‹ Œuvres compláetes (volume 3)Chapitre 176 sur 226 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

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chique? Supposons qu'en ce pays l'on supprimât l'inquisition et les lettres de cachet , qu'on limitât l'excessive autorité de certaines places; aurait-on changé la forme du gouvernement? non : on en aurait seulement corrigé les ahus. Quel monarque vertueux ne se prêterait point à cette réforme! Compare-t-on les rois de l'Europe à ces stupides sultans de l'Asie , à ces vampires qui sucent le sang de leurs sujets, et que toute contradiction révolte ? Soupçonner son prince d'adopter les principes d'un despotisme oriental, c'est lui faire l'injure la plus atroce. Un souverain éclairé ne regarda jamais le pouvoir arbitraire , soit d'un seul tel qu'il existe en Turquie , soit de plusieurs tel qu'il existe en Pologne, comme la constitution réelle d'un état. Honorer de ce titre un despotisme cruel , c'est donner le nom de gouvernement à une confédération de voleurs (i), qui, sous la bannière d'un seul ou de plusieurs, ravagent les provinces qu'ils habitent.

Tout acte d'un pouvoir arbitraire est injuste. Un pouvoir acquis et conservé par la force (2) est un pou-

(1) Dans les pays despotiques, si le militaire est intérieurement haï et méprisé , c'est que le peuple ne voit dans les beys et les pachas que ses geôliers et ses bourreaux. Si , dans les républiques grecque et romaine, le soldat, au contraire, était aimé et respecté, c'est qu'armé contre l'ennemi commun , il n'eût point marché contre ses compatriotes.

(2) Suffit-il qu'un sultan commande en vertu d'une loi , pour rendre son autorité légitime? non. Un usurpateur, par une loi expresse, peut se déclarer souverain ; dira-t-on vingt ans après que son usurpation est légitime. Une telle opinion est absurde. Nulle société , lors de son établissement , n'a remis ni pu remettre aux mains d'un homme le pouvoir de disposer à son gré des biens , de la vie et de la liberté des citoyens. Toute autorité arbitraire est une usurpation contre laquelle un peuple peut toujours revenir.

Lorsque les Romains voulaient énerver le courage d'un peuple, éteindre ses lumières, avilir son âme , le retenir dans la servitude , rftte faisnient-ils? ils lui donnaient un despote. C'est par ce moyen qu'ils s'asservirent les Spartiates et les Bretons. Or, toute constitu-

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voir que la force a droit de repousser. Une nation , quelque nom que porte son ennemi, peut toujours le combattre et le détruire.

Si l'objet des sciences de la morale et de la politique se réduit à la recherche des moyens de rendre les hommes heureux , il n'est donc point en ce genre de vérités dont la connaissance puisse être dangereuse.

Mais le bonheur des peuples fait-il celui des souverains ?

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