SUR L INÉGALITÉ DES RICHESSES
Conclurions-nous donc autrement , si de tels désordres étaient sans vengeance , si les moyens de les prévenir nous avaient été refusés , si Tobligation de le faire était moins manifeste et moins expresse.
Violateurs de la loi de Dieu , ravisseurs du dépôt qui nous est confié , nous ne nous contentons pas de nous livrer à notre dureté , à notre cupidité , à notre avarice , nous voulons encore que Dieu soit Fauteur de ces excès ; et quand on nous fait voir qu'il ne peut Tétre , parce que cela détruirait sa perfection , aveuglés par ce qui devrait nous éclairer, encouragés par ce qui devrait nous confondre , enhardis peut-être par l'impunité de nos désordres , nous concluons que cet Etre-Suprême ne se mêle donc pas de la conduite de l'univers , et qu'il a abandonné le genre humain à ses caprices. Ah ! s'il était vrai , si les hommes ne dépendaient plus que d'eux-mêmes , s'il n'y avait pas des récompenses pour les bons et des châtiments pour le crime , si tout se bornait à la terre , quelle condition lamentable ! où serait la consolation du pauvre , qui voit ses enfants
dans les pleurs autour de lui , et ne peut suffire par un travail continuel à leurs besoins , ni fléchir la fortune inexorable ? Quelle main calmerait le cœur du riche , agité de remords et d'inquiétudes , confondu dans ses vains projets et dans ses espérances audacieuses ! Dans tous les états de la vie , s'il nous fallait attendre nos consolations des hommes , dont les meilleurs sont si changeants et si frivoles , si sujets à négliger leurs amis dans la calamité , 6 triste abandon ! Dieii clément ! Dieu vengeur des faibles ! je ne suis ni ce pauvre délaissé qui languit sans secours humain , ni ce riche que la possession même des richesses trouble et embarrasse ; né dans la médiocrité , dont les voies ne sont pas peut-être moins rudes , accablé d'afflictions dans la force de mon âge , 6 mon Dieu ! si vous n'étiez pas , ou si vous n'étiez pas pour moi; seule et délaissée dans ses maux, où mon ame espérerait-elle ? Serait-ce à la vie qui m'échappe et me mène vers le tombeau par les détresses ? Serait-ce à la mort , qui anéantirait , avec ma vie , tout mon être ? ]Ni la vie ni la mort ^ également à craindre,