‹ Œuvres comple?tes du venerable Jean Eudes (volume 2)Chapitre 33 sur 208 · NEUVIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

NEUVIÈME ENTRETIEN

Des obligations que nous avons à Dieu comme chrétiens, et ce que c’est que d’être chrétien.

TUE chrétien, c'est être enfant de Dieu et avoir un.

même Père avec Jésus-Christ, son Fils unique : Dedit eis potestatem filios Dei fieris. Je m'en vais à mon Père, et à votre Père, dit notre Sauveur‘, Voyez quel amour de

Matth. V, 48. — 2 Eph. NV, 1. — 3 Joan. 142:

#« Ascendo ad Patrem meum et Patrem vestrum. » Joan. XX, 17.

notre Père vers nous, qui veut que nous soyons appelés, el que nous soyons en effet enfants de Dieu, dit saint Jeant, Par la création, Dieu est notre créateur, notre principe, notre cause efficiente, notre roi,notre souverain ;

etnous sommes sa créature, son ouvrage, ses sujets et

ses serviteurs. Mais par notre régénération et nouvelle naissance qui se fait au Baptème, et en laquelle nous recevons un nouvel être et une nouvelle vie toute divine, Dieu est notre Père, et nous sommes ses enfants,

et nous pouvons et devons lui dire : Pater nosler, qui es

in cœlis.

En suite de quoi :

4. Comme nous sommes sortis, par cette nouvelle naïissance, du sein de Dieu notre Père, aussi nous y demeurons toujours, et il est nécessaire qu'il nous porte continuellement dans son sein. Autrement, s’il était un moment sans nous y porter, nous perdrions au même temps le nouvel être et la nouvelle vie que nous avons recue de lui au Baptème. Aussi il nous dit : É'coutez-moi, vous que je porte et que je porterai toujours dans mon sein et dans mes entrailles?.

2. Nous sommes frères de Jésus-Christ, de son sang et de sa race royale et divine, et nous entrons dans sa généalogie. De là vient que le chrétien, le nouvel homme et la nouvelle créature qui n’est née que d'un Dieu, ne connaît point d'autre généalogie que celle de Jésus-Christ, ni d'autre Père que Dieu : ££ patrem nolite vocare vobis super terram*. Nous ne connaissons plus personne selon la chair, dit saint Paul*. Quod natum est ex Spiritu, spi-

l « Videte qualem charitatem dedit nobis Pater, ut filii Dei nominemur et simus, » [ Joan. IIT, 1.

2 « Audite me, domus Jacob... qui portamini a meo utero, qui gestamini a mea vulva. Usque ad senectam ego ipse etusque ad canos ego portabo. » Is. XLVI, 3-4.

. 3Matth. XXII, 9.

# « Itaque nos ex hoc neminem novimus secundum carnem. »

II Cor. V, 16.

nn,

ritus est, dit Notre-Seigneur!: «.Ce qui est né de l'Esprit est esprit. »

3. Nous sommes cohéritiers du Fils de Dieu, et héritiers de Dieu. O merveilles ! à dignité ! à noblesse! 6 grandeur du chrétien ! Videte qualem charitatem dedit nobis Pater, ut fil Dei nominemur et simus?. Oh ! quelle faveur de Dieu, de. nous avoir faits chrétiens ! Oh ! quelle obligation nous avons à sa bonté ! Oh ! que celuilà est malheureux, qui renie Dieu pour son Père, et qui veut être enfant du diable ! C’est ce que font tous ceux qui pèchent mortellement. C’est à ceux-là que Notre- Seigneur dit : Vos ex patre diabolo estis, quia desideria . patris vesiri facitis®: « Vous êtes enfants du diable, car vous accomplissez les désirs de votre père. » Humilionsnous en la vue de nos péchés. Renonçons à Satan, donnons-nous à Dieu avec un grand désir de vivre désormais comme vrais enfants de Dieu, de ne dégénérer pas de: la noblesse de notre naissance, de ne faire pas tort à notre race, et de ne déshonorer pas notre Père. Car, comme le fils qui est sage est la gloire de son père, au contraire on peut dire que celui qui ne se conduit pas. sagement est l'ignominie de son père.

Un chrétien, c'est un membre de Jésus-Christ : Mescils quoniam corpora vestra membra sunt Christi*? À raison de quoi nous avons une alliance et union avec Jésus-Christ beaucoup plus noble, plus étroite et plus parfaite que les membres d'un corps humain et naturel n'ont avec leur chef. D'où il s'ensuit : 4. que nous appartenons à Jésus-Christ, comme les membres à leur

‘Joan. IIT, 16. — 3] Joan. III. 1.

3« Vos ex patre diabolo estis : et desideria patris vestri vultis facere. » Joan. VIII, 44.

* I Cor. VI, 15.

chef; — 2. que nous sommes en sa dépendance et en sa conduite, comme les membres sont en la dépendance eten la conduite de leur chef ; — 3. que nous ne sommes qu'un avec lui, comme les membres ne sont [qu’un| avec leur chef. C'est pourquoi il ne faut pas s’étonner, s’il nous assure que son Père nous aime comme il l'aime lui-même : Dilexisti eos sicut et me dilexisti! ; qu'il écrira sur nous son nom nouveau : Scribam super eum nomen meum novum?; que nous aurons une même demeure avec lui, à savoir le sein de son Père : Ubi sum ego, illic el minister meus erit* ; et qu'il nous fera asseoir avec lui dans son trône‘. Oh ! quelle bonté ! oh ! quel amour ! Il ne se contente pas de nous appeler ses amis, ses frères, ses enfants; il veut que nous soyons ses membres. |

Aimons-le, bénissons-le, et considérons que cette qualité nous oblige à vivre de la vie de notre chef, à continuer sur la terre la vie que notre chef y a menée, et à y continuer toutes les vertus qu'il y a exercées. Oh ! que nous sommes éloignés de cette sainte vie ! Oh! que celui qui fait un péché mortel est horriblement coupable ! Car il démembre Jésus-Christ, il lui arrache un de ses membres pour le faire membre de Satan. Détestons nos crimes. Donnons-nous à Jésus-Christ comme ses membres, et faisons profession désormais de vivre de sa vie. Car ce serait une chose bien monstrueuse de voir un membre vivre d'une autre vie que de la vie de son chef. À raison de quoi saint Grégoire de Nysse dit que le christianisme esf professio vilæ Chrishi5,« c'estfaire profession de vivre de la vie de Jésus-Christ ».

Joan. XVII, 23. — * Apoc. NI, 12. — * Joan. XII, 26. # «Qui vicerit, dabo ei sedere mecum in throno meo.» Apoc. III, 21. 5 Ad Harmonium, De professione christiana.

Un chrétien, c’est un temple du Saint-Esprit : Ve savez-vous pas, dit saint Paul, que vos corps sont le temple du Saint-Esprit: ? Car étant enfants de Dieu, et n'étant qu'un avec le Fils de Dieu, comme les membres avec leur chef, il s'ensuit nécessairement que nous devons être

animés du même esprit. De là vient que saint Paul dit :

D'autant que vous, êtes enfants de Dieu, il a envoyé l'Esprit de son Fils dans vos cœurs® ; et Quiconque n’a point l'Esprit de Jésus-Christ, il n'appartient point à Jésus-Christ. De sorte que le Saint-Esprit nous a été donné pour être l'esprit de notre esprit, le cœur de notre cœur et l'âme de notre àme, et pour être toujours avec nous et dedans nous, non seulement comme dans son temple, mais comme dans une partie de son corps, c'est-à-dire dans une partie du corps de Jésus-Christ, qui est le sien, et qui doit être animé de lui, puisque les membres et toutes les parties du corps doivent être animés du même esprit dont le chef est animé.

Cela étant ainsi, qui peut dire et qui peut penser quelle est l'excellence de la religion chrétienne : quelle est la dignité d’un chrétien, qui est enfant de Dieu, membre de Jésus-Christ et animé de son Esprit : quelle est l'obligation que nous avons à Dieu ; quelle doit être la sainteté de notre vie, et combien est coupable celui qui pèche mortellement? Car il chasse le Saint-Esprit de son temple, pour y loger l'esprit malin ; il crucifie et tue en soi Jésus-Christ, y étouffant son Esprit, par lequel il y était vivant, pour y établir et pour y faire vivre son ennemi, qui est Satan.

Toutes ces vérités sont très solides et très infaillibles.

‘« An nescitis quoniam membra vyestra templum sunt Spiritus sancti ? » I Cor. VI, 19.

?« Quoniam autem estis filii, misit Deus Spiritum Filii sui in corda vestra. » Gal. IV, 6.

*« Si quis autem Spiritum Christi non habet, hic non est ejus. » Rom. VIII, 9.

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Considérons-les attentivement, pesons-les soigneusement et les gravons bien avant dans nos cœurs, afin de nous exciter à bénir et aimer Dieu pour les obligations infinies quenous lui avons de nous avoir faits chrétiens ; à détester nos ingratitudes et nos péchés passés ; et à mener désor- Mais une vie digne de la perfection du Père dont nous sommes les enfants, de la sainteté du chef dont nous sommes les membres, et de la pureté de NÉRRTE dont nous sommes le corps.

ORAISON JACULATOIRE : Pater noster qui es in cælis, fiat voluntas tua sicut in cælo et in terra.

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