III. — Sur le même sujet
O7 les désordres précédents, en voici un autre qui n'est point des moindres. C’est la coutume qui s’est introduite en quelques endroits, de tenir les écoles dans l'église, contre ce décret du susdit Concile de Toulouse : Qu'il ne soit point permis de tenir école dans les églises ; mais qu'on n'y enseigne rien aux enfants que la doctrine chrétienne?. Coutume très pernicieuse : car cest apprendre aux chrétiens, dès leur enfance, à se comporter dans les temples avec peu de respect, à les traiter comme des lieux indifférents, et à y causer, jouer et badiner, comme dans une halle.
De là vient en partie, que la plupart des enfants des chrétiens, qui devraient être des anges, et imiter, autant qu'il se peut en cet âge, l'innocence et la dévotion des Anges, vivent comme des petits démons, et en font les actions, même dans la maison de Dieu. Car vous les y voyez assis proche de l'autel, sans aucune marque de modestie ni de piété, mais au contraire ayant le dos tourné vers le Saint-Sacrement pendant la célébration du divin service et du saint sacrifice de la Messe. Vous les y voyez parler, crier, courir, jouer, quelquefois s’entrebattre, troubler le divin office, et faire mille insolences, qui obligent Dieu à donner souvent sa malédiction et aux enfants, et aux pères et mères, et aux maitres qui les
Marc. XI, 16.
3 « Sola in ipsis ecclesiis christianæ doctrinæ, elementa pueris ediscenda proponantur ; scholas alias in ïüis habere non liceat. » Conc. Tolos. an. 1590, De ecclesiis, n. 5.
Mer. CHER pe
doivent instruire, parce qu'ils n'ont pas soin de les corriger de ce dérèglement, ni de leur enseigner, par leur exemple et par leurs paroles, la manière en laquelle il faut converser dans les lieux consacrés à Dieu, suivant ce saint décret du Concile de Chartres sus-allégué : Nous enjoignons aux curés el aux maîtres d'école, quals enseignent diligemment et soigneusement les enfants de se comporter avec révérence dans les églises ; el afin qu'ils apprennent ‘de bonne heure à servir Dieu avec humilité, nous ordonnons qu'on leur assigne un lieu convenable, là où ils soient à genoux, lisant et récitant des psaumes ou quelques autres prières !.
Ce sont les belles lecons que non seulement les pasteurs et les maîtres, mais aussi les pères, les mères et les nourrices äevraient faire et réitérer souvent aux enfants. Mais tant s'en faut qu'ils le fassent, qu'au contraire on voit des mères et des nourrices qui leur apprennent à jouer, à badiner et à courir dans l’église, jusque-là que, pour les y exciter, elles jettent quelquefois devant eux leurs chapelets, quoiqu'ils aient été bénits de PÉglise : leur faisant ainsi un jouet d'une chose sainte, pour les provoquer à en profaner une plus sainte qui est le temple de Dieu, et pour les exercer de bonne heure à la profanation et des lieux et des choses sacrées.
Vous me direz peut-être que cela n’est pas un si grand mal. Mais il n’est pas si petit, puisque le susdit Concile de Chartres, ou plutôt le Saint-Esprit qui préside dans les Conciles, a bien voulu prendre la peine de faire ce décret, qui devrait être écrit en grosses lettres dans toutes les églises : Vous ordonnons à tous les curés et vicaires, de ne permettre point aux femmes de faire promener leurs enfants dans l'église, durant le divin service, ni de les y laisser pleurer ou crier. Mais, nous leur enjoignons de leur déféndre ce désordre, sous peine d'encourir les châtiments qui sont
4 Concile de Chartres, 1526.
ordonnés par les saints canons, contre les profanateurs des lieux sacrés.
» Remarquez, je vous prie, que le saint Concile ne con- “seille et n'exhorte pas seulement, mais qu'il enjoint et qu'il commande et sous peine de châtiment; ce qu'il ne ferait pas s'il n’y avait point demal. Certainement il y en a plus qu on ne pense ; car toutes les irrévérences qui se font dans l'église, vont au mépris de Dieu, lequelest traité avec beaucoup moins de respect dans sa maison, que les princes du siècle ne le sont dans leurs palais. C'est pourquoi, si les enfants qui vont ou qu'on mène à l’église, sont en un âge auquel ils soient capables de péché mortel, et qu'ils y fassent un bruit notable durant le divin service, qui peut douter qu'ils ne pèchent grièvement ? Et s'ils n'en sont pas capables, qui peut ignorer que ce piché retombe sur la tête des pères et mères, ou des nourrices, lorsqu'ils en sont cause en quelqu’une des manières susdites, et qu'ainsi la malédic- “tion de Dieu ne descende souvent sur les uns et sur les autres ? Malédiction qui est la source d’une infinité d’autres malheurs et malédictions corporelles et spirituelles, qui leur arrivent durant le reste de leur vie. Car si Notre-Sei- #neur a maudit le figuier qui ne portait point de fruit, “quelle malédiction donnera-t-il à ceux qui ne portent que des fruits d'iniquité et d'impiété ? Et si parmi les chré- “tiens, Les pères et mères et même les enfants sont mau- “dits de Dieu dès leur enfance, hélas ! que deviendra dé- Sormais la religion chrétienne, si la miséricorde et la “justice divine ne s'unissent ensemble pour exercer un “châtiment exemplaire sur quelques-uns, qui soient capables de donner terreur aux autres et les obliger à se “convertir ?
— Etles femmes lesquelles, selon le langage du prince “des Apôtres, saint Pierre, doivent être en tous lieux et en “tout temps, mais spécialement dans l'église, ornées d’une telle pudeur, simplicité et modestie, que leur sainte con-
versation et l'exemple de leur vertu et de leur piét soient capables de convertir les cœurs des hommes le plus endurcis et sur lequels la prédication de la di
vine parole n'a eu aucun pouvoir!, en quel équipag
viennent-elles dans les lieux saints? Quels y sont leur.
comportements ? Au lieu d'y être voilées, comme Diew leur ordonne par saint Paul?, elles s'y présentent, voire mème elles entrent souvent dans le sanctuaire, comme si elles venaient à un bal et à une danse, avec des habit
pompeux, des cheveux frisés, crêpelés, annelés, et ave
la gorge et le sein découverts’. Est-ce vouloir plaire à
Dieu cela, ou au monde qui est son ennemi, et par con< séquent au prince du monde qui est Satan ? Est-ce porter les marques d'une chrétienne, ou d’une païenne ? Est-ce) ètre parée des livrées de Jésus-Christ, ou des livrées de l'Antéchrist ? Est-ce porter l’image de la pureté, modestie et humilité de la plus noble de toutes les femmes, qui es la Reine du ciel, ou le portrait de la vanité et impiété d l’infâme Jésabel, laquelle par un juste jugement de Die a été écrasée sous les pieds des chevaux et mangée de
‘« Similiter et mulieres subditæ sint viris suis : ut et si qui no credunt verbo, per mulierum conversationem sine verbo lucrifiant” considerantes in timore castam conversationem wvestram. Qua rum non sit extrinsecus capillatura, aut circumdatio auri, aut indu menti vestimentorum cultus ; sed qui absconditus est cordis homo in incorruptibilitate quieti et modesti spiritus, qui est in spiritu Dei locuples. » I Pet. IIS, 1-5.
24« Vosipsi judicate : decet mulierem non velatam orare Deum ? I Cor. XI, 13. Cf. ibid. 5, 6.
*« La mode se répandit alors, parmi les femmes, « de porter l gorge découverte jusqu’à l'excès », et de se présenter en cet appareï indécent jusque dans les églises. On pria les confesseurs de travaille à corriger cet abus par leurs remontrances, et même par le refu de l’absolution à celles qui se montreraient indociles, surtout « s elles étaient assez impudentes que de s’approcher en cet état de l sainte Table. » La Compagnie [du Saint-Sacrement] supplia Mes sieurs du chapitre [de Paris] et de la cathédrale, et les curés des paroisses, d'éloigner les femmes du sanctuaire et de l'autel ; mai ce ne fut pas sans difficulté qu'on parvint à réformer un peu ce dé sordre. » £ludes religieuses des PP. Jésuites, novembre 1888, p.374.
hiens’? Dirait-onu pas qu'elles viennent à l'église, pour y ésavouer publiquement et à la face de Dieu et de ses Anges, la promesse qu'elles ont faite en leur baptême, > renoncer aux pompes du diable, et pour protester haument, qu'encore qu'elles confessent Jésus-Christ de puche, elles le renient néanmoins par leurs œuvres, our adhérer à son ennemi ? O effronterie ! à impudence upportable! voir les chrétiennes paraitre devant Jésus-Christ couronné d'épines, déchiré à coups de fouet,
Jémembré, crucifié, tout couvert de plaies et de sang : brevètues des pompes de Satan, armées de pied en cap de vanité, de mondanité, d'afféterie et de mille flèches empoisonnées pour faire la guerre à la chasteté, et pour tuer les âmes pour lesquelles il est mort ; ou pour micux dire armées de fouets, d'épines et de clous, pour flageller, tourmenter et erucifier de rechef celui qu'elles adorent en apparence comme leur Dieu, et qu'elles renient en tet.
Que vous a-t-il fait, misérables, cetrès aimable Sauveur, ue vous le traitez si indignement dans sa propre maison ? Combien y en a-t-il d'entre vous, lesquelles, si d'une Moreille elles écoutent la prédication de sa divine parole, Mprètent l'autre aux cajoleries de quelque malheureux tison d'enfer ? Combien y en a-t-il qui, au lieu de s’humihier devant la majesté du grand Dieu, et d'avoir les yeux aissés en terre, comme vers le lieu d’où elles sont sorlies, où elles doivent rentrer pour être mangées des vers et changées en pourriture, lancent des regards envenilmés de tous côtés, qui empoisonnent les cœurs et mas-— Sacrent les âmes rachetées de sang de Jésus-Christ? Elles n'y pensent pas en mal, disent-elles ; mais le Mdiable y pense pour elles, et se sert de leur afféterie pour faire commettre quantité de péchés.
Combien y en a-t-il, qui voulant être vues de toutes
- ! IV Reg. IX: 33-37.
Lat Mes j |
parts, et donner plus de facilité à leurs yeux de se pro mener de tous côtés, se perchent, s'il faut ainsi dire, sur des bancs haut élevés, comme des oiseaux de mauvais augure ! Combien y en a-t-il qui sont assises sur des car-| reaux, ou plutôt sur des trônes de velours, ornés de pas“ sements d'or et d'argent, ou enrichis de broderies | Comme si le pavé de la maison de Dieu n'était pas dignes de porter les unes et les autres ; et comme si elles ve naient à l'église, non pour lui rendre leurs adeorations\ mais pour s'y faire adorer elles-mêmes ; non pour offrir et donner leurs âmes à celui qui les a achetées de son sang, mais pour exposer et faire parade d'un fumier revêtu de soie ; non pour s'humilier devant sa divine Ma< jesté, mais pour triompher et pour faire triompher avec elles les pompes de Satan, devant sa face, et au lieu mème où elles ont fait vœu d'y renoncer.
Ne savez-vous pas, ingrates que vous êtes, que le Roi de la gloire se présentant devant son Père afin de le prier pour vous, s’est prosterné la face contre terre, selon ces paroles du saint Évangéliste : Procidit in faciem sua orans! ; et qu'il a mis sa divine bouche dans la poussière pour votre. salut, suivant ce témoignage de son Prophète : Ponet in pulvere os suum?; et que la bonté infinie qu'il a pour vous l’a réduit, depuis seize cents ans et plus, dans un continuel et prodigieux anéantissement sur ses autels, dans la sainte Eucharistie et dans le saint sacrifice de la Messe ? Comment est-il done possible que vous ayez tant d'amour pour vous-même, et si peu de respect pour. votre Dieu ; tant de vanité et si peu de piété, que vous: ne puissiez vous résoudre ni de fléchir les genoux en terre, pour rendre l'honneur que vous devez à celui qui y à mis sa face pour vous ; ni de souffrir que vos habits touchent la poussière, dans laquelle le Dieu du ciel a
l Matth. XXVI, 39.
? Thren. XII, 29.
voulu mettre sa bouche pour vous tirer de l'enfer ; ni “de vous humilier en un lieu où les Séraphins ne sont qu'avec tremblement, et où le souverain Monarque de lunivers est tant humilié et abaissé pour votre sujet ?
… Que dirons-nous de celles qui, au matin assistent au Saint sacrifice de la Messe, et l’après-dîner vont au bal “et à la comédie, comme si elles voulaient joindre l'arche du Dieu vivant avec l’idole Dagon ?
- Quelles foudres méritent celles qui s’approchent de la table de Dieu, pour trahir son Fils, comme Judas, et pour le mettre dans une caverne de serpents et de dragons, c'est-à-dire, dans un cœur rempli de l'esprit du monde, “de l'esprit d'ambition, d'avarice et d’impureté, et asservi fi toutes sortes de passions déréglées ? C'est ainsi que Je Fils de la Vierge est traité par celles qui le devraient ‘adorer comme leur Dieu, l'aimer comme leur Père et le craindre comme leur Juge.
… Mais combien y a-t-il d'hommes impies, ou plutôt des monstres d'impiété, qui l’outragent encore plus cruellement! Combien en voit-on devant les autels avec aussi peu de respect que dans un cabaret ! « C’est là, dit un grand Prélat de nos jours, écrivant contre ces insolents, qu'ils font gloire des actions qui les devraient faire e rougir de honte, faisant passer leurs profanations pour « des galanteries, et leurs impiétés pour des gentil- © lesses! ; c'est où leurs yeux sont plus lascifs, leurs « gestes plus désordonnés, leur bouches plus sacrilèges. Si onles voit à genoux, c'est devant ces idoles de plâtre « et de rouge?, auxquelles il donnent si libéralement le
n nom de divinités. A peine le Dieu qui les doit juger en
1 On lit dans toutes les éditions que nous avons eues entre les mains : « Faisant passer... leurs impiétés pour des sacrilèges. » 11 y a là manifestement une faute d'impression que nous avons essayé de corriger en substituant le mot gentillesses au mot sacrilèges.
2Par plâtre il faut entendre ici du fard blanc, et par rouge, du fard rouge.