‹ Œuvres comple?tes du venerable Jean Eudes (volume 2)Chapitre 30 sur 208 · CINQUIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

CINQUIÈME ENTRETIEN

Des qualités de Dieu au regard de l’homme en suite de la création.

E' suite de notre création, Dieu qui nous a créés a plu- M sieurs qualités au regard de nous : Il est notre principe ; il est notre fin dernière ; il est notre centre et notre élément ; il est notre souverain bien ; il est notre prototype, notre modèle et notre exemplaire ; il est notre roi, notre monarque et notre souverain absolu ; il est notre gouverneur, notre protecteur et notre défenseur ; il est notre juge.

Adorons et louons Dieu dans toutes ces qualités et grandeurs. Réjouissons-nous de ce qu'il est si grand, de ce quil a tant de perfections, et de ce qu'il a tant de pouvoirs sur toutes ses créatures, et de ce qu’elles dépendent de lui en tant de manières. Réjouissons-nous aussi et le bénissons de ce que nous lui appartenons par tant de titres, et de ce qu'il daigne exercer toutes ces qualités au regard de nous. Car ce nous est un merveilleux avantage, une grande gloire et un singulier honneur d’avoir un principe si noble, une fin si relevée, un centre si divin, un souverain bien si libéral et si communicatif de soi- : même, un prototype si accompli, un roi si puissant, un gouverneur et un protecteur si sage et si fort, un juge si Juste et si équitable, et un Dieu si grand, si admirable et si bon.

Considérons comme toutes ces qualités que Dieu veut avoir au regard de nous, ne sont pas vides, ni oiseuses, ni sans effet ; mais qu'il les exerce con-

tinuellement vers nous et vers toutes ses créatures, qu'il opère par elles de merveilleux effets, et qu'il en opérerait bien d’autres, si nous n'y mettions point d'empêchement.

Car, comme principe, non seulement il nous à donné l'être une fois au moment de notre création, mais il nous le donne continuellement et nous produit incessamment, et plus incomparablement que la fontaine ne produit ses ruisseaux, que l'arbre ne pousse ses branches au dehors, que le soleil n'enfante ses rayons. À raison de quoi nous dépendons beaucoup plus de Dieu que les ruisseaux ne dépendent de leur source, que les branches ne dépendent de leur tronc, et que les rayons ne dépendent du soleil.

Comme fin, comme centre, comme élément, et comme souverain bien, il nous appelle et nous attire sans cesse à lui, et nous dit: Venile ad me omnes qui laboralis, ete! : « Venez à moi, vous qui travaillez et êtes chargés, et je vous soulagerai. » Car s’il y a une vertu secrète dans le centre de la pierre, dans l'élément du poisson et dans la sphère du feu, qui les attire si puissamment, combien forte doit être la vertu attractive de notre vrai centre, de notre vrai élément et de notre véritable sphère qui est Dieu ? Et d'où vient néanmoins que nous nous laissons si peu attirer à lui ? Certainement il faut croire que l'empèchement et la résistance que nous y apportons est bien grande, et que le poids du péché qui est en nous, lequel résiste à ce puissant attrait, est biem effroyable. O ma fin souveraine, Ô mon divin centre, tirez-moi, ravissez-moi à vous, et ne souffrez plus que j y mette d'obstacle.

De plus, comme fin dernière, comme centre, comme élément, comme sphère, comme souverain bien, Dieu seul est capable de nous donner la vraie paix et le parfait re-

lMatth. XI, 28.

pos, et de remplir et rassasier la capacité immense de notre àme : Anima rationalis ila facta est capax majestatis tuæ, quod a te solo et a nullo alio impleri possit, dit saint Augustin. Et en eflet, lorsque notre âme renonce à tout le reste pour se donner entièrement à son Créateur, il la comble d’un repos indicible, d'une paix qui surpasse tous les sens, et d’une infinité de biens.

Comme prototype, il nous donne un modèle et un exemple d'une perfection et d’une sainteté admirable, nous disant : Soyez saints, d'autant que je suis saint. Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait. Soyez miséricordieux, comme votre Père céleste est naséricordieux. Soyez imitateurs de Dieu, comme ses très chers enfants!. Et qui plus est, il imprime lui-même son image dans les âmes qui se donnentparfaitement à lui. O mon Dieu, je me donne tout à vous : gravez en moi une image parfaite de votre sainteté et de vos divines perfections.

Comme roi, comme gouverneur et comme protecteur, il nous régit par des lois très saintes, et il est très vigilant à nous gouverner et protéger.

Comme juge, il exerce sans cesse sa justice et son jugement dans le monde, donnant à un chacun selon ses œuvres, tantôt châtiant l'un, tantôt récompensant l’autre.

Adorons et bénissons Dieu dans tous les effets qu'il a opérés et qu'il opérera sur toutes ses créatures par les susdites qualités. Remercions-le de ceux qu'il a opérés en nous, et qu'il y aurait opérés s’il n'y avail point eu d'empêchement de notre part. Demandons-lui pardon de la résistance que nous y avons apportée. Donnons-nous à lui, afin qu'il exerce sur nous ses divines qualités en

l« Saneti estote, quia ego sanctus sum. » Levit. XI, 44. — « Estote ergo vos perfecti, sicut et Pater vester cælestis perfectus est. » Matth. V, 48. — « Estote ergo misericordes, sicut et Pater vester cœlestis misericors est. » Luc. VI, 36. — « Estote imitatores Dei sicut filii charissimi. » Eph. V, 1.

la manière qu'il lui plaira, et qu'il nous en pe porter tous les effets qu'il souhaitera.

ORAISON JACULATOIRE : Deus cordis mei, et pars mea Deus in ælernum.

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