NIHIL HABEMUS PRÆTER PECCATUM
1° Point.
CRE que Dieu possède en soi-même une infinité de biens, et nous en réjouissons. Considérons aussi qu'il n'y à jamais eu aucun mal en Notre-Seigneur, mais qu'il a toujours eu en soi toutes sortes de biens, de vertus, de gràce et de sainteté ; et néanmoins qu’il s’est autant humilié comme s’il y avait eu en lui toute sorte de mal, et qu'il n’y eût eu aucun bien ; ne s'étant rien approprié, mais ayant tout référé à son Père, et s'étant regardé et traité comme s'il avait été dans une très grande pauvreté et vacuité de tout bien, selon ces siennes paroles : Æqo vir videns paupertatem meam : ! « Ma pauvreté est toujours devant mes yeux. » Et nous qui sommes pleins de tout mal et vides de tout bien, nous ne saurions nous humilier ! et nous dérobons à Dieu ce qui lui appartient, pour nous l’attribuer !
2° Point.
NONSIDÉRONS et pesons la vérité de cette parole : Viil habemus. Nous n'avons rien, ni en la nature, ni en
la grâce, ni au ciel, ni en la terre, ni au corps, ni en. l'âme. Scio quod in me non habitat bonum': + Je sais qu'il n y a aucun bien en moi », disait saint Paul. Combien davantage le pouvons-nous dire ? Car si nous avons
‘ Thren. III, 1, ? Rom. VII, 8.
quelque bien, quelque qualité, ou quelque avantage naturel ou surnaturel, il n'est pas de nous : Quid habes quod non accepishi ? Si autem accepisti, quid gloriaris, quasi non acceperis ? ? « Qu’avez-vous que vous ne l'ayez reçu ? Si vous l'avez recu, pourquoi vous en glorifiezvous, comme si vous ne l'aviez point reçu ? » Tant s'en faut que nous puissions nous glorifier des dons naturels ou surnaturels que Dieu nous a faits, qu'au contraire c'est un sujet d'humiliation, de confusion et de crainte ; parce que, plus nous avons recu de Dieu, plus sommesnous obligés de lui rendre. Et cependant, si nous nous examinons bien, nous trouverons que nous ne faisons qu'un mauvais usage de toutes les gràces de Dieu, et par conséquent que nous avons plus sujet de nous humilier que si nous n'en avions reçu aucune.
3° Point.
ONSIDÉRONS en particulier comme nous sommes des-
titués de toutes les vertus, de foi, d'espérance, de charité, de force, de justice, de tempérance, de prudence, d'humilité, d'obéissance, de patience, de mansuétude ; et que nous avons en nous la racine de tous les vices. Et cependant nous avons et voulons qu'on ait bonne wpinion de nous. Humilions-nous profondément ; apprenons à nous connaître, et à nous traiter et vouloir être traités comme personnes vides de tout bien, et pleines de tout mal.
ORAISON JACULATOIRE : Domine Jesu Christe, nihil habemus præler peccalum.
1I Cor. IV, 7
Sur ces paroles :