ONZIÈME ENTRETIEN
Baptème, par lequel nous avons été faits chrétiens.
p E Baptème est une nouvelle création : à raison de quoi À le chrétien est appelé nova creatura* dans les saintes Écritures ; création seconde de l'homme, dont la pre- Mière n’est que l'ombre et la figure.
À I Joan. IL, 1. — : Joan. Il, 6. — * Ps. CVI, 8. «II Cor. V, 17; Gal. VI, 15.
Par la première création, Dieu nous a tirés du nés et par la seconde, il nous a tirés aussi du néant péché, mais néant bien plus étrange que le prem Car le premier ne s'oppose point à la puissance de Di mais le second y résiste infiniment par sa malice inf Car lorsque Dieu nous a créés en Jésus-Christ, com parle saint Paul : creati in Christot, c'est-à-dire lorsq nous à donné un nouvel être et une nouvelle vie en Jés Christ par le Baptème, il nous a trouvés dans le né du péché, et dans un état d’inimitié, d'opposition eb contrariété au regard de lui. Mais il a surmonté nc malice par sa bonté et par sa puissance infinie.
Par la première création, Dieu nous a donné un humain, infirme, fragile et funeste? ; mais par la secont il nous a donné un être tout céleste et divin.
Par la première, il nous a faits à son image etsemblan par la seconde, il a réparé son image® que le péché ay effacée en nous, et l'y a imprimée d’une facon bien plus ble et plus excellente qu'elle n'y était même auparavant péché, nous ayant rendus participants de sa divine natu en un degré bien plus éminent : Divinæ consortes natur:
lEph. I, 10.
: Funeste, à cause du péché originel, dont nous naissons souille *« Imago Dei potest tripliciter considerari in homine : uno € dem modo, secundum quod homo habet aptitudinem naturalem intelligendum et amandum Deum ; et bæc aptitudo consistit in if natura mentis, quæ est communis omnibus hominibus. Alio mot secundum quod homo actu vel habitu Deum cognoscit et amat, s tamen imperfecte : et hæc est imago per conformitatem gratiæ. Te tio modo, secundum quod homo Deum actu cognoscit etamat perfecte et sic attenditur imago secundum similitudinem gloriæ. Unde super illud Ps. IV, 7: Signatum est super nos lumen vultus tui, Dom Glossa ordinaria distinguit triplicem imaginem, scilicet creation (seu naturæ), el recreationis (seu gratiæ), et similitudinis (seu gi riæ). » S. Th, 1, 93, 4. Quand le V. P. Eudes dit que « par la pr mière création, Dieu nous a faits à son image », il parle de l'imag de nature ; mais lorsqu'il ajoute que « par la seconde création Die a réparé en nous son image que le péché avait effacée», il par évidemment de l'image de grâce.
# II Petr. I, 4.
L] ar la première création, Dieu a mis l'homme en ce ionde visible que Dieu a fait au commencement des iècles ; mais par la seconde, il a mis le chrétien dans un Ouveau monde. Quel est ce nouveau monde ? Quel est > monde du chrétien ? C’est Dieu avec toutes ses perfecions. C'est le sein de Dieu. C’est Jésus-Christ Hommelieu, considéré en soi-même, en sa vie, en ses mystères, bconsidéré aussi en son corps qui est son Église triomhante, militante et souffrante. Voilà le monde de la ouvelle créature, bien différent du premier monde de 4 première créature. Car le premier monde est un monde de ténèbres, de péché et de malédiction : Totus nundus in maligno positus est'; mais le second est un ionde de grâce, de sainteté et de bénédiction, et dans lequel il y a une infinité de choses infiniment belles, délieuses et agréables. Car que de choses ravissantes et idmirables il y a dans Dieu, dans les perfections de Dieu, Hans la sainteté de Dieu, dans l'éternité de Dieu, dans äimmensité de Dieu, dans sa gloire, dans sa félicité, dans ses trésors, dans la vie temporelle de Jésus-Christ, et dans Lo us les mystères, actions, souffrances et vertus de sa vie ‘emporelle ; dans sa vie glorieuse et immortelle, dans son Église, et dans la vie de tous ses Saints!
Dans le monde d'Adam, il y a des cieux, des astres, des éléments. Dans le monde du chrétien, le ciel est Dieu at le sein de Dieu ; le soleil, c’est Jésus ; la lune, c’est Marie; les astres et les étoiles sont les Saints ; la terre, c'est l'humanité sacrée de Jésus ; l'eau, c'est la gràce chrétienne ; l'air, c’est le Saint-Esprit ; le feu, c'est l'amour et la charité ; le pain qu'on y mange, c'est le corps de Jésus-Christ ; le vin qu'on y boit, c’est son sang ; les habits dont on y est revêtu, c’est Jésus-Christ : Qui- LS enimin Christo baptizati estis, Christum induistis?. n n'y a point de pauvres ni de roturiers dans le monde
| 11 Joan. V, 19, — * Gal. III, 27.
180 ENTRETIENS YNTÉRIEURS
du chrétien. Tous les vrais chrétiens sont infinime riches : Omnia vestra sunti. Ils sont tous mobles, t princes et tous rois. ,
Fi ! fi du monde d'Adam, tout pourri de sa cor et de la puanteur du péché ! Laïssons le auxenfants de ce siècle, et donnons tout notre cœur à notre monde. Sc tons du monde d'Adam, pour entrer dans le monde de Jésus-Christ. Car tous ceux qui appartiennent à Jésus- Christ ne sont point du monde du wieil homme, comme Jésus-Christ n’en est point : De mundo non sunt, ce dit-ils sicut et ego non sum de mundo?. î
Nous trouvons dans notre monde les vraies richess honneurs et plaisirs. Les enfants du siècle mettent to leur plaisir à voir les choses de leur monde, à en parl et entendre parler : De mundo sunt, ideo de mund loquuntur®. Aussi devons-nous mettre toute notre joie considérer, à parler et à entendre parler des merweill et des nouvelles de notre monde, qui sont bien plu agréables que les nouvelles du monde du pécheur ? Narraverunt mihi fabulationes, sed non ut lex tua*. |
Enfin nous devons être morts au monde d'Adam, pour ne vivre plus qu'en notre monde et de la vie de notre monde, qui est Dieu et Jésus-Christ Notre-Seigneur. Car nous sommes en lui comme une partie de lui-même, laquelle par conséquent doit être animée de son esprit el vivre de sa vie. C'est cette mort et cette vie qui est expri= mée en ces paroles de saint Paul : Vous êtes morts, eb votre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu.s Donnonsnous à Dieu pour être dans ses sentiments ; et le prions instamment qu'il nous en fasse porter les effets, et qu ‘il imprime dans notre cœur un grand mépris et en du monde d'Adam, et une grande estime et amour pour notre monde. |
% Cor. II, 22. — : Joan. XVII, 16. —]J Joan. IV,5.—1Ps. CX VIII, 85.
°« Mortui estis, et vita vestra est abscondita cum Christo in Den: ». Col. II, 8.
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Le Baptème est appelé, dans l’Écriture sainte, régénération et renaissance : Per lavarum REGENERATIONIS!. /Visi quis RENATUS fueril ex aqua el Spiritu sancto?; génération et naissance qui a pour exemplaire et prototype la génération et la naissance éternelle du Fils de Dieu dans le sein de son Père, et sa génération et naissance temporelle dans le sein virginal de sa Mère.
Car, comme dans sa génération éternelle, son Père lui commnnique son être, sa vie et toutes ses perfections di- . vines : ainsi, dans notre Baptème, ce mème Père nous donne, par son Fils et en son Fils, un être et une vie toute sainte et divine.
Et comme dans la génération temporelle du Fils de Dieu, son Père lui donne un nouvel être et une nouvelle vie, mais une vie laquelle, quoique toute sainte et divine, est néanmoins revêtue de mortalité, de passibilité et de toutes les misères de la vie humaine : ainsi la vie nouvelle que Dieu nous donne par le Baptème est toute environnée et assiégée de fragilité, de faiblesse, de mortalité et de toutes les infirmités de la vie humaine avec laquelle elle est jointe.
De plus, comme le Saint-Esprit est envoyé pour former le Fils de Dieu dans les sacrées entrailles de la Bienheureuse Vierge : aussi il est envoyé pour le former et pour le faire vivre, par le Baptême, dans le sein de notre âme, et pour nous incorporer et unir avec lui, et nous faire naître et vivre en lui : ÆVisi quis renatus fuerilt ex aqua et Spirilu sanclo.
Et comme les trois Personnes divines ensemblement ont coopéré par une même puissance et bonté à l’œuvre admirable de l’Incarnation : ainsi ces mêmes Personnes
1 Ad Tit. IT, 5. — ? Joan. IF, 5.
182 ENTRETIENS INDÉRIEURS Là
se trouvent présentes en notre Baptême, et coopèrent er
velle vie en Jésus-Christ, qui nous y est donnée.
Ainsi notre Baptème est une génération ineffables Voluntarie genuit nos|, et une naissance admirable, qu est une image vive de la génération et de la naissance éternelle et temporelle du Fils de Dieu. À raison de quo: notre vie doit être une image parfaite de sa vie. Nous sommes nés de Dieu : £x Deo nati? ; nous sommes néser Jésus-Christ: Creatiin Chrislo*®; nous sommes nés et for més par l'opération du Saint-Esprit : Quod natum est ex Spiritu*. C'est pourquoi nous ne devons vivre que de Dieu, en Dieu et pour Dieu ; nous ne devons vivre que de la vie de Jésus-Christ ; et nous ne devons nous con duire que par son Esprit qui nous doit animer et pos séder entièrement.
Humilions-nous de nous woir si éloignés de cette mie qui doit être dans tous les chrétiens. Donnons-nous à Dieu avec un grand désir de commencer à vivre ainsi et prions-le qu'il détruise en nous la wie du monde et du péché, et qu'il y établisse sa vie, afin que nous ne soyons pas de ceux desquels saint Paul dit qu'ils sont alienati a vita Dei’, «aliénés et séparés de la vie de Dieu»
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Le Baptème est une mort et une résurrection.
C'est une mort; car Si unus pro omnibus mortuus est, ergo omnes mortui sunt, dit saint Paul® : « Si un est mort pour tous, il s'ensuit que tous sont morts », c'est-à-diré tous ceux qui sont incorporés en lui comme ses membres par le Baptème. Car étant membres d’un chef mort et crucifié, nous devons être crucifiés et morts au monde, au péché et à nous-mêmes.
{ Jacob. I, 18. — * Joan. I, 13. — * Ep. II, 10. “Joan. INT, 6. Cf. ibid. 5.
SEph. IV, 18.— SIL Cor. V, 14.
C'est une résurrection, puisque, par le Baptème, nous sortons de la mort du péché pour entrer dans la vie de la grâce.
Le Baptème est une mort et une résurrection, qui a pour son exemplaire la mort et la résurrection de Jésus- Christ. — Sa mort : car nous avons élé baplisés en la mort de Jésus Christ, dit saint Paul ; nous avons été ensevelis
… dans la mort avec Jésus-Christ par le Baptéme. — Sa
résurrection : Car, comme Jésus-Christ est ressuscité des
morts et entré dans une nouvelle vie, ainsi nous devons
vivre d'une nouvelle vie. Tellement que par le Baptême
nous sommes obligés de mourir à tout, pour vivre avec
Jésus-Christ d'une vie toute céleste, et comme personnes qui ne sont plus de la terre, mais du ciel, et qui ont tout
leur cœur et tout leur esprit au ciel, selon ces paroles
des premiers chrétiens parlant par la bouche de saint Paul : Notre conversation est dans les cieux? , et selon celles-ci du même Apôtre : Si vous êles ressuscilés avec Jésus-Christ, cherchez et aimez les choses qui sont au ciel, et non pas celles qui sont sur la terre.
Enfin, par le Baptème, nous sommes obligés de vérifier en nous ces divines paroles: Vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu*. Nous devons être morts à tout ce qui n’est point Dieu, pour ne vivre qu’en Dieu et avec Jésus-Christ : l'anquam ex mortuis viventes, dit saint Paul, comme des personnes ressuscitées, et qui par conséquent doivent mener en la terre la vie du ciel,
? « An ignoratis quia quicumque baptizati sumus in Chbristo Jesu, in morte ipsius baptizati sumus ? Consepulti enim sumus cum illo per baptismum in mortem ; ut quomodo Christus surrexit a mortuis per gloriam Patris, ita et nos in novitate vitæ ambulemus. » Rom. VI, 3-4.
2 « Nostra autem conversatio in cælis est. » Pilip. II, 20.
#« Si consurrexistis cum Christo, quæ sursum sunt quærite, ubi Christus est in dextera Dei sedens; quæ sursum sunt sapite, non quæ super terram, » Col. IL, 1, 2,
# « Mortui estis, et vita vestra est abcondita cum Christo in Deo. » Col. xx, 3.
5 Rom, VI, 13.
c'est-à-dire une vie sainte et ornée de toutes sortes des vertus, et qui soit un exercice continuel d'amour, d'adoration, de louange vers Dieu, et de charité vers le prochain Voilà quelle doit être la vie de tous ceux qui sont baptisés ; et ceux qui, au lieu de vivre de cette vie, vivent de la vie du monde quiest le corps du dragon, comme dit saint Ambroise, de la vie des païens, de la vie des bêtes, de la vie des démons, ils renoncent à leur Baptême, et se rendent plus condamnables que les païens et les démons. Oh! que le péché est une chose effroyable, qui éteint en nous une vie si noble et si précieuse, comme est la vie chrétienne que nous avons reçue par le Baptème, vie de Dieu, vie de Jésus-Christ en nos âmes ; et quiy met une si horrible vie, comme est la vie pécheresse, vie diabolique et détestable ! Détestons nos péchés. Renoncons de tout notre cœur à la vie du mondeet du vieil homme. Donnons-nous à Jésus et le prions qu'k l'anéantisse en nous, et qu'il y établisse la sienne.
ORAISON JACULATOIRE : Vivam ego, jam non ego, vivat vero in me Christus !! « Que je vive, non plus moi, mais que Jésus-Christ vive en moi. »