‹ Œuvres compláetesChapitre 22 sur 45 · DE S ENTRES · texte numérisé non relu

DE S ENTRES

qu'on parlât de lui ; et si haut dans un autre sens , que les avantages les plus respectés ne pouvaient pas Féblouir. Ni Tâge , ni les dignités , ni la réputation , ni les richesses , ne lui imposaient : ces choses qui l'ont une impression si vive sur Tesprit des jeunes gens , ïi'assujétissaient pas le sien. It était naturellement et sans eiOfort au niveau d'elles.

Qui pourrait expliquer le caractère de son ambition, qui était tout à la fois si modeste et si fiére ? Qui pourrait définir son amour pour le bien du monde? Qui aurait Fart de le peindre au milieu des plaisirs ? 11 était né ardent; son imagination le portait toujours au-delà des amusements de son âge , et n'était jamais satisfaite ; tantôt an remarquait en lui quelque chose de dégagé et comme au-dessus du plaisir , dans les chaînes du plaisir même : tantôt il semblait qu'épuisé , desséché par son propre feu, son ame abattue languissait de cette langueur passionnée qui consume un esprit trop vif; et ceux qui conibndent les traits et la ressemblance des choses , le trouvaient alors indolent. Mais au lieu que les autres hommes paraissent au-

dessous des choses qu'ils négligent , lui paraissait au-dessus ; il méprisait les affaires que Ton appréhende. Sa paresse n'avait rien de faible ni de lent ; on y aurait remarqué plutôt quelque chose de vif et de fier. Du reste , il avait un instinct secret et admirable pour juger sainement des choses , et saisir le vrai dans Finslant. On aurait dit que , dans toutes ses vues , il ne passait jamais par les degrés et par les conséquences qui amusent le reste des hommes , mais que la vérité , sans cette gradation , se faisait sentir toute entière , et d'une manière immédiate , à son cœur et à son esprit ; de sorte que la justesse de ce sentiment, dans laquelle il s'arrêtait, le faisait quelquefois paraître trop froid pour le raisonnement, où il ne trouvait pas toujours l'évidence de son instinct. Mais cela , bien loin de marquer quelque défaut de raison , prouvait sa sagacité. Il ne pouvait s'assujétir à expliquer par des paroles et par des retours fatigants ce qu'il concevait d'un coup d'œil. Enfm , pour finir ce discours par les qualités de son cœur , il était vrai , généreux . pitoyable , et ci»pable

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de Ja plus sûre et de la plus tendre amitié , d'un si beau naturel d'ailleurs qu'il n'avait jamais rien à cacher à personne, ne connaissant aucune de ces petitesses (haines, jalousies, vanités ) que Ton dérobe au monde avec tant de mystère , et qu'on verse au sein d'un ami avec tant de soulagement. Insensible au plaisir de parler de soi-même , qui est le nœud des amitiés faibles , élevé , confiant , ingénu, propre à détromper les gens vains , chargés du secret accablant de leurs faiblesses , en leur faisant sentir le prix d'une naïveté modeste ; en un mot , né pour la vertu et pour faire aimer sur la terre cette haute modération qu'on n'a pas encore définie , qui n'est ni paresse , ni flegme , ni médiocrité de génie, ni froideur de tempérament , ni effort de raisonnement , mais un instinct supérieur aux chimères qui tiennent le monde enchanté! on ne verra jamais dans le même sujet tant de qualités réunies. Oh! que cette idée est cruelle, après une mort si soudaine! Ah! du moins , s'il avait connu toute mon amitié pour lui ! si je pouvais encore lui parler uu moment ! s'il pouvait voir couler ces larmes!. ,

Mais il nV^niendra plus ma voix. La mort a iermé son oreille, ses yeux ne s ouvriront plus : il n'est plus. O triste parole î Malheureux jeune homme, quel bras t'a précipité au tombeau , du sein enchanteur des plaisirs ? Tu croissais au milieu des fleurs et des songes de l'espérance ; tu croissais... O funeste guerre ' ! 6 cHmat redoutable ^ ' ô rigoureux hiver M 6 terre qui contiens la cendre de tes conquérants étonnés ! Tombeaux , monuments effroyables des faveurs perfides du sort! voyage fatal! murs sanglants ! Tu ne sortiras pas du champ de la victoire S glorieuse victime; la mort la

' ^'' S^'^^^'^^ de 1741. entreprise pour la succession de Pempereiir Charles vi , contre Faichidiichesse Marie-Thérèse sa fille aînée. F.

^ Il y a plus de six degrés de différence entre le climat de Prague et celui d'Avignon oh le jeiine Caumont était né. F.

' Le froid de l'hiver de ,;4i à 174. fut le plus grand qui eut été éprouvé depuis 1709 Ou en trouvera la description dans les mémoires de i Académie des Sciences pour 1742. F.

IVagne avait elé prise d'assaiil le 36 no-

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