‹ Œuvres compláetesChapitre 23 sur 45 · DE SE\TRES · texte numérisé non relu

DE SE\TRES

traîné dans un piège affreux ; tu respires un air infecté ; l'ombre du trépas t'environne. Pleure, malheureuse patrie , pleure sur tes tristes trophées. Tu couvres toute l'Allemagne de tes intrépides soldats , et tu t'applaudis de ta gloire. Pleure , dis-je , verse des larmes ! pousse de lamentables cris ! à grande peine quelques débris d'une armée si florissante re verront tes champs fortunés. Avec quels périls ! j'en frémis. Ils fuient '. La faim , le désordre marchent sur leurs traces furtives ; la nuit enveloppe leurs pas , et la mort les suit en silence. Vous dites : Est-Ce là cette armée qui semait l'effroi devant elle ? Yous voyez ; la fortune change : elle craint à son V tour ; elle presse sa fuite à travers les bois

vembre 1741, parle duc de Bavière, à la tête d'une partie des troupes françaises et bavaroiseset c'est à Prague que mourut Hippolyte. F,

' La nuit du 16 au 17 décembre 174^? le maréchal de Belle-Isle sortit de Prague avec l'armée française, et se rendit à Égra le 26. Le 2 janvier 17^3, la garnison française qu'il avait laissée dans Prague en sortit après une capitulation honorable. B.

et les neiges. Elle marche sans s'arrêter. Les maladies , la faim , la fatigue excessive accablent nos jeunes soldats. Misérables ! on les voit étendus sur la neige , inhumainement délaissés. Des feux allumés sur la glace éclairent leurs derniers moments. La terre est leur Ht redoutable.

O chère patrie ! quoi ! mes yeux te revoient après tant d'horreurs ! En quel temps , en quelle détresse , en quel déplorable appareil ! O trisle retour! 6 revers! fortuné Lorrain * , nos disgrâces ont passé ta cruelle attente : la mort a servi ta colère. Les tora-

' François-Etienne , fils aîné du duc Lt'opold et d'Elisabcth-Charlotte d'Orléans, né le 8 décembre 1708, fut reconnu duc de Lorraine après la mort de son père j le 27 mars l'j'^g. Il était alors h Vienne, d'où il arriva en Lorraine le 9 novembre de la même année. L'an 1786 , le 12 février, il épousa, h Vienne, Marie-Thérèse, archiduchesse , lllle aînée de rempereui' Charles vi, et, le i3 décembre suivant, il ratifia les conventions de l'empereur et du roi de France , portant que Stanislas Leczinski , beau-père de Louis XV, serait mis dès lors en possession des duchés de Bar et de Lorraine , pour ^trr ,

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beaux regorgent de sang. N'en sois pas plus . fier ! la fortune n'a pas mis à tes pieds nos drapeaux victorieux ; Tunivers les a vus sur tes murs ébranlés triompher de ta folle rage. Tu n'as pas vaincu ; tu t'abuses. Une main plus puissante a détruit nos armées. Ecoute la voix qui te crie : Je t'ai chassé du trône et du lit impérial , oii tu te flattais de t'asseoir. J'élève et je brise les sceptres ; j'assemble et détruis les nations ; je donne à mon gré la victoire , le trépas , le trône et les fers. Mortel , tout est né sous ma loi. O Dieu ! vous l'avez fait paraître. Yous avez dissipé nos armées innombrables , vous

après lui, réunis h la couronne de France. Après la mort de l'Empereur, en 174^ i il fut déclare' co-régent de tous les Etats autrichiens; l'archiduchesse son épouse s'était fait couronner reine de Hongrie le 25 juin de cette même année. Mais Charles-Albert, duc de Bavière , avait été reconnu roi de Bohême le 19 décembre, et il fut élu empereur le 24 janvier 1742. Ce ne fut que le 11 mai 1743, que la reine de Hongrie fut couronnée h. Prague reine de Bohême , et son mari ne devint empereur qu'après la mort du duc de Bavière, B.

avez moissonné Fespoir de nos maisons.

Hélas ! de quels coups vous frappez les têtes les plus innocentes ! Aimable Hippoljte , aucun vice n'infectait encore ta jeunesse. Tes années croissaient sans reproche , et Taurore de ta vertu jetait un éclat ravissant. La candeur et la vérité régnaient dans tes sages discours avec l'enjouement et les grâces. La tristesse déconcertée s'enfuyait au son de ta voix ; les désirs inquiets s'apaisaient. Modéré jusque dans la guerre, ton esprit ne perdait jamais sa douceur et son agrément. Tu le sais , province éloignée , Moravie , théâtre funeste de nos marches laborieuses , tu sais avec quelle patience il portait ces courses mortelles. Son visage toujours serein effaçait l'éclat de tes neiges , et réjouissait tes cabanes. Oh! puissions -nous toujours sous tes rustiques toits L... Mais le repos succède à nos longues fatigues. Prague nous reçoit. Ses remparts semblent assurer notre vie comme notre tranquillité. O cher Hippoljte ! la mort t'avait préparé cette embûche. A l'instant elle se déclare , tu péris , la fleur de tes jours sèche comme l'herbe des champs ;

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. je veux te parler , je rencontre tes regards mourants qui me troublent. Je bégaie , et force ma langue. Tu ne m'entends plus ; une voix plus puissante et plus importune parle à ton oreille effrayée. Le temps presse, îa mort t'appelle , la mort te demande et t'attire. Hâte-toi , dit-elle , hâte-toi ; ta jeunesse m'irrite et ta beauté me blesse ; ne fais point de vœux inutiles : je me ris des larmes des faibles , et j'ai soif du sang innocent : tombe, passe , exhale ta vie. — Quoi , sitôt! Quoi , dans ses beaux jours et dans la primeur de son âge ! Dieu vivant , vous le livrez donc à l'affreuse main qui l'opprime. Yous le délaissez sans pitié. Tant de dons et tant d'agréments qui environnaient sa jeunesse, ce mortel abandon... O voile fatal! Dieu terrible ! véritablement tu te plais dans un redoutable secret. Qui l'eût cru , mon cher Hippolyte , qui l'eût cru? Le ciel semblait prendre un soin paternel de tes jours ; et soudain le ciel te condamne , et tu meurs sans qu'aucun effort te puisse arrêter dans ta chute. Tu meurs.... O rigueur lamentable ! Hippolyte ... Cher Hippolyte , est-ce toi

que je vois dans ces tristes débris !... Restes mutilés de la morl, quel spectacle affreux vous m'offrez ! .. . Où fuirai-je ? Je vois partout des lambeaux flétris et sanglants, un tombeau qui marche âmes yeux , des flambeaux et des funérailles. Gesse de m'effrayer de ces noires images , chère ombre , je n'ai pas trahi la foi que je dois à la cendre. Je t'aimais vivant , je te pleui'c au tombeau. Ta vie comblait mes vœux , et ta perte m'accable. Mon deuil et mes regrets peuvent-ils avoir des limites , lorsque ton malheur n'en a point? Va, je porte au fond de mon cœur une loi plus juste et plus tendre. Ta vertu méritait un attachement éternel ; je lui dois d'éternelles larmes, et j'en verserai des torrents.

Homme insuffisant à toi-même , créature vide et inquiète , tu t'attaches , tu te détaches , tu t'affliges , tu te consoles ; ta faiblesse partout éclate. Mais connais du moins ce principe : qui s'est consolé , n'aime plus ; et qui n'aime plus , tu le sais , est léger , ingrat , infidèle , et d'une imagination faible , qui périt avec son objet. On dit : dans la mort, nul remède. Conclus -.nulle conso-

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lation à qui aime au-delà de la mort. Suppose un moment en toi-même : ce que j'ai de plus cher au monde est dans un péril imminent. Une longue absence le cache. Je ne puis ni le secourir, ni le joindre ; et je me console , et je m'abandonne au plaisir avec une barbare ardeur ! Faible image ! vaine expression î nul péril n'égale la mort , nulle absence ne la figure. O cœurs durs î vous ne sentez pas la force de ces vérités. Les charmes d'une amitié pure ne vous touchent que faiblement. Yous n'aimez, vous ne regardez que les choses qui ont de l'éclat. Pourquoi donc , mon cher Hippolyte , n'admiraient-ils pas ta vertu dans un âge encore si tendre ! Que peuvent-ils voir de plus rare ? Ils veulent des actions brillantes qui puissent forcer leur estime ; et n'avais-tu pas le génie qui enfante ces nobles actions? Mon enfant , ta grande jeunesse leur cachait des dons si précoces. Leurs sens n'allaient pas jusqu'à toi. La raison et le cœur de la plupart des hommes se forment tard. Ils ne peuvent , parmi les grâces d'une si riante jeunesse, admettre un sérieux si profond.

Ils croient cet accord impossible. Ainsi ils ne t'ont point rendu justice ; ils ne peuvent plus te la rendre. Moi-même , pardonne » ombre aimable , tes vertus et tes agréments peut-être ne m'ont pas trouvé toujours équitable et sensible. Pardonne un excès d'amitié qui mêlait à mes sentiments des délicatesses injustes. Oh! comme elles se sont promptement dissipées ! Quand la mort a levé le voile qu'elles avoient mis sur mes yeux , je t'ai vu tel que ma tendresse voulait que tu lïisses dans ta vie. Mais pardonne encore une fois ; car tu n'as jamais pu douter du fond de mon attachement. Je t'aimais même avant de pouvoir te connaître. Je n'ai jamais aimé que toi. Tes inclinations généreuses étaient chères à mon enfance; avant de l'avoir jamais vu, mon imagination séduite m'en faisait l'aimable peinture. Cent fois elle m'a présenté les grâces de ton caractère , ta beauté , ta pudeur , ta facile bonté. J'ignorais ton nom et ta vie , et mon cœur t'admirait , te parlait, te voyait , te cherchait dans la solitude. Tu ne m'as connu qu'un moment; et lorsque nous nous sommes connus , j'avais rendu

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mille fois en secret un hommage mystérieux à tes vertus. Hélas ! un bonheur plus réel paraissait avoir pris la place de Terreur de mes premiers vœux. Je croyais posséder Tobjet d'une si touchante illusion , et je l'ai perdu pour toujours.

Qu'êtes-vous devenue , ombre digne des cieux ? mes regrets vont-ils jusqu'à vous?... Je frissonne.... O profond abîme! ô douleur ! 6 mort ! ô tombeau î voile obscur , nuit impénétrable , mystères de l'éternité ! Qui pourra calmer l'inquiétude et la crainte qui me dévorent ? Qui me révélera les conseils de la mort ? 0 terre , crains-tu de violer le secret affreux de tes antres ? Tu te tais , tu prêtes l'oreille ; tu caches ton sanglant larcin ; chaque instant augmente ma peine ; mon trouble interroge la nuit , et la nuit ne peut l'éclaircir ; j'implore les cieux , ils se taisent. Les enfers sont sourds à ma voix : toute la nature est muette : l'univers effrayé repose.

Ouvrez - vous , tombeaux redoutables !

jMânes soHtaires , parlez , parlez. Quel silence indomptable ! O triste abandon ! 6 ter-

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reur! Quelle main lient donc sous son joug toute la nature interdite ? O Etre éternel et caché , daigne dissiper les alarmes où mon ame infirme est plongée. Le secret de tes jugements glace mes timides esprits. Yoilé dans le fond de ton être , tu fais les destins et les temps , et la vie et la mort , et la crainte et la joie , et l'espoir trompeur et crédule. Tu règnes sur les éléments et sur les enfers révoltés ; Fair frappé frémit à ta voix : redoutable juge des morts, prends pitié de mon désespoir.

MEDITATION

SUR LA FOI

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