‹ Œuvres compláetes (volume 3)Chapitre 148 sur 226 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Quelle maîtresse convient à V oisif .

On fait maintenant peu de cas de l'amour platonique : on lui préfère l'amour physique; et celui-ci n'est pas réellement le moins vif. Le cerf est-il enflammé de ce dernier amour? de timide, il devient brave. Le chien fidèle quitte son maître , et court après la lice en chaleur : en est-il séparé ! il ne mange point , tout son corps frisonne, il pousse de longs hurlemens. L'amour platonique fait-il plus ? non. Je m'en tiens donc à l'amour physique. C'est pour ce dernier que Buffon se déclare; et je pense, comme lui, que de tous les amours c'est le plus agréable, excepté cependant pour les désœuvrés.

Une coquette est pour ces derniers une maîtresse délicieuse. Entre-t-elle dans une assemblée , vêtue de celte manière galante qui permet à tous d'espérer ce qu'elle n'accordera qu'à très-peu ? l'oisif s'éveille ; sa

jalousie s'irrite; il est arraché à l'ennui (i). Il faut donc des coquettes aux oisifs, et de jolies filles aux occupés.

La chasse des femmes, comme celle du gibier, doit être différente selon le temps qu'on veut y meure. N'y peut-on donner qu'une heure ou deux? on va au tiré. Ne sail-on que faire de son temps? veut-on prolonger son mouvement? il faut des chiens courans , et forcer le gibier. La femme adroite se fait long-temps courir par le désœuvré.

Au Canada, le roman du sauvage est court. Il n'a pas le temps de faire l'amour : il faut qu'il pêche , et qu'il chasse. Il offre donc l'allumette à sa maîtresse; Fa-t-elle soufflée ? il est heureux. Si l'on avait à peindre les amours de Marius et de César, lorsqu'ils avaient en tête Sylla et Pompée, ou le roman ne serait pas vraisemblable , ou , comme celui du sauvage , il serait très-court. Il faudrait que César y répétât, je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu.

Si l'on décrivait, au contraire, les amours c'ampê 1res des bergers oisifs, il faudrait leur donner des maîtresses délicates, cruelles, et surtout fort pudibondes. Sans de telles maîtresses, Céladon périrait d'ennui.

fi) La plus forte passion de la coquette est d'être adorée. Que faire à cet effet? toujours irriter les désirs des hommes et ne les satisfaire presque jamais. Une femme , dit le proverbe , est une table bien servie qu'on voit d'un œil différent avant ou après le repas.

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