car pourvu que l'on croye le Moine bourru , tout va bien , le reste n'est que bagatelle; » un démon qui se mêle dans toutes les scènes et qui répand sur le théâtre les plus noires fumées de l'enfer; et enfin un Molière, pire que tout cela, habillé en Squanarelle, qui se moque de Dieu et du diable, qui joue le ciel et l'enfer, qui souffle le chaud et le froid, qui confond la vertu et le vice, qui croit et ne croit pas, qui pleure et qui rit, qui reprend et qui approuve, qui est censeur et athée, qui est hypocrite et libertin, qui est homme et démon tout ensemble; « un diable incarné, » comme lui-même se définit.2 Et cet homme de bien appelle cela corriger les mœurs des hommes en les divertissant , donner des exemples de vertu à la jeunesse , réprimer galamment les vices de son siècle , traiter sérieusement les choses saintes; et couvre cette belle morale d'un feu de carte et d'un foudre imaginaire, et aussi ridicule que celui de Jupiter dont Tertullien raille si agréablement, et qui , bien loin de donner de la crainte aux hommes, ne pouvoit pas chasser une mouche ni faire peur à une souris. En effet, ce prétendu foudre apprête un nouveau sujet de risée aux spectateurs,