SCENE V
SC V\ \ RELLE.
11 m'esl venu, depuis un moment, de petits scrupules
sur le mariage. Avant que de passer plus avant, je voudrois bien agiter à fond cette matière, et que l'on m'expliquai un songe que j'ai l'ait cette nuit, et qui vient tout à l'heure de nie revenir dans l'esprit.1 Vous savez que les songes sont comme des miroirs, où l'on découvre quelque- Ibis tout ce qui nous doit arriver. 11 me sembloit que j'étois dans un vaisseau, sur une mer bien agitée, et que...
GÉRONl MO.
Seigneur Sganarelle, j'ai maintenant quelque petite affaire qui m'empêche de vous ouïr. Je n'entends rien du tout aux songes; et quant au raisonnement du mariage, vous avez deux savants, deux philosophes, vos voisins, qui sont gens à vous débiter tout ce qu'on peut dire sur ce sujet. Comme ils sont de sectes différentes, vous pouvez examiner leurs diverses opinions là-dessus. Pour moi, je me contente de ce que je vous ai dit tantôt, et demeure votre serviteur.
S<;\\ A RELLE, soûl.
11 a raison. 11 faut que je consulte un peu ces gens-là sur l'incertitude où je suis.
1. Sganarelle continue à marcher sur les traces de Panurge. 11 y a dans le troisième livre de Rabelais deux chapitres intitulés, l'un (chapitre xm) : <( Comment Pantagruel conseille Panurge prévoir l'heur ou mal heur de son mariage par songes; » l'autre (chapitre xiv) : « Le songe de Panurge et interprétation d'icelui. »