‹ Œuvres compláetes de MoliáereChapitre 62 sur 342 · SCÈNE III. loi · texte numérisé non relu

SCÈNE III. loi

en disant hautement : Il joue un tel, — lorsque ce sont des « choses qui peuvent convenir à cent personnes? Comme u l'affaire de la comédie est de représenter en général « tous les défauts des hommes et principalement des u hommes de notre siècle, il est impossible à Molière de m taire aucun caractère qui ne rencontre quelqu'un dans le « monde; et s'il faut qu'on l'accuse d'avoir songé toutes « les personnes où l'on peut trouver les défauts qu'il peint, « il faut sans doute qu'il ne fasse plus de comédies.1

1. Cotte tirade a pour but de repousser toutes les allusions qu'on vouloit voir dans les pièces de Molière. Boursault avoit été jusqu'à prétendre qu'il couroit des clefs imprimées (il ne dit point par qui) de la Critique de l'École des Femmes.

J'ai la clef de sa pièce.

AMARANTE

Imprimée !

LE COMTE

Imprimée.

(A son laquais. 1

Va quérir cette clef et me l'apporte ici...

LE LAQUAIS, revenant.

Je n'ai point vu de clef que la clef de la porte.

« On remarquera , dit M. Fournel , que le laquais envoyé avec tant d'assurance par le comte à la recherche de la clef ne la trouve pas, et que Boursault passe tout à coup à autre chose, et n'en parle plus. On peut voir dans ce procédé soit un acte de réserve un peu tardif et l'envie d'esquiver la difficulté qu'il y avoit à donner une liste de noms propres sur la scène, soit un moyen perfide de se tirer d'affaire après s'être trop aventuré et une sorte d'aveu de la fausseté, ou tout au moins de la témérité de son assertion. »

De Villiers chercha à faire considérer ce passage de l'Impromptu de Versailles comme une amende honorable, comme une réparation faite au duc de La Feuillade; et il en tiroit des conclusions ou du moins des insinuations défavorables au courage de Molière, ce qui prouve combien il est malaisé de contenter un ennemi.

i Molière, dit Augcr, pose et discute parfaitement la question. Un poëte comique doit peindre, non des individus, mais des espèces seulement. Quand il n'a point manqué à cette règle, c'est le compromettre mal à propos, c'est l'exposer à d'injustes inimitiés, que d'indiquer tel ou tel individu à la malignité publique, comme l'original d'un prétendu portrait, dont les traits, partagés entre un grand nombre de personnes, ne peuvent se trouver réunis dans aucune en particulier. Quant à ceux qui veulent se reconnoître dans ces

« Ma foi, chevalier, tu veux justifier Molière, et épar- « gner notre ami que voilà.

LA GRANGE

« Point du tout. C'est toi qu'il épargne, et nous trou- « verons d'autres juges.

MOLIÈRE

« Soit. Mais dis-moi, chevalier, crois-tu pas que ton a Molière est épuisé maintenant, et qu'il ne trouvera plus « de matière pour...

BRÉCOURT

« Plus de matière? Hé! mon pauvre marquis, nous lui « en fournirons toujours assez, et nous ne prenons guère « le chemin de nous rendre sages pour tout ce qu'il fait « et tout ce qu'il dit. »

MOLIÈRE

Attendez ; il faut marquer davantage tout cet endroit. Ecoutez-le-moi dire un peu. « Et qu'il ne trouvera plus de « matière pour... — Plus de matière? Hé! mon pauvre (( marquis, nous lui en fournirons toujours assez, et nous « ne prenons guère le chemin de nous rendre sages pour « tout ce qu'il fait et tout ce qu'il dit. Crois-tu qu'il ait (( épuisé dans ses comédies tout le ridicule des hommes? « Et, sans sortir de la cour, n'a-t-il pas encore vingt carac- « tères de gens où il n'a point touché? N'a-t-il pas, par « exemple, ceux qui se font les plus grandes amitiés du « monde, et qui, le dos tourné, font galanterie de se a déchirer l'un l'autre? N'a-t-il pas ces adulateurs à ou- <( trance, ces flatteurs insipides, qui n'assaisonnent d'au-

sortes de portraits, ils ont un double tort, puisqu'ils accusent le peintre d'un mauvais procédé dont il est innocent, et qu'ils s'accusent eux -moines d'un ridicule qu'on ne s'étoit peut-être pas encore avisé de remarquer en eux. »

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