‹ Œuvres compláetes (volume 3)Chapitre 117 sur 226 · Tome IL · texte numérisé non relu

Tome IL

faut en détruire la cause. Le seul moyen d'opérer, en ce genre, quelque changement heureux, c'est par un changement insensible dans les lois et l'administration (1).

Il faudrait, pour le bonheur même du prince et de sa postérité , fixer , en fait d'impôts , les limites immuables que le souverain ne doit jamais reculer. Du moment où la loi , comme un obstacle insurmontable , s'opposera à la prodigalité du monarque, les courtisans mettront des bornes à leurs désirs et à leurs demandes; ils n'exigeront point ce qu'ils ne pourront obtenir.

Le prince en sera-t-il moins heureux? Il aura sans doute près de lui moins de courtisans, et des courtisans moins bas; mais leur bassesse n'est peut-être pas si nécessaire qu'on le croit à sa félicité. Les favoris d'un roi so ni -il s libres et vertueux : le souverain s'accoutume insensiblement à leur vertu ; il ne s'en trouve pas plus mal , et ses peuples s'en trouvent beaucoup mieux.

qui , chez tous les peuples , fécondent les germes de la vertu , de la justice et du bonheur. C'est donc à la cause productrice d'un certain luxe qu'il faut rapporter presque toutes les calamités qu'on lui impute.

(1) Les courtisans , dit-on , se modèlent sur le prince. Méprise-t-il le luxe et la mollesse, l'un et l'autre disparaissent. Oui, pour le moment. Mais, pour opérer un changement durable dans les mœurs d'un peuple , ce n'est pas assez de l'exemple et de l'ordre du souverain. Cet ordre ne transforme point un peuple de sybarites en un peuple robuste , laborieux et vaillant : c'est l'œuvre des lois. Qu'elles imposent tous les jours le citoyen à quelques heures d'un travail pénible , qu'elles l'obligent de s'exposer tous les jours à quelque petit danger, elles le rendront à la longue robuste et brave ; parce que la force et le courage, disent le roi de Prusse et Végèce , s'acquièrent par l'habitude du travail et du danger.

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