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republiques, el qu'enfin ils n'eussent connu d'autres richesses que cette monnaie de fer dont Lycurgue avait permis l'usage.
La confédération des Grecs n'était pas fondée sur une base aussi solide. Chaque république avait sa constitution particulière. Les Athéniens étaient à la fois guerriers et négocians. Les richesses gagnées dans le commerce leur fournissaient les moyens de porter la guerre au dehors. Ils avaient, à cet égard, un grand avantage sur les Lacédémoniens.
Ces derniers, orgueilleux et pauvres, voyaient avec chagrin dans quelles bornes étroites leur indigence contenait leur ambition. Le désir de commander, désir si puissant sur deux républiques rivales et guerrières, rendit cette pauvreté insupportable aux Spartiates. Ils se dégoûtèrent donc insensiblement des lois de Lycurgue , et contractèrent des alliances avec les puissances de l'Asie.
La guerre du Péloponèse s'étant alors allumée, ils sentirent plus vivement le besoin d'argent. La Perse en offrit : les Lacédémoniens l'acceptèrent. Alors la pauvreté, clef de l'édifice des lois de Lycurgue, se détacha de la voûte , et sa chute entraîna celle de l'état. Alors les lois et les moeurs changèrent, et ce changement , comme les maux qui s'ensuivirent , ne fuient point l'effet de l'inconstance de l'esprit humain (i), mais de la différente forme des gouverne- Ci) Ce n'est point l'inconstance des nations, c'est leur ignorance qui renverse si souvent l'édifice des meilleures lois. C'est elle qui rend un peuple docile aux conseils des ambitieux. Qu'on découvre à ce peuple les vrais principes de la morale ; qu'on lui démontre l'excellence de ses lois et le bonheur résultant de leur observation, ces lois deviendront sacrées pour lui ; il les respectera et par amour pour sa félicité et par l'opiniâtre attachement qu'en général les hommes ont pour les anciens usages.
Point d'innovations proposées par les ambitieux , qu'ils ne colo-
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mens des Grecs, de l'imperfection des principes de leur confédération , et de la liberté qu'ils conservèrent toujours de se faire réciproquement la guerre. De là cette suite d'événemens qui les entraînèrent à une ruine commune.
Une ligue fédérative doit être fondée sur des principes plus solides. Qu'on partage en trente républiques un pays grand comme la France : si ces républiques, gouvernées par les mêmes lois, sont liguées entre elles contre les ennemis du dehors; si les bornes de leur territoire sont invariablement déterminées , qu'elles s'en soient respectivement garanti la possession , et se soient réciproquement assuré leur liberté : je dis que, si elles ont d'ailleurs adopté les lois et les mœurs des Spartiates, leurs forces réunies et la garantie mutuelle de leur liberté les mettront également à l'abri et de l'invasion des étrangers , et de la tyrannie de leurs compatriotes.
Supposons cette législation la plus propre à rendre les citoyens heureux , quel moyen d'en éterniser la durée? le plus sûr, c'est d'ordonner aux maîtres dans leurs instructions, aux magistrats dans des discours publics, d'en démontrer l'excellence (i). Cette excel-
rent du vain prétexte du bien public. -Un peuple instruit , toujours en garde contre de telles innovations, les rejette toujours. Chez lui l'intérêt du petit nombre des forts est contenu par l'intérêt du grand nombre des faibles. L'ambition des premiers est donc enchaînée ; et le peuple , toujours le plus puissant lorsqu'il est éclairé, reste toujours fidèle à la législation qui le rend heureux.
(i) Il est nécessaire, dit Machiavel, de rappeler de temps en temps les gouvernemens à leurs principes constitutifs. Qui près d'eux est chargé de cet emploi ? le malheur. Ce fut l'ambition d'un Appius , ce furent les batailles de Cannes et de Trasimène, qui rappelèrent les Romains à l'amour de la patrie. Les peuples n'ont , sur cet objet , que l'infortune pour maître ; ils en pourraient choisir un moins dur. Pour l'instruction même des magistrats ; pourquoi ne lirait-on pas publiquement chaque année l'histoire de chaque loi , et
lence constatée, une législation deviendrait à l'épreuve de la légèreté de l'esprit humain. Les hommes (fussentils aussi inconstans qu'on le dit) ne peuvent abroger des^lois établies qu'ils ne se réunissent dans leurs volontés : or , cette réunion suppose un intérêt commun de les détruire, et par conséquent une grande absurdité dans les lois.
Dans tout autre cas, l'inconstance même des hommes, en les divisant d'opinion, s'oppose à l'unanimité de leurs délibérations, et par conséquent assure la durée des mêmes lois.
O souverains ! rendez vos sujets heureux ! veillez à ce qu'on leur inspire, dès l'enfance, l'amour du bien public ; prouvez-leur la bonté de vos lois par l'histoire de tous les temps et la misère de tous les peuples; démontrez-leur ( car la morale est susceptible de démonstration) que votre administration est la meilleure possible , et vous aurez à jamais enchaîné leur inconstance prétendue.
Si le gouvernement chinois, quelque imparfait qu'il soit, subsiste encore, et subsiste le même, qui détruirait celui où les hommes seraient le plus heureux possible? Ce n'est que la conquête ou le malheur des peuples qui change la forme des gouvernemens.
Toute sage législation qui lie l'intérêt particulier à l'intérêt public, et fonde la vertu sur l'avantage de chaque individu, est indestructible. Mais cette législation est-elle possible? Pourquoi non? L'horizon de nos idées s'étend de jour en jour; et, si la législation ,
des motifs de son établissement ? n'indiquerait-on pas aux citoyens celles d'entre ces lois auxquelles ils sont principalement redevables de !a propriété de leur vie, de leurs biens et de leur liberté? Les peuples aiment leur bonheur. Ils reprendraient, à cette lecture, l'esprit de leurs ancêtres , et reconnaîtraient souvent , dans les lois les moins importantes en apparence, celles qui les mettent à l'abri de l'esclavage, de l'indigence et du despotisme.
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comme les autres sciences, participe aux progrès de l'esprit humain, pourquoi désespérer du bonheur futur de l'humanité? Pourquoi les nations, s'éclairant de siècle en siècle , ne parviendraient-elles pas un jour à toute la plénitude du bonheur dont elles sont susceptibles? Ce ne serait pas sans peine que je me détacherais de cet espoir.
La félicité des hommes est pour une âme sensible le spectacle le plus agréable. A considérer dans la perspective de l'avenir, c'est l'œuvre d'une législation parfaite. Mais si quelque esprit hardi osait en donner le plan, que de préjugés, dira-t-on, il aurait à combattre et à détruire! que de vérités dangereuses à révéler!