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au moins vouloir lui résister. Mais la passion vous fera-t-elle naître le désir de combattre la passion , dans l'absence de la raison vaincue et dissipée ? Le plus grand bien connu , <iit-on, détermine nécessairement notre ame. Oui , s'il est senti tel et présent à notre esprit ; mais si le sentiment de ce prétendu bien est affaibli , ou que le souvenir de ses promesses sommeille dans le sein de la mémoire , le sentiment actuel et dominant l'emporte sans peine : entre deux puissances rivales , la plus faible est nécessairement vaincue. Le plus grand bien connu parmi les hommes , c'est sans difficulté le paradis. Mais lorsqu'un homme amoureux se trouve vis-àvis de sa maîtresse , ou l'idée de ce bien suprême ne se présente pas à son esprit, quoiqu'elle y soit empreinte , ou elle se présente si faiblement que le sentiment actuel et passionné d'un plaisir volage prévaut sur l'image effacée d'une éternité de bonheur; de sorte qu'à parler exactement , ce n'est pas le plus grand bien connu qui nous détermine , mais le bien dont le sentiment agit avec le plus de force sur notre ame, et dont l'idée nous est
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plus présente. Et de tout cela je conclus que nous ne faisons ordinairement que ce que nous vouions , mais que nous ne voulons jamais que ce que nos passions ou nos réflexions nous font, vouloir ; que par conséquent toutes nos fautes sont des erreurs de notre esprit ou de notre cœur. ISous nous figurons plaisamment que lorsque la passion nous porte à quelque mal , et que la raison nous en détourne , il y a encore en nous un tiers auquel il appartient de décider. Mais ce tiers, quel est-il? je le demande. Je ne connais dans Fhomme que des sentiments et des pensées ; quand les passions lui donnent un mauvais conseil , à qui aura-t-il recours ? A sa raison? mais si la raison lui dit ellemême d obéir cette fois à ses passions , qui le sauvera de Terreur ? Y a-t-il dans son esprit un autre tribunal qui puisse inilrmer les arrêts et les résolutions de celui-ci? Approfondissons davantage. Tout ctre créé dépend nécessairement des lois de sa création ; rhomme est visiblement dans cette dépendance; ses actions pourraient-elles lui appartenir lorsque son être même ne lui est pa*
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propre ? Dieu même ne pourrait suspendre ses lois absolues sur notre ame , sans anéantir en elle toute action. Un être qui a tout reçu ne peut agir que par ce qui lui a été donné ; et toute la puissance divine qui est infinie , ne saurait le rendre indépendant. Toutefois, en suivant ces lois primitives dont je parle , nous suivons nos propres désirs. Ces lois sont Tessence de notre être , et ne sont point distinctes de nous-même^ , puisque nous n'existons qu'en elles. Nous nonmions liberté avec raison la puissance d'agir par elles , et nécessité la violence qu'elles souffrent des objets extérieurs , comme lorsque nous sommes en prison ou dans quelque autre dépendance involontaire. Ce qui iait illusion aux partisans du libre arbitre , c'est le sentiment qu'ils en trouvent dans leur conscience. Ce sentiment-là n'est point faux. Soit que nos passions ou nos réflexions nous déterminent, il est vrai que c'est nous qui nous détermi- nons : car il y aurait de la folie à distinguer nos sentiments ou nos pensées de nousmêmes. Ainsi la liberté et la nécessité subsistent ensemble. Ainsi ic raisonnement et