JUE NOUS NE SOMMES RIEN EN TOUTES MANIÈRES
1” Point,
4 le Saint-Esprit prononcant ces paroles par la bouche de saint Paul: Si quis existimat se aliquid esse, “um nihil sit, ipse se seducit' : « Si quelqu'un pense être quelque chose, il se trompe soi-même, car il n’est rien. » Donnons-nous à lui, et le prions instamment qu'il nous asse bien connaître cette vérité, et qu'il nous donne la race d’en tirer le fruit qu'il demande de nous.
- Considérons que nous ne sommes rien selon le corps selon l'âme, puisque l’un et l’autre sont tirés du néant; si bien que notre origine, c'est le néant. Se glorifie qui voudra de sa noblesse ou de sa naissance : nous sommes ous de l'extraction du néant; c'est de là que nous sommes sortis et que Dieu nous a tirés. Mais ce qui nous doit encore humilier, c'est que nous n'avons point méité qu'il nous en tirât, non plus qu'une infinité d'autres
1 Gal. VI, 3.
qui y demeureront éternellement. C'est par sa pure bon qu'il nous en a tirés. Outre cela, voici encore une aut chose qui doit confondre notre orgueil : c’est que, si chaque moment Dieu ne nous conservait, et qu'il noi laissät à nous-mêmes, nous retournerions dans le néa duquel nous sommes sortis ; tant il est vrai que de nou mêmes et par nous-mêmes nous ne sommes rien. I sorte que, comptez tous les moments qu'il y a que vot êtes au monde, et sachez qu'autant de fois vous auriezé réduit à rien, si Dieu n'avait fait un aussi grand mirac pour vous conserver, comme il a fait pour vous créé Reconnaissons de là que le néant est notre apanage notre partage. C'est ce dont nous pouvons nous glor fier, et non point d'autre chose. Adorons et louonsi puissance et la bonté divine, qui nous en a tirés, et q nous en délivre à tout moment ; et prions Dieu qu'il im prime fortement ces vérités dans notre esprit, af qu'elles nous aident à détruire notre vanité et à not conserver dans l'humilité.
2° Point.
ONSIDÉRONS qu'autant de fois que nous avons offens Dieu, en quelque façon que ce soit, nous avons mk rité de perdre l'être qu'il nous a donné, l'ayant emploÿ contre lui, et d’être réduits au néant ; et que, s'il nou avait voulu punir selon sa rigueur, il nous aurait ané anti selon ces paroles : Corripe me, Domine, verumtame in judicio el non in furore tuo, ne forte ad nihilum redigt me : « Châtiez-moi, Seigneur, mais non pas en vo fureur, de peur que je ne sois réduit au néant.» Mise cordiæ Domini quia non sumus consumpti® : « C'est effet de la divine miséricorde, que nous ne soyons pa
{ Jerem. X , 24 .
2 Thren. 1IT, 22. |
consommés et anéantis. » Or quiconque a mérité, et tant de fois, d’être anéanti, combien davantage a-t-il mérité Houtes les humiliations, abjections et afflictions de cette vie! Quelle opinion doit-on avoir, et quel cas doit-on faire d'un homme qui a mérité cent mille fois, non seulement la mort, mais même l’anéantissement ? Et combien la vanité et l'estime de soi-même est-elle insupportable dans un horame fait comme celui-là, qui non seulement a été tiré du néant sans aucun sien mérite, et qui en a été délivré autant de fois qu'il y a de moments qu'il est au monde ; mais encore qui a mérité justement d'y être réduit autant de fois qu'il a offensé celui qui l'en a ainsi tiré et délivré !
. 3° Point.
M{MNES vérités supposées, considérons quel mal c'est que
A l'orgueil et la vanité, et quel mal fait celui qui pense être et qui s'attribue quelque chose en ses pensées, paroles et actions, ou qui cherche l'honneur et la louange. C'est une tromperie, un mensonge et un larcin que l'or- Æueil. Et puisque c'est une vérité de foi que nous ne sommes rien, celui qui s’estime, et qui pense être quelque chose, est un séducteur qui se séduit soi-même : Zpse se seduciti. Celui qui dit du bien de soi est un menteur : Scio quod inme non habitat bonum? : «Je sais qu'il n’y a ‘aucun bien en moi », dit saint Paul. Celui qui s’attribue quelque chose, et qui cherche l'honneur et la gloire, est üun larron qui dérobe à celui qui est tout, ce qui lui apbpartient, pour l'approprier à celui qui n’est rien.
Combien de fois sommes-nous tombés en ces fautes ? Demandons-en pardon à Dieu ; prions-le qu'il nous en garde pour l'avenir. Et pour nous en garder, pensons
Gal. NI, 3:
= ? Rom. VII, 8.
souvent d’où nous sommes venus, et ce que nous somm de nous-mêmes, et où nous serions si Dieu n'usait d'u miséricorde continuelle vers nous.
ORAISON JACULATOIRE : Corripe me, Domine, verumtam non in furore tuo, ne forte ad nihilum redigas me.
I ES PTT CNE — 7
Sur ces paroles :