CHAPITRE IL
Différence entre V esprit et Vâme.
Il n'est point de mots parfaitement synonymes. Cette vérité, ignorée des uns, oubliée des autres, a fait souvent confondre l'esprit et l'âme. Mais quelle différence mettre entre eux, et qu'est-ce que l'âme? La regardet-on, d'après les anciens et les premiers Pères de l'Église, comme une matière extrêmement fine et déliée, et comme le feu électrique qui nous anime? Rappellerai-je ici tout ce qu'en ont pensé les divers peuples et les différentes sectes de philosophes? Us ne s'en formaient que des idées vagues, obscures et petites. Les seuls qui sur ce sujet s'exprimaient avec sublimité, étalent les Parsis. Prononçaient-ils une oraison funèbre sur la tombe de quelque grand homme, ils s'écriaient ;
« O terre ! 6 mère commune des humains ! reprends » du corps de ce héros ce qui t'appartient; que les par- » ties aqueuses renfermées dans ses veines s'exhalent » dans les airs; qu'elles retombent en pluie sur les » montagnes, enflent les ruisseaux, fertilisent les plaines, » et se roulent à l'abîme des mers d'où elles sont sor- » ties ! Que le feu concentré dans ce corps se rejoigne » à l'astre source de la lumière et du feu ! Que l'air » comprimé dans ses membres rompe sa prison ! Que » les vents les dispersent dans l'espace ! Et toi enfin , » souffle de vie, si, par impossible, tu es un être parti- » culier, réunis-toi à la substance inconnue qui t'a pro- » doit î ou si lu n'es qu'un mélange des élémens visi- » blés, après t'être dispersé dans l'univers, rassemble » de nouveau tes parties éparses, pour former encore » un citoyen aussi vertueux î »
Telles élaient les images nobles et les expressions sublimes qu'employait l'enthousiasme des Parsis , pour exprimer les idées qu'ils avaient de l'âme. La philosophie, moins hardie dans ses conjectures, n'ose décrire sa nature, ni résoudre cette question. Le philosophe marche, mais appuyé sur le bâton de l'expérience; il avance , mais toujours d'observations en observations ; il s'arrête où V observation lui manque. Ce qu'il sait , c'est que l'homme sent; c'est qu'il est en lui un principe de vie; et que , sans les ailes de la Théologie, on ne s'élève point jusqu'à la connaissance et à la nature de ce principe.
Tout ce qui dépend de l'observation est du ressort de la Métaphysique philosophique : au-delà tout appartient à la Théologie (î) ou à la Métaphysique scholastique.
(î) Quelques-uns doutent que la science de Dieu ou la Théologie soit une science. Toute science, disent-ils, suppose une suite d'observations : or , quelles observations faire sur un être invisible et
Mais pourquoi la raison humaine, éclairée par l'observation, n'a-t-elle pu, jusqu'à présent, donner une définition claire, ou, pour parler plus exactement, une description nette et détaillée du principe de la vie ? C'est que le principe échappe encore à l'observation la plus délicate : elle a plus de prise sur ce qu'on appelle Y esprit. On peut d'ailleurs examiner le principe, et penser sur ce sujet, sans avoir à redouter l'ignorance et le fanatisme des bigots. Je considérerai donc quelques-unes des différences remarquables entre l'esprit et l'âme.