‹ Œuvres comple?tes du venerable Jean Eudes (volume 2)Chapitre 31 sur 208 · SIXIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

SIXIÈME ENTRETIEN

Des droits que Dieu a sur l’homme, en suite de la création.

À RAISON des qualités précédentes, Dieu a plusieurs droits sur nous, que nous devons étudier afin de ne les violer pas. Car, si nous prenons tant de soin de savoir etde conserver les petits droits que nous avons sur ceux qui dépendent de nous, combien à plus forte raison devonsnous considérer les droils très grands et très importants que le grand Dieu a sur nous, afin de lui rendre les devoirs auxquels les mêmes droits nous obligent ? Voyons donc quels ils sont.

1. Par toutes les qualités en général et prises ensemblement, il a droit d'être reconnu, adoré, glorifié et loué de nous, comme Dieu, et comme notre Dieu, et que nous lui sacrifiions toutes choses et nous-mêmes.

2. Par la qualité de principe, de fin et de souverain hien, il a droit de nous posséder entièrement, comme une Etes qui est toute de lui, qui n’est faite que pour lui, et qui dépend de lui infiniment.

3. Par la qualité de principe et de fin, comme il est le principe et la fin de notre être et de notre vie, aussi il a droit d’être le principe et la fin de toutes nos pensées, paroles et actions, et de tous les usages et fonctions de

1 Ps. LXXII, %6.

— notre vie; c'est-à-dire que nous ne devons rien penser,

ni dire, ni faire que par lui et pour lui, par son ordre et pour sa gloire.

4. Par la qualité de principe qui nous produit sans cesse, et qui nous porte toujours en sa main et en son sein, de sorte que, s’il cessait un moment de nous porter, en même temps nous tomberions dans le rien : ila droit que, comme nous demeurons toujours en lui nécessairement, selon ces paroles de l'Apôtre : Zn ipso vivimus, movemur et Sumus!; aussi nous y demeurions toujours volontairement par le moyen de l'amour et de la charité : Deus charitas est, et qui manet in charitate in Deo manet®. O mon Dieu, que je demeure toujours en votre amour et en la charité de mon prochain, afin d'être toujours en vous.

5. Par cette même qualité de principe, lequel nous donne un être et une vie qui est une participation de son être et de sa vie, à raison de quoi saint Paul nous annonce que nous sommes de la race de Dieu: Genus Dei sumus* : il a droit que nous menions une vie conforme à la sienne, c’est-à-dire toute sainte et divine, afin de ne pas dégénérer de la noblesse de notre extraction, et de ne pas déshonorer la source et l'origine d'où nous sommes sor- His.

6. Par la qualité de fin, de centre, d'élément, et de sphère divine, il a droit que nous aspirions et tendions sans cesse vers lui, el que nous ne cherchions notre repos et notre contentement qu'en lui.

7. Par la qualité de souverain bien, il a droit d'être aimé de nous par dessus toutes choses, et de posséder parfaitement nos cœurs et toutes nos affections. O mon Dieu, c'est en vous que sont les véritables biens, hon-

1 Act. XVII, 28. — 21 Joan. IV, 16.

3 « Ipsius enim et genus sumus. » Act. XVII, 28.

neurs et contentements, et hors de vous il n’y a aucun bien. Que je vous aime donc uniquement et souverainement, et que vous soyez désormais le seul objet de tous mes désirs et de toutes mes affections.

8. Par la qualité de prototype, il a droit que nous marchions toujours devant lui et en sa présence, le regardant sans cesse, et ayant toujours les yeux fixés sur ce divin exemplaire, afin de former notre vie, et de conduire nos mœurs et nos actions sur le modèle de la perfection de sa vie et de la sainteté de ses mœurs et de ses actions.

9. Comme roi, il a droit de nous donner des lois et de régner sur nous.

10. Comme gouverneur, ila droit de prendre la conduite de toutes nos actions.

141. Comme protecteur, il a droit que nous reconnaissions que c’est lui seul qui nous peut assister et défendre, que nous ayons recours à lui, et que nous l’invoquions en tous nos besoins corporels et spirituels. |

12. Comme juge, il a droit de veiller sur toutes nos actions, de les examiner, de nous demander compte jusqu'à une parole oiseuse, et de nous récompenser ou châtier selon nos mérites ou démérites.

Voilà les droits que Dieu a sur nous par toutes les qualités susdites.

O mon Dieu, je vous adore et vous glorifie dans tous ces droits très justes et très légitimes que vous avez sur toutes vos créatures, et sur moi en particulier. Je m'en réjouis de tout mon cœur, et vous proteste que, si par impossible vous ne les aviez point sur moi, et que cela fût en mon pouvoir, je vous les donnerais. Oh ! que d'empêchement j'ai apporté à la jouissance de tous ces. droits que vous avez sur moi! dont je vous demande très humblement pardon. Désormais je les veux étudier

igneusement, afin de n'y contrevenir plus, mais de m’acüitter, moyennant votre grâce, des devoirs auxquels ils obligent.

ORAISON JACULATOIRE : Deus meus et omnia : « Mon Dieu mon tout. »

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