C)Ô T K A 1 T JÉ
son être n'est-ce pas l'œuvre de Dieu ? Dieu suspend , direz-vous , ses lois pour laisser agir son ouvrage : mauvaise raison : l'homme n^a rien en lui-même dont il n'ait reçu le principe et le germe en sa naissance. L'action n'est qu'un effet de l'être : l'être ne nous est point propre ; l'action le serait-elle? Dieu suspendant ses lois , l'homme est anéanti ; toute action est morte en lui. D'où tireraitil la force el la puissance d'agir , s'il perdait ce qu'il a reçu ? un être ne peut agir que par ce qui est en lui. L'homme n'a rien en luimême que le Créateur n'y ait mis : donc l'homme ne peut agir que par les lois de son Dieu. Gomment changerait-il ces lois , lui qui ne subsiste qu'en elles , et qui ne peut rien que par elles? Faites en sorte qu'une pendule se meuve par d'autres lois que par celles de l'ouvrier , ou de celui qui la touche. La pendule n'a d'action que celle qu'on lui imprime ; 6tez-en ce qu'on y a mis , ce n'est plus qu'une machine sans force et sans mouvement. Cette comparaison est juste pour tout ce qui est créé ; mais il y a cette difféji'ençp entre les ouvra^cs des hommes et le$
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ouvrages de Dieu , que les productions des hommes ne reçoivent d'eux qu'un mode, une forme périssable, et peuvent être dérangées, détruites ou conservées par d'autres hommes; mais les ouvrages de Dieu ne dépendent que de lui, parce qu'il est l'auteur de tout ce qui existe , non-seulement pour la forme , mais aussi pour la matière. Rien n'ayant reçu l'existence que de ses puissantes mains , il ne peut y avoir d'action dont il ne soit le principe. Tous les êtres de la nature n'agissent les uns sur les autres que selon ses lois éternelles ; et nier leur dépendance , c'est nier leur création ; car il n'y a que l'être incréé qui puisse être indépendant. Cependant l'homme le serait dans plusieurs actions de sa vie , si sa volonté n'était pas dépendante de ses idées ; supposition très-absurde et très-impie à la fois. Je ne veux pas vous surprendre ; méditez bien là-dessus. Faire cesser l'influence des lois de la création sur la volonté de rhomme , rompre la chaîne invisible qui lie toutes ses actions , n'est-ce pas l'affranchir de Dieu ? Si vous faites la volonté tout-à-fait indépendante, elle n'est plus soumise à Dieu ;
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si elle est toujours soumise à Dieu , elle est toujours dépendante; rien n'est si certain que cela. Gomment concevoir cependant que la créature se meuve en quelque instant que ce soit par une impression différente de celle du Créateur? J'ai prouvé plus clair que le joiu' combien cela était impossible. Eh ! pourquoi se révolter contre notre dépendance ? c'est par elle que nous sommes sous la main du Créateur ; que nous sommes protégés , encouragés , secourus ; que nous tenons à l'infini , et que nous pouvons nous promettre une sorte de perfection dans le sein de l'être parfait : et d'ailleurs cette dépendance n'éteint point la liberté qui nous est si précieuse. Je vous ai promis d'accorder ce qui paraît incompatible ; suivez-moi donc bien, je vous prie. Qu'entendez-vous par liberté ? n'estce pas de pouvoir agir selon votre volonté ? comprenez- vous autre chose , prétendez-vous jrien de plus ? Non , vous voilà satisfait : eh bien , je le suis aussi. Mais sondez-vous un moment , voyez s'il est impossible que la volonté de l'homme soit conforme quelquefois à celle du Créateur. Assurément cela est très-
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possible , vous ne le nierez pas : cependant dans celte occasion Thomme fait ce que Dieu veut , il agit par la volonté de celui qui Va mis au monde , Ton n'en peut disconvenir ; mais cela ne l'empêche point aussi d'agir de plein gré. N'est-ce pas là toutefois ce qu'on appelle être libre? manque-t-on de liberté lorsque l'on fait ce que l'on veut ? Yous voyez donc clairement que la volonté n'est point indépendante de Dieu , et que la nécessité ne suppose pas toujours dépendance involontaire ; nous suivons les lois éternelles en suivant nos propres désirs ; mais nous les suivons sans contrainte , et voilà notre liberté. Subtilité, direz-vous ; ce n'est point agir de soi-même que d'agir par une impression et des lois étrangères. Mais vous raisonnez là sur un principe faux ; l'impression et les lois de Dieu ne nous sont point étrangères, elles constituent notre essence, et nous n'existons qu'en elles. Ne dites- vous pas : mon corps , ma vie , ma santé , mon ame ; pourquoi ne diriez-vous pas : ma volonté , mon action ? Croyez-vous votre ame étrangère, parce qu'elle vient de Dieu et qu'elle
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n'existe qu'en lui? Yotre volonté , votre action sont des productions de votre ame ; elles sont donc votresaussi.
Mais, en ce cas-là , direz- vous , la liberté n'est qu'un nom , les hommes se croyaient libres en suivant leur volonté ; c'était une erreur manifeste. Yous vous égarez encore, les hommes ont eu raison de distinguer deux états extrêmement opposés ; ils ont nommé liberté la puissance d'agir par les lois de leur être , et nécessité la violence que souffrent ces mêmes lois. C'est toujours Dieu qui agit dans toutes ces circonstances ; mais quand il nous meut malgré nous, cela s'appelle contrainte ; et quand il nous conduit par nos propres désirs , cela se nomme liberté. Il fallait bien deux noms divers pour désigner deux actions différentes ; car , encore que le principe soit le même , le sentiment ne l'est pas. Mais, au fond, aucun homme sage n'a jamais pu ni du étendre ce terme de liberté jusques à l'indépendance : cela choque trop la raison , l'expérience et la piété. Ce qui fait pourtant illusion aux partisans du libre arbitre, c'est le sentiment intérie\ir qu'ils eu
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trouvent dans leur conscience ; car ce sentiment n'est pas faux. Que ce soit notre raison ou nos passions qui nous meuvent, c'est nous qui nous déterminons ; il y aurait de la folie à distinguer ses pensées ou ses sentiments de soi. Je puis me mettre au régime pour rétablir ma santé , pour mortifier mes sens ou pour quelque autre motif : c'est toujours moi qui agis , je ne fais que ce que je veux ; je suis donc libre , je le sens , et mon sentiment est fidèle. Mais cela n'empêcbe pas que mes volontés ne tiennent aux idées qui les précèdent ; leur cbaîne et leur liberté sont également sensibles ; car je sais , par expé- • rience , que je fais ce que je veux ; mais la même expérience m'enseigne que je ne veux que ce que mes sentiments ou mes pensées m'ont dicté. Nulle volonté dans les hommes qui ne doive sa direction à leurs tempéraments , à leurs raisonnements et à leurs sentiments actuels.
Sur cela, l'on oppose encore l'exemple des
malheureux qui se perdent dans le crime ,
contre toutes leurs lumières. La vérité luit
sur eux , le vrai bien est devant leurs yeux :
cependant ils s'en écartent ; ils se creusent un abîme , ils s'y plongent sans frayeur ; ils préfèrent une joie courte à des peines infinies. Donc ce n'est ni leur connaissance , ni le goût naturel de la félicité qui déterminent leur cœur ; donc c'est leur volonté seule qui les pousse à ces excès. Mais ce raisonnement est faible ; les contradictions apparentes qui lui servent comme d'appui , sont faciles à lever. Un libertin qui connaît le vrai bien , qui le veut et qui s'en écarte , n'y renonce nullement. Il se fonde sur sa jeunesse , sur la bonté divine ou sur la pénitence ; il perd de vue son objet naturel ; l'idée en est dans sa mémoire , mais il ne la rappelle pas ; elle ne paraît qu'à demi ; elle est éclipsée dans la foule ; des sentiments plus vifs l'écartent, la dérobent , l'exténuent ; ces sentiments impérieux remplissent la capacité de son esprit corrompu. Prenez cependant le même homme au milieu de ses plaisirs ; présentezlui la mort prête à le saisir , qu'il n'ait plus qu'un seul jour à vivre , que le feu vengeur des crimes s'allume à ses yeux impurs etbriile tout autour de lui ; s'il lui reste un rayon de
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foi , s'il espère encore en Dieu , si la peur n'a pas troublé son ame lâche et coupable , croyez-vous qu'il hésite alors à fléchir son juge irrité , et à se couvrir de poussière devant la majesté de Dieu qui va le juger?
Tout ce qu'on peut dire à cela , c'est que le bien le plus grand ne nous remue pas toujours , mais celui qui se fait sentir avec plus de vivacité. L'illusion est de confondre des souvenirs languissants avec des idées trèsvives , ou des notions qui reposent dans le sein de la mémoire avec des idées présentes et des sentiments actuels. Il est certain cependant que des idées absentes ou des idées affaiblies ne peuvent guère plus sur nous que celles qu'on n'a jamais eues.
Ce sont donc nos idées actuelles qui font naître le sentiment, le sentiment la volonté , et la volonté l'action . Nous avons très^souven t des idées fort contraires et des sentiments opposés. Tout est présent à l'esprit , tout s'y peint persque à la fois , du moins les objets s'y succèdent avec beaucoup de vitesse et forment des désirs en foule: ces désirs sont combattus ; nul n'est proprement volonté ,
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car la volonté décide ; c'est incertitude , anxiété. Mais les idées les plus sensibles, les plus entières, lesplus vives, l'emportent enfin sur les autres ; le désir qui prend le dessus , change en même temps de nom et détermine notre action.
Les philosophes nous assurent que le bien et le mal sont les deux grands principes de toutes les actions humaines. Le bien produit l'amour , le désir et la joie ; le mal est suivi de tristesse , de crainte, de haine, d'horreur. Les idées de Pun et de l'autre en font naître le sentnnent. Quelques uns pensent que le mal agit plus sur nous ; que le bien ne nous détermine point d'une manière immédiate , mais par l'inquiétude ou malaise qui fait le fond des désirs. Tout cela n'est pas essentiel : que ce soit par ce ^malaise qu'un bien imparfait laisse en nous , que le cœur se détermine , ou que le bien et le mal nous meuvent également d'une manière immédiate , il demeure inébranlable, dans l'une et l'autre hypothèse , que nos passions et nos idées actuelles sont le principe universel de toutes nos volontés. Je crois l'avoir démontré d'une
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manière évidente ; mais comme les exemples sont bien plus palpables que les meilleures raisons , je veux en donner encore un. Vous y pourrez suivre à loisir tous les mouvements de l'esprit.
Représentez-vous donc un homme d'une santé languissante et d'un esprit corrompu ; placez-le auprès d'une femme aussi corrompue que lui : l'indécence de cet exemple doit le rendre encore plus sensible ; d'ailleurs il a ses modèles dans toutes les conditions. J'unis par les nœuds les plus forts , des cœurs unis par leurs penchants. Mais je suppose que cet homme est exténué de débauches ; ses lâches habitudes ont détruit sa santé : cependant il n'est pas auprès de sa maîtresse pour les renouveler toujours ; il n'est venu que pour la voir ; sa pensée n'ose aller plus loin , parce qu'il souffre et qu'il languit. Yoilà une résolution prise sur sa langueur présente et le souvenir du passé. Remarquez que sa volonté ne se fc^'me pas d'elle-même ; cela est essentiel. Cette volonté néanmoins ne doit pas trop nous arrêter. Tout est vicieux au sein du vice ; la sagesse d'un homme faible est
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aussi fragile que lui ; l'occasion en est le tombeau. Voici donc déjà l'habitude qui combat les sages conseils. L'habitude est toujours puissante , même sur un corps languissant. Pour peu que les esprits soient mus , leurs profondes traces se rouvrent , et leur donnent un cours plus facile. Près de l'objet de son amour , l'homme que je viens de vous peindre , éprouve ce fatal pouvoir ; son sang circule avec vitesse , sa faiblesse même s'anime , ses.craintes et ses réflexions disparaissent comme des ombres. Pourrait-il songer à la mort lorsqu'il sent renaître sa vie , et prévoir la douleur lorsqu'il est enivré de plaisir? Sa force et son feu se rallument. Ce n'est pas qu'il ait oublié sa première résolution ; peut-être est-elle encore présente. Mais , comme un souvenir fâcheux qui chancelle et s'évanouit , des désirs plus doux la combattent ; l'objet de ses terreurs est loin, le plaisir est proche et certain ; il y touche en mille manières par les sens ou par la pensée ; le parfum d'une fleur que l'on vient de cueillir ne pénètre pas aussi vite que les im^ pressions du plaisir ; le goût des mets les plu.^.
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rares n'entre pas si avant dans un homme affamé , ni celui d'un vin délicieux dans la pensée d'un ivrogne. Cependant l'expérience mêle encore quelque inquiétude à ces sentiments flatteurs ; de secrets retours les balancent ; des volontés commencées tombent et meurent aussitôt ; la proximité du plaisir et la prévoyance des peines opposent entre eux ces désirs , les éteignent et les raniment : faites attention à cela. Mais enfin qu'est-ce que la vie , lorsqu'elle est abîmée dans la vue de la mort , dans une tristesse sauvage, sans plaisir et sans liberté ? quelle folie de quitter le présent pour l'avenir , le certain pour l'incertain ! Les ^oluptés les plus molles trouvent leur contre-poison ; le régime , les remèdes réparent bientôt les forces. Ce n'est point un mal sans ressource que de céder à l'occasion. Une seule faiblesse est-elle sans retour ? Dorénavant l'on peut fuir le danger ; mais
on a tant fait de chemin Là-dessus vient
un regard qui donne d'autres pensées ; la ^:rainte et la raison se cachent , le charme présent les dissipe , et la volonté dominante se consomme dans le plaisir.
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Mais si cet homme , direz-vous , voulait retenir ses idées , sa première résolution ne s'effacerait pas ainsi. S'il le voulait bien, d'accord ; mais je l'ai déjà dit , et je le répète encore , cet homme ne peut le vouloir , que ses réflexions n'aient la force de créer cette volonté. Or , ses sensations plus puissantes exténuent ses réflexions , et ses réflexions exténuées produisent des désirs si faibles , qu'ils cèdent sans résistance à l'impression des sens.
Sentez donc dans ces exemples la vérité des principes que j'ai établis, faites-en l'application. Le voluptueux de sang- froid connaît et veut son vrai bien , qui est la vie et la santé ; près de l'objet de sa passion , il en perd le goût et l'idée ; conséquemment il s'en éloigne , il court après un bien trompeur. Lorsque la raison s'offre à lui , son affection se tourne vers elle ; lorsqu'elle fait place au mensonge , ou que captivée par l'objet présent , son affection change aussi , sa volonté suit ses idées ou ses sentiments actuels : rien n'est si simple que cela.
La raison cl les passions , les vices et la
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vertu dominent ainsi tour à tour selon leur degré de force et selon nos habitudes ; selon notre tempérament , nos principes , nos mœurs ; selon les occasions, les pensées, les objets qui sont sous les yeux de l'esprit. Jésus-Christ a marqué cette disposition et cette faiblesse des hommes en leur apprenant la prière. Craignez , dit-il, les tentations ; priez Dieu qu'il vous en éloigne , et qu'il vous détourne du mal. Mais les hommes , peu capables de replier leur esprit , prennent ce pouvoir qui est en eux d'être mus indifféremment vers toute sorte d'objets par leur volonté toute seule, pour une indépendance totale. Il est bien vrai que leur cœur est maniable en tout sens; mais leurs désirs orgueilleux dépendent de leurs pensées , et leurs pensées de Dieu seul. C'est donc dans cette puissance de nous mouvoir de nous-mêmes, selon les lois de notre être , que consiste la liberté : cependant ces lois dépendent des lois de la création , car elles sont éternelles , et Dieu seul peut les changer par les effets de sa grâce.
Vous pourrez, si vous le voulez, user d'une
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distinction , n'appeler point liberté les mouvements des passions nés d'une action étrangère , quoiqu'elle soit invisible ; vous ne donnerez ce nom qu'aux seules dispositions qui soumettent nos démarches aux règles de la raison : toutefois ne sortez point d'un principe irréfutable ; reconnaissez toujours que la même raison , la sagesse et la vertu ne sont que des dépendances du principe de notre être , ou des impulsions nouvelles de Dieu qui donne la vie et le mouvement à tout.
Maife , afin de retenir ces vérités importantes , permettez que je les place sous le même point de vue. Nous avons mis d'abord toute la liberté à pouvoir agir de nous-mêmes et de notre propre gré ; nous avons reconnu cette puissance en nous , quoiqu'elle y soit limitée par les objets extérieurs ; nous n'admettons point cependant de volontés indépendantes des lois de la création , parce que cela serait impie et contraire à l'expérience, à la raison , à la foi. Mais cette dépendance nécessaire ne détruit point la liberté ; elle nous est même extrêmement utile. Que serait-ce qu'une volonté sans guide, sans règle,
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sans cause? Il est heureux pour nous qu'elle soit dirigée ou par nos sentiments ou par notre raison ; car nos sentiments , nos idées ne diffèrent point de nous-mêmes , et nous sommes vraiment libres , lorsque les objets extérieurs ne nous meuvent point malgré nous.
La volonté rappelle ou suspend nos idées; nos idées forment ou varient les lois de la volonté ; les lois de la volonté sont par là des dépendances des lois de la création : mais les lois de la création ne nous sont point étrangères ; elles constituent notre être, elles forment notre essence, elles sont entièrement nôtres , et nous pouvons dire hardiment que nous agissons par nous-mêmes, quand nous* n'agissons que par elles.
La violence que iios désirs souffrent des objets du dehors est entièrement distincte de la nécessité de nos actions. Une action involontaire n'est point libre ; mais une action nécessaire peut être volontaire , et libre par conséquent. Ainsi la nécessité n'exclut point la liberté ; la religion les admet l'une et l'autre : la foi , la raison, l'expérience s'ac-
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cordent à cette opinion ; c'est par elle que Ton concilie rÈcriture avec elle-même et avec nos propres lumières : qui pourrait la rejeter ?
Connaissons donc ici notre sujétion profonde. Que Terreurjla superstition se fondent à la lumière présente à nos yeux ; que leurs ombres soient dissipées , qu'elles tombent , qu'elles s'effacent aux rayons de la vérité , comme des fantômes trompeurs. Adorons la hauteur de Dieu , qui règne dans tous les esprits comme il règne sur tous les corps ; déchirons le voile funeste qui cache à nos faibles regards la chaîne éternelle du monde et la gloire du Créateur. Quel spectacle admirable que ce concert éternel de tant d'ouvrages immenses , et tous assujétis à des lois immuables ! O majesté invisible ! votre puissance infinie les a tirés du néant , et l'univers entier dans vos mains formidables est comme un fragile roseau. L'orgueil indocile de l'homme oserait-il murmurer de sa subordination ? Dieu seul pouvait être parfait ; il fallait donc qu'il soumît rhomme à cet ordre inévitable , comme les autres créatures : en
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sorte que l'homme pût leur communiquer son action et recevoir aussi la leur. Ainsi les objets extérieurs forment des idées dans l'esprit, ces idées des sentiments, ces sentiments des volontés, ces volontés des actions en nous et hors de nous. Une dépendance si noble dans toutes les parties de ce vaste univers doit conxluire nos réflexions à l'unité de son principe; cette subordination fait la solide grandeur des êtres subordonnés. L'excellence de l'homme est dans sa dépendance ; sa sujétion nous étale deux images merveilleuses, la puissance infinie de Dieu , et la dignité de notre ame : la puissance de Dieu, qui comprend toutes choses , et la dignité de notre ame , émanée d'un si grand principe , vivante , agissante en lui , et participante ainsi de l'infinité de son être par une si belle union.
L'homme indépendant serait un objet de mépris ; toute gloire , toute ressource cessent aussitôt pour lui ; la faiblesse et la misère sont son unique partage ; le sentiment de son imperfection fait son supplice éternel: mais le même sentiment , quand on admet 1. ay
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sa dépendance , fait sa plus douce espérance ; il lui découvre d'abord le néant des bien finis, et le ramène à son principe , qui veut le rejoindre à lui , et qui peut seul assouvir ses désirs dans la possession de luimême.
Cependant comme nos esprits se font sans cesse illusion , la main qui forma Funivers est toujours étendue sur Tbomme ; Dieu détourne loin de nous les impressions passagères de l'exemple et du plaisir ; sa grâce victorieuse sauve ses élus sans combat , et Dieu met dans tous les hommes des sentiments très-capables de les ramener au bien et à la vérité , si des habitudes plus fortes ou des sensations plus vives ne les retenaient dans l'erreur. Mais comme il est ordinaire qu'une grâce suffisante pour les âmes modérées cède à l'impétuosité d'un génie vif et sensible , nous devons attendre en tremblant les secrets jugements de Dieu , courber notre esprit sous la foi , et nous écrier avec saint Paul : O profondeur éternelle , qui peut sonder tes abîmes ! qui peut expliquer pourquoi le péché du premier homme s'est étendu
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sur sa race ! pourquoi des peuples entiers qui n'ont point connu la vie sont réservés à la mort ! pourquoi tous les humains , pouvant être sauvés , sont tous exposés à périr î