PE ET OU
2° Point.
TTL a été aussi traité comme le dernier de tous les hommes par le Saint-Esprit, duquel il est dit dans l'Évangile, qu'après que Notre-Seigneur fut baptisé au fleuve du Jourdain, c’est-à-dire après qu'il fut chargé là de nos péchés : Expulit eum Spiritus in desertum 1: « Le Saint-Esprit le chassa dans le désert » ; paroles qui marquent ignominie, et que le Saint-Esprit a traité Notre-Seigneur [comme] étant chargé de tous les péchés du monde, et qu'il l'a obligé à en porter la confusion et la pénitence. Ce qui était figuré par ce bouc qu'on amenait tous les ans au Temple, et sur lequel le grand prêtre confessait tous les péchés du peuple; puis on le mettait entre les mains d’un homme qui le chassait dans le désert?. Ainsi le Père éternel à mis tous nos péchés sur son Fils : Posuit in e0 iniquitates omnium nostrum %. Et le Saint-Esprit l’a chassé dans le désert, et l’a traité comme un homme chargé de tous les crimes des hommes, et obligé à en porter l’humiliation.
3° Point.
D° plus, il a été encore traité par son Père éternel comme le dernier de tous les hommes. Car il l’a regardé comme tenant la place de tous les pécheurs, et l’a traité en cette qualité ; voire il l’a traité en quelque manière comme le péché même: Pro nobis peccatum fecit*. A raison de quoi il dit: « Je l’ai frappé pour le crime de mon
‘Marc. I, 12. — ? Levit. XNI, 5-10. — 5 Is. LIII, 6.
* II Cor. V, 21. Beaucoup d’interprètes pensent que le mot peccatum a ici le sens de victima pro peccato, comme dans Osée (IV, 8), où il est dit des prêtres : peccata populi met comedent. Les Pères grecs, et en particulier S. Jean Chrysostome, lui donnent le même sens que le V. P. Eudes : « Qui (Chrysostomus et Græci plerique) peccatum emphaticos interpretantur magnum peccatorem; ac si dicat Apostolus: Nostri causa tractavit eum quasi ipsum peccatum,
peuple »: Propter scelus populi mei percussi ewm ‘. Proprio Filio non pepercit Deus, sed pro nobis omnibus tradidit illum?, dit saint Paul: ( Il n’a pas pardonné à son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous » à la croix, à la mort, à la puissance des ténèbres, et aux plus grands opprobres qui aient jamais été et qui seront jamais. Voire, on peut dire que sa justice l'a traité en quelque manière avec plus de rigueur et de sévérité qu'elle ne traite les réprouvés qui sont en enfer, et qui sont les plus viles de toutes les créatures. Car ce n’est pas chose étrange que ces misérables, qui sont des rebelles, soient réduits en l'état où ils sont, puisqu'ils le méritent bien ; mais c'est une chose bien étonnante de voir le Fils unique de Dieu ainsi traité par son Père éternel pour les crimes d'autrui.
C'est ainsi que Notre-Seigneur s'est mis au dernier lieu, ets’est traité comme le dernier de tous les hommes par ses paroles, par ses pensées et dispositions intérieures, et par ses actions, en tout le cours de sa vie. C'est ainsi qu'il a voulu être traité comme le dernier de tous les hommes par les pécheurs, par les membres de Satan, par les démons, par le Saint-Esprit et par son Père éternel. Tout cela pour glorifier son Père autant qu'il a pu, en s’humiliant jusqu'au dernier point; pour réparer le déshonneur fait à son Père par notre orgueil ; pour confondre et pour détruire notre arrogance ; pour nous faire haïr la vanité et pour nous faire aimer l'humilité. Oh ! qu'il faut bien dire que l'orgueil déshonore bien Dieu, et qu'il lui déplait horriblement, puisqu'il a fallu qu’un Dieu ait tant été humilié pour réparer ce déshonneur ! Oh ! qu'il faut
ipsum scelus, id est, tanquam hominem insigniler sceleratum, ut in quo posuerit iniquilatem omnium nostrum. (Is. LIHI, 6). Idque more capri emissarii, qui portabat omnes iniquitates filiorum Israël, quas ejus capiti pontifex fuerat imprecatus. Lev, XVI. » Estius in h.]. Is LIIL, 8.
2 Rom. VIII, 34.
bien dire que la vanité est une chose bien efiroyable, puisqu'il faut que le Fils de Dieu soit réduit à un tel point d’abaissement pour la détruire ! Oh! qu'il faut bien croire que l'humilité est une chose bien précieuse ‘devant Dieu, et bien agréable à sa divine Majesté, puisque le Fils de Dieu a voulu être traité en cette facon pour
- nous la faire aimer, pour nous y attirer par son exemple, et pour nous mériter grâce de la pratiquer ! Oh! que mous sommes coupables après cela, si nous nous laissons aller à l'esprit d’orgueil, et si nous ne voulons point nous humilier ! Oh ! quelle sera la confusion des ambitieux au jour du jugement !
Adorons Notre-Seigneur dans toutes ces humiliations. Désirons qu'il soit exalté autant quil s’est humilié. Entrons dans ses sentiments. Mettons-nous partout au dernier lieu, d'esprit et de cœur ; el soyons bien aises d’être traités, et de Dieu et des créatures, comme les derniers de tous les hommes. Prions le Fils de Dieu qu'il détruise notre orgueil, et qu'il imprime en nous les sentiments de son humilité.
DIX-SEVTIÈME MÉDITATION 193
ORAISON JACULATOIRE : Domine Jesu, recumbam in novissimo loco.
DIX-SEPTIÈME MÉDITATION
Sur ces paroles :