NIHIL POSSUMUS
1“ Point.
ONSIDÉRONS qu'il n’y a que Dieu seul qui soit puissant VU Solus potens'. Sa puissance est éternelle, infini immense, immuable et essentielle ; c’est-à-dire que tot ce qui est en Dieu est tout-puissant, comme aussi se bonté, sa justice, sa miséricorde, et toutes ses autres dé vines perfections. Il peut en un moment réduire tout rien. Le ciel et la terre ne peuvent pas résister un m ment à sa puissance. Enfin, Omnipotens nomen ejus®. I] n° a quele péché qu'il ne peut point faire ; car pouvoir péch n'est pas puissance, mais impuissance.
Adorons cette divine puissance ; réjouissons-nous de que nous appartenons à un Maitre et à un Père quie tout-puissant. Donnons-nous et nous livrons à sa divin puissance, et la prions qu'elle anéantisse en nous tou puissance de mal faire, et qu'elle nous rende puissan à bien faire : potentes opere et sermone?.
‘J Tam. NI, 15. Cf. Judith, XI, 6.
*Exod. XN, 3.
SCFf. Luc. XXIV, 19.
2° Point.
oxsiDÉRONS et adorons Notre-Seigneur Jésus-Christ
comme prononçant ces paroles : Von possum a meipso facere quidquam : « Je ne puis rien de moi-mème », non seulement en tant qu'homme, mais mème en tant que Fils de Dieu. Car, comme il reçoit l'être et la vie de son Père, il en reçoit aussi toute la puissance qu'il a ; et [c'est ce] qu'il reconnait par la profession publique qu'il en fait en ces paroles: Non possum a meipso facere -quidquam ; profession qu'il a voulu être écrite en son Évangile, afin de confondre notre orgueil, et de nous apprendre à ne nous approprier rien de nos œuvres ; puisque le Fils de Dieu même reconnait qu'il ne peut . rien de lui et sans son Père, lui référant par ce moyen tout ce qu’il fait. :
Considérons aussi que la très sainte Vierge a très par- “faitement imité son Fils en cette humilité ; et qu'en ré- “compense de cette mème humilité, le Père éternel a . donné toute puissance au Fils, et à la Mère à proportion : Data est mihi omnis potestas in cælo et in terra,
dit Notre-Seigneur : « Toute puissance m'a été donnée au ciel et en la terre. » Et la sainte Vierge en peut dire “autant à proportion. Réjouissons-nous de cela, et don- .nons-nous à la puissance du Fils et de la Mère, et les “prions de l’employer pour écraser notre orgueil et pour nous rendre participants de leur humilité.
3% Point.
Dour attentivement la vérité de ces paroles : Nihil possumus. — Premièrement, nous ne pouvons rien faire de nous-mèmes | qui soit) agréable à Dieu : Sine
1 Joan. V. 30.
# Math. XX VIT, 8.
Cp]
me nihil potestis facere!. — Secondement. nous ne pouvons prononcer aucune bonne parole comme il faut : Progemes viperarum, quomodo poteslis bona loqui, cum mali suis? ? « Engeance de vipères, dit Notre-Seigneur, comment pouvez-vous dire de bonnes choses, étant mauvais ? » Nemo potest dicere Dominus Jesus, nisi in Spiritu Sanclo3 : « Personne ne peut prononcer le saint nom de Jésus, que par le Saint-Esprit. » — 7'roisièmement, nous ne pouvons avoir aucune bonne volonté de nous-mêmes. C'est Dieu qui donne le vouloir et le parfaire : Pat velle et perficere*. — Quatrièmement, nous ne pouvons avoir aucune [bonne] pensée : Von sumus sufficientes cogitare aliquid a nobis, quasi ex nobis ; sed sufficientia nostra ex Deo est. — Enfin nous n'avons pas le pouvoir de faire le moindre acte de vertu chrétienne, ni de résister un moment à la plus faible tentation du monde. Oh ! quel sujet d'humiliation pour nous! Réjouissons-nous de cette abjection, et gravons fortement ces vérités dans « nos esprits, afin qu'en tout lieu, en tout temps, en toute occasion, nous reconnaissions ce que nous sommes et le très grand besoin que nous avons de Dieu ; et que cela nous oblige d’avoir recours à lui à toute heure, et de dire souvent : Deus in adjutorium meum intende, etc.
[ORAISON JACULATOIRE]) : Zibenter igitur gloriabor in infirmitalibus meis, ut inhabitet in me virtus Christi s.
1 Joan. XV, 5. — 2? Math. XII, 34. — 3 I Cor. XII, 8.
k« Deus est enim qui operatur in vobis et velle et perficere, pro: bona voluntate. » Philip. II, 13.
$ I1 Cor. III, 5. — 6 Ps. LXIX, 2; Il Cor. XII, 9.
Sur ces paroles :
NIHIL VALEMUS.
1° Point
TRES at qu'il n’y a rien en Notre-Seigneur Jésus- Christ, qui ne soit d’un prix infini. Tout ce qui est en sa divinité et en son humanité, en son corps et en son âme, en ses pensées, paroles et actions , est d’une valeur infinie. Réjouissons-nous .de cela. Remercions le Père éternel d’avoir rendu tout ce qui est en son Fils Jésus, si noble et si précieux.
Considérons que Notre-Seigneur Jésus-Christ, quoiqu'il soit infiniment adorable en toutes choses, a voulu néanmoins être traité comme s'il n'avait rien valu. Car on a autant méprisé ses paroles, ses œuvres, Son humanité sacrée, son sang et sa vie, comme si ces choses n'avaient été d'aucune valeur. Et il est encore maintenant traité en cette façon par les Juifs, par les infidèles, par les hérétiques au Saint-Sacrement, et par la plupart des chrétiens, qui le blasphèment, crucifient et foulent aux pieds.
Adorons-le dans ces humiliations. Humilions-nous de voir celui qui est infiniment précieux s'humilier jusques à ce point que de souffrir qu'on le traite comme s'il n'était d'aucune valeur ; et que nous, qui ne valons rien de nous-mêmes, voulons être estimés comme si nous étions une chose bien précieuse.
2e Point.
ONSIDÉRONS la vérité de cette parole : Mihil valemus, « Nous ne valons rien », qui est tellement vraie qu'il ny a aucune créature, pour chétive qu'elle soit, entre les choses irraisonnables, insensibles et inanimées, de laquelle on ne puisse dire qu’elle vaut mieux et qu'elle est plus précieuse que nous, à cause de la corruption du péché qui est en nous. Si bien que nous devons nous humilier au-dessous de la boue, de la poussière et de toutes les choses les plus abjectes, et faire plus d'état de tout ce qu'il y x de plus contemptible au monde, que de nous. Nous pouvons bien nous regarder avec David comme un chien mort : Canem mortuum persequerist ; et avec Miphiboseth, fils de Jonathas, parlant à David : Quis ego sum servus luus, quoniam respexish super canem mortuum similem mei?? et dire avec le Sage : Gloriantes ad quid valebimus* ? « Quand nous nous glorifierons tant que nous pourrons, que vaudrons-nous ? Rien du tout. »
3° Point.
ONSIDÉRONS ce qu'a dit Notre-Seigneur en ces paroles : Bonum est sal ; quod si sal insulsum fuerit, ad nihilum valet ultra, nisi ut mittatur foras et conculcetur ab hominibus*: « Le sel qui a produit® sa vertu ne vaut plus à rien, qu'à être jeté dehors et foulé aux pieds. » Considérons qu'autant de fois que nous avons offensé Dieu, nous sommes tombés en l’état marqué par cette parole : Sal insulsum ; et partant, que nous ne valons qu’à être jetés hors la maison de Dieu, et à être foulés aux pieds de
11 Reg. XXIV, 15. — 2II Reg. IX, 8. — ? Eccli. XLIII, 30.
# Matt. V, 13; Marc. IX, 49.
5 Les anciennes éditions donnent : produit. Peut-être est-ce une faute. Au lieu de produit, il faudrait peut-être lire perdu.
tout le monde. Non seulement cela ; mais nous ne valons qu’à être jetés dans le feu éternel, selon ces paroles que Dieu dit un jour à un prophète : Quid fiet de ligno vitis ? numquid utile erit opus! ? « Que fera-t-on du bois de la vigne (c'est-à-dire lorsqu'il en sera séparé) ? Sera-t-il bon à quelque chose » ? — Non, mais, comme dit Notre-Seigneur dans l'Évangile, il n’est bon que pour le feu d’enfer : /n ignem mittetur.? C'est ce que nous avons mérité en qualité d'enfants d'Adam. Et partant, nous ne valons qu à être jetés au feu éternel. Et ce qui est encore plus, c'est que nous ne valons pas que la justice de Dieu prenne la peine de nous y jeter, ni que Dieu monte sur son trône pour nous juger. Et nous devons entrer dans les sentiments de Job, lorsque, après avoir considéré la bassesse et la corruption de l’homme, il s'étonne et s’écrie: Æt dignum ducis super hujusmodi aperire oculos tuos, et adducere eum tecum in judicium® : « Est-il possible que vous preniez la peine d'ouvrir vos yeux divins sur une chose si chétive, et de la faire passer par votre jugement ? »
ORAISON JACULATOIRE : Domine Jesu Christe, nihil valemus.
1 Ezech. XV, 2.
Matth. INT, 10; Luc. III, 9. — Les paroles citées sont de saint Jean-Baptiste.
3 Job. XIV, 13.
Sur ces paroles :