‹ Œuvres compláetesChapitre 31 sur 45 · SUR LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

SUR LA LIBERTÉ

NoTRfi vie ne serait qu'une suite de caprices , si notre volonté se déterminait d'ellemême et sans motifs. Nous n'avons point de volonté qui ne soit produite par quelque réflexion ou par quelque passion. Lorsque je lève la main , c'est pour laire un essai de ma liberté ou par quelque autre raison. Lorsqu'on me propose au jeu de choisir pair ou impair , pendant que les idées de l'un et de l'autre se succèdent dans mon esprit avec vitesse , mêlées d'espérance et de crainte , si je choisis pair , c'est parce que la nécessité de faire un choix s'offre à ma pensée au moment que pair y est présent. Qu'on propose tel exemple qu'on voudra , je démontrerai à un homme de bonne foi que nous n'avons aucune volonté qui ne soit précédée par quelque sentiment ou par quelque ruisonuement

qui la font naître. Il est vrai que la volonté a aussi le pouvoir d'exciter nos idées ; mais il faut qu'elle-même soit déterminée auparavant par quelque cause. La volonté n'est jamais le premier principe de nos actions , elle est le dernier ressort ; c'est l'aiguille qui marque les heures sur une pendule et qui la j)ousse à sonner. Ce qui dérobe à notre es- ])rit le mobile de ses volontés , c'est la fuite ])récipitée de nos idées ou la complication des sentiments qui nous agitent. Le motif qui nous fait agir a souvent disparu lorsque nous agissons , et nous n'en trouvons plus la trace. Tantôt la vérité et tantôt l'opinion nous déterminent , tantôt la passion ; et tous les philosophes, d'accord sur ce point, s'en rapportent à l'expérience. Mais, disent les sages, puisque la réflexion est aussi capable de nous déterminer que le sentiment , opposons donc la raison aux passions lorsque les passions nous attaquent. Ils ne font pas attention que nous ne pouvons même avoir la volonté d'appeler à notre aide la raison , lorsque la passion nous conseille et nous préoccupe de son objet Pour résister à la passion , il faudrait

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