A QUELQUES OBJECTIONS. 3 U
animaux ; c'est lui qui crée en nous un esprit si fini et un cœur si dépravé , que , s'il a mis dans notre esprit le principe des erreurs , et dans notre cœur le principe des vices , comme on ne peut le nier, pourquoi répugnerait-il de le faire auteur de nos fautes et de toutes nos actions? Nos actions ne tirent leur être , leur mérite ou leur démérite, que du principe qui les a produites : or, si nous reconnaissons que Dieu a fait le principe qui est mauvais , pourquoi refuser de croire qu'il est Fauteur des actions , qui n'en sont que les effets ? N'y a-t-il pas contradiction dans ce bizarre refus?
Il ne sert de rien de répondre que Dieu met en nous la raison pour contenir ce principe vicieux , et que nous nous perdons par le mauvais usage que nous faisons de notre volonté. Notre volonté n'est corrompue que par ce mauvais principe , et ce mauvais principe vient de Dieu ; car il est manifeste que le Créateur a donné aux créatures leur degré d'imperfection. Il n'eut pu les former par- . faites , vu qu'il ne peut y avoir qu'un seul rire parfait : ainsi elles sont imparfaites , et
comme imparfaites , vicieuses ; car le vice n'est autre chose qu'une sorte d'imperfection. Mais de ce que la créature est imparfaite , doit-on tirer que Dieu Test ? et de ce que la créature imparfaite est vicieuse, peuton conclure que le Créateur est vicieux ?
Au moins serait-il injuste , direz-vous , de punir dans les créatures une imperfection nécessaire. Oui ; selon l'idée que vous avez de la justice ; mais ne répugne-t-il pas à cette même idée que Dieu punisse le péché d'Adam jusque dans sa postérité , et qu'il impute aux nations idolâtres l'infraction des lois qu'ils ignorent ^ ? Que répondez - vous cependant, lorsqu'on vous oppose cela ? Vous dites que la justice de Dieu n'est point semblable à la notre ; qu'elle n'est point dépendante de nos faibles préjugés ; qu'elle est audessus de notre raison et de notre esprit. Eh ! qui m'empêche de répondre la même chose : il n'y a pas de suite dans votre créance, ou du moins dans vos discours ; car , lorsqu'on vous presse un peu sur le péché originel et sur le reste , vous dites qu'on n'a pas d'idée
' H sem]>k qu'il Tant quelles ignorent. B.