‹ Œuvres comple?tes du venerable Jean Eudes (volume 2)Chapitre 8 sur 208 · VI. — Suite du même discours · texte numérisé non relu

VI. — Suite du même discours

D° ce qui a été dit ci-dessus, vous voyez qu'aujourd'hui les grands et les petits, les hommes et les femmes, les prêtres et les laïques, changent la maison de Dieu en une caverne de larrons, qui dérobent à Dieu

hibemus, subinterminatione divini judicii, quicquam in sacrificio et in templo nisi sacrum et sanctum dici aut fieri. Aîtque hortamur et monemur omnes judices magistratus, ut sua quæcumque mandata per suos ministros et fabricarum rectores, aut aliunde paræcianis deputatum publicari extra cæœmeterium et ecclesiam, quo loco ipsis videbitur convenientius. Eosdem vbtestamur in Domino, ne liceat his rdiebus parœcianos venientes aut redeuntes ad ecclesiam, aut inipsa inventos, in jus vocure, aut prehendere, aut aliter vexare. Ob id enim miseri homines coguntur abstinere a cultu divino, et festis diebus, quibus prodeundum in ecclesiam est, latitare. » Conc. Rothomagense, an. 1581, De curatorum officiis, n. 20 ; Conc. Aquense an. 1585, De parochis.

sa gloire; en un repaire de serpents et en un enfer de démons; et que par ce moyen ils attirent l'ire et la malédiction de Dieu sur eux.

Car je remarque, dansle saint Évangile, que de trois ou quatre fois que Notre-Seigneur Jésus-Christ s'est mis en colère, pendant qu'il était sur la terre, il y en a deux auxquelles il à fait paraître un courroux beaucoup plus terrible que dans les autres : c'a été lorsqu'il à chassé coups de fouet ceux qui profanaient le temple de Jérusa lem, en y vendant et achetant certaines choses.

Considérez, s’il vous plait, premièrement qu'ils n’y vendaient que des choses nécessaires aux sacrifices qu'on offrait dans le temple. Secondement, que dans ce temple. il y avait quantité d'appartements, de portiques et de ga= leries, et que ceux qui vendaient n'étaient pas aux pieds des autels, ni même au lieu où le peuple se mettait pour adorer et prier Dieu étant dans le temple, mais seulement sous quelqu'un de ses porches, ou en quelqu'une de ses galeries. Troisièmement, que ce même temple n'était que la figure et l'ombre de nos temples ; qu'il ne contenait en soi que la figure de Jésus-Christ, qui est ré“ sidant actuellement et véritablement dans nos églises ; qu'on n'y offrait que des sacrifices de bœufs, de moutons et d’autres choses semblables, lesquels n'étaient qu'une ombre du sacrifice adorable du vrai sang de l'Agneau d Dieu, qui est immolé sur nos autels.

Et cependant Notre-Seigneur chasse à coups de foue et avec grosse colère ces vendeurs et acheteurs, et leur dit : {lest écrit que ma maison sera appelée une maison d'oraison, et vous en avez fait une caverne de larrons!.

Sur quoi , saint Chrysostome nous assure que cette profanation du temple, qui paraît très excusable pour le considérations susdites, fut cause de sa ruine et déso”

l« Scriptum est: Domus mea, domus orationis vocabitur ; vos au tem fecistis illam speluncam latronum. » MATTH. XXI, 13.

lation, et que Notre-Seigneur le voulut donner à entendre par ces paroles : Vos fecistis illam speluncam latronum : «Vous avez fait de ma maison une caverne de larrons » ; comme disant : Vous serez cause qu’en punition de votre péché, ce temple sera ruiné et deviendra une caverne de brigands et de sacrilèges. Ce qui arriva en effet, après la mort du Fils de Dieu ; car on a vu plusieurs fois depuis ce lieu saint et vénérable rempli de larrons et de meurtriers, d’impies et de scélérats.

O Seigneur, si les profanateurs de la figure ont mérité d’être l’objet de votre ire, quelle vengeance exercerezvous contre ceux qui profanent la vérité ? Si vous avez chassé ceux-là du temple de Salomon avec tant de rigueur, avec quelle colère chasserez-vous ceux-ci de la maison de votre Père, qui est le ciel, pour les jeter dans les ténèbres extérieures, là où il y aura pleurs et grincements de dents?

Certainement il ne faut pas tant nous plaindre de l’impiété et de la rage des hérétiques, Luthériens et Calvinistes, qui ont violé, pillé et brûlé nos temples, comme des irrévérences, impiétés et insolences qui s'y commettent par les mauvais catholiques, en punition desquels Dieu permet aux ennemis de la foi d'exercer ces ravages.

Et si nous ne changeons nos déportements, nous devons craindre qu'il ne nous châtie encore plus rudement et qu'il ne nous fasse porter l’effet de ces menaces apostoliques : Si quis violaverit templum Dei, disperdet illum Deus! : « Quiconque violera ou profanera le temple de Dieu, Dieu le perdra. »

A l’imitation du Fils de Dieu, autrefois, dans les premiers siècles de la religion chrétienne, on chassait de l’église tous ceux qu'on savait par une connaissance publique être en certains péchés mortels, quoiqu'ils fussent en état de pénitence, même les rois et empereurs : témoin

1 J Cor. III, 1.

Ce LA ONE 1:

l’empereur Théodose, auquel saint Ambroise empêcha l'entrée de l’église, jusqu’à ce qu'il eût fait pénitence

d'un meurtre dont il était coupable, et qui était en.

la connaissance d’un chacun. Car nous lisons dans la vie de saint Ambroise, que l’empereur venant à l’église pour y entrer après ce crime, saint Ambroise vint à la porte et lui défendit l'entrée avec des paroles graves et pleines de majesté, jusqu'à ce qu'il eût confessé son péché et fait sa pénitence publique. L'empereur lui obéit, s’en retourna en sa maison, où il pleura huit mois avec tant de douleur et de regret, que Ruffin, l’un de ses plus grands mignons, le voyant un jour tout baigné en larmes, et lui demandant la cause de sa douleur, il lui répondit en pleurant : J'u ne sais pas mon mal et mon dommage ; mais je pleure et lamente mon infortune, considérant combien i] est facile aux pauvres d'entrer dans l’église de Dieu et d'y faire leurs prières, et qu'à moi la porte me soit fermée, non seulement de l’église, mais aussi du ciel ; attendu que Notre. Seigneur Jésus-Christ a dit aux prêtres : Tout ce que vous lierez en la terre, sera lié au ciel. Ruffin répliqua là-dessus qu'il ferait tant avec Ambroise, qu'il l'absoudrait. No ferar, dit Théodose, car je sais que la sentence d'Ambroise est si juste, qu'il ne voudra pas violer la loi de Diew pour le respect de la puissance impériale?.

Vous voyez par là que l’église était fermée à ceux qui étaient coupables de quelque crime notoire, quoique: même ils en fissent actuellement pénitence ; et que l'on n’y souffrait que les saints, c'est-à-dire ceux qu'on présumait être en état de grâce, parce qu'ils n'étaient marqués d'aucune offense notable et manifeste ; spécialement

lorsqu'on était sur le point d'offrir à Dieu le très

Expression familière pour dire : I n’en fera rien. Molière dit de: même : « Je proteste de ne prétendre rien à tous vos biens, pourvu que vous me laissiez celui que j'ai. » — Non ferai. » Avare, N, 3.

* Théodoret, Hist. eccles. V.— Cf. Baunard, Vte de saint Ambroise. IE VON, 7e

auguste sacrifice du Saint des saints. C'était alors qu'on entendait cette voix formidable : Sancta sanctis : « Les choses saintes ne sont que pour les saints »: voix qui était comme un foudre ou un glaive tranchant des deux côtés, qui faisait la séparation des bons d'avec les méchants, des criminels d'avec les justes, et quichassait les coupables de la maison de Dieu, comme indignes de paraître devant sa face et de regarder même les saints mystères. Et maintenant, non seulement vous voyez les églises remplies de blasphémateurs, de sacrilèges, d'impies, de larrons, de vindicatifs, d’ambitieux, d’avaricieux, d'ivrognes, d’impudiques, d’usuriers, de faussaires, de faux témoins, de trompeurs, de meurtriers et de mille autres personnes toutes chargées de crimes, et qui [se] font gloire publiquement de leur malice et mènent leur impunité en triomphe ; mais même vous diriez que la plupart des chrétiens y viennent pour se moquer de Dieu, pour le bafouer, pour l’outrager et pour le crucifier derechef dans son temple même et dans sa propre maison. « O audace insupportable, s’écrie le grand saint Jean « Chrysostome, quand ferons-nous l’œuvre de notre salut? « Comment pourrons-nous apaiser l’ire de Dieu, puisque « dans le temps opportun, dans les lieux convenables, « pendant que nous espérons le fléchir par nos oraisons, « j'en vois quelques-uns, empêchés de leur contenance, « chercher des amusements, ou indiscrets en leur babil, « oufolâtresen leursrisées, troubler les prières publiques ? « Et il y en a d'autres qui ne se contiennent pas même « pendant que le prêtre fait ses fonctions sacerdotales. « O effronterie intolérable ! Ne savez-vous pas que vous « êtes au milieu des Anges, et que vous rendez vos actions « de grâces avec eux? Et néanmoins vous êtes dans une « posture messéante, vous passez le temps à causer ou à « rire. En vérité ce ne serait pas merveille si la foudre « tombait non seulement sur vos têtes, mais aussi sur -« les nôtres ; car ces crimes sont dignes d’un tel supplice.

dus à

« Le Roi des rois est présent ; son armée est à ses côtés : et vous causez, et vous riez à leur vue, ou du moins vous ne corrigez pas celui qui cause ou qui rit. Mais combien est lent notre zèle pour les reprendre ! Combien dureront nos reproches ? Ne faudrait-il pas chasser de l'église telles gens comme scandaleux, et comme des pernicieux remplis ‘de tous maux ?

« Jusques à quand riront-ils, en un temps auquel ils devraient en avoir horreur ? Jusques à quand causeront-ils, pour empêcher les bénédictions de Dieu? Is n’ont ni respect pour les princes du ciel qui sont présents, ni crainte pour le souverain Juge qui les regarde.

« Ne nous suffit-il pas de nous comporter lâchement dans nos pensées, et de nous laisser emporter à tant d'objets divers pendant nos oraisons? Mais nous ne contenons pas même nos ris et babils immodérés ! N'est-ce pas faire de l'église un théâtre, et du service divin une comédie où l'on joue toutes sortes de personnages ? C'est pourquoi je vous recommande à Dieu.

ds te tn és

Et pour vous autres qui ne tombez point dans cesexcès, « je vous assure que si vous n avertissez et corrigez celui que vous verrez faire une action désordonnée, prin- «

cipalement en ce temps, vous serez jugés et condamnés avec lui. Corriger est plus que prier : quittez vos priè-

res et le corrigez; ainsi vous lui profiterez, et vous en»

aurez récompense. »

« Rursum alios video colloquentes stare dum fit oratio : alios mo-… destiores scilicet, non modo dum fit oratio, sed etiam dum sacerdos

benedicit. O audaciam ! quandonam erit salus ? Quomodo poterimus « Deum placare ?... Nescis te cum angelis stare ? Cum illis cantas hymnosque celebras, et stas ridens ? Annon mirum est, quod fulmen

non immittatur, noninillos tantum, sed et in nos omnes ? Hæc quippe . fulmine digna sunt. Adest rex, videt exercitum ; tu veroillis videntibus stas ridens, vel ridentem negligis ? Sed quousque increpamus ? quousque reprehendimus ? Annon ut pestes, annon ut corruptores, annon ut corruptos et perniciosos hujusmodi homines, innumerisque malis onustos ab ecclesia pelli oportuisset ? Quandonam illi a risu

Voilà les paroles et avertissements de saint Chrysostome ; mais qui est-ce qui les suit? Qui est-ce qui prend le parti de Dieu contre ses ennemis ? Qui est-ce qui s’oppose aux opprobres et aux outrages qu’on lui fait souffrir tous les jours? Presque personne. Mais ce qui est prodigieux, c’est qu’on tient toutes ces choses, aussi bien que plusieurs autres qui regardent son honneur, ou pour indifférentes, ou pour être de fort petite conséquence. On en fait peu ou point de scrupule, à peine les met-on au nombre des péchés; c’est pourquoi on souffre tous ces désordres sans en dire mot.

S'il y allait tant soit peu de notre intéret temporel, on crierait, On courrait, on fulminerait, on emploierait ies puissances séeulières et les anathèmes de l'Église, on remuerait le ciel et la terre, et on n’épargnerait rien. Mais lorsqu'il y va de l'intérêt de Dieu et de l'affaire du salut, vous diriez, à voir la plupart des hommes, qu'ils sont stupides et insensibles, et qu'ils n’ont ni esprit, ni cœur, pi affection, ni sentiment, ni mouvement, non plus que des pierres.

Et cependant qui pourrait dire combien de châtiments cette profanation des lieux saints attire sur nos têtes ? Qui pourrait dire combien d’âmes descendent en enfer pour ce seul péché ?

Plusieurs même s'imaginent que c'est assez, pour être du nombre des prédestinés, d'être d’une ville ou d'une paroisse dont l’église soit consacrée à la Mère de Dieu ;

abstinebunt, qui in hora tremenda rident ? Quando a nugis abstinebunt, qui in tempore benedictionis garriunt ? non præsentes reverentur, non Deum timent? Annon sufficit nobis mentis socordia? non satis est quod orantes alio evagemur ; sed et risum et cachinnos multos ingerimus ? An theatrum hæc sunt ?.. Ideirco committo vos Deo. Et jam hinc yobis, qui sani estis, testificor judicium vobis et damnationem fore, si quis quum videt inordinate agentes, maximeque illo tempore confabulantes, non admonuerit nec correxerit eos: hoc melius est precatione ipsa. Dimitte preces et illum increpa :ita et illi proderis, et tu lucraberis. » Chrysost. In acta Apost. hom. XXIV,

dé

semblables en cela aux Juifs, auxquels Dieu parle en cette facon par son prophète : /Ve vous fiez point en ces paroles trompeuses, disant : Le temple du Seigneur, le temple du Seigneur, le temple du Seigneur! : c'est-à-dire, ne vous ® trompez pas vous-mêmes, vous glorifiant en ce que le temple du Seigneur est au milieu de vous, et vous persuadant faussement que le temple du Seigneur vous gardera, que le temple du Seigneur vous sauvera. Ce ne sera pas le temple du Seigneur qui vous sauvera, mais ce sera l'honneur que vous rendrez au Seigneur dans son temple, et la fidélité avec laquelle vous obéirez aux volontés du Seigneur, qui vous sont déclarées dans son temple ; autrement le Seigneur renversera ce temple auquel vous mettez votre gloire et vous exterminera tous.

Il en faut dire autant à ceux-là : Ne vous abusez point, ce ne sera point l’église de Notre-Dame qui vous sauvera, mais ce sera l'honneur, l'obéissance et le service que vous rendez à son Fils et à elle dans son église. Que si, au lieu d'y honorer le Fils et la Mère, vous les déshonorez, sachez que la grâce que Dieu vous a faite d’être en un lat qui appartient spécialement à la Reine du ciel, ne servira qu'à votre plus grande condamnation, et qu’ellemême vous jugera et vous condamnera avec très grande sévérité, changeant ses douceurs en rigueurs, et ses miséricordes en justice, pour venger les injures que vous avez faites à son Fils.

O Vierge sainte, ne permettez pas que cela soit ! O Mère de miséricorde, ayez pitié de nous ; ayez pitié de tant de misères ; ayez pitié de tant d'’âmes qui se perdent ; ayez compassion de votre Fils qui est si horriblement persécuté, bafoué, foulé aux pieds, crucifié par les grands et par les petits, par les hommes et par les femmes, par les laïques et par les prêtres! Ne souffrez plus que sa

‘« Nolite confidere in verbis mendacii, dicentes : Templum Domini, Templum Domini, Templum Domini est. » Jerem. VII, 4.

Po

D AUX LIEUX SAINTS 99 maison et la vôtre soit en oprrobre à vos ennemis. Priez votre Fils bien-aimé qu'il remédie à tant de maux, et qu'il inspire les évêques, les pasteurs et les prédicateurs, de faire entendre l'importance de ces choses aux chrétiens, d'employer leur zèle et leur autorité pour empêcher ces désordres, et surtout de faire voir au peuple, par leur exemple, avec quel respect, quelle piété et quelle sainteté on se doit comporter dans les lieux saints, suivant l’ordre qui nous en est prescrit par le Saint-Esprit, lequel nous parle en cette facon par les oracles des saints Conciles, et même par la bouche des princes séculiers :

Comme le principal ornement de la maison de Dieu est la sainteté, afin que le service divin s'y fasse paisiblement et avec la révérence qui est due à sa divine Majesté, nous ordonnons que chacun entre dans l'église avec humilité et dévotion. Que le maintien y soit tranquille, agréable à Dieu, plein d'édification. pour le prochain, et donnant de La dévotion aux assistants. Que les universités, parlements, confréries et autres compagnies de laïques n'y tiennent point leurs assemblées. Que l’on ne s'y promène point ; que l'on n'y parle-point des affaires du monde ; que l'on n'y porte point de livres, s'ils ne sont de dévotion ; ni d'autres choses, si elles ne sont saintes et capables de porter à la piété. Que les discours vains et frivoles, et beaucoup davantage les cajoleries et les entretiens profanes et contraires à l'honnêteté, y soient entièrement étouffés. Que la vanité, Le faste, l'ambition et les pompes du monde n’y aient point d'entrée. Que toute sorte de bruit, de clameur, de trouble, (dl’irrévérence, et tout ce qui peut offenser les yeux de la divine Majesté et apporter de l’empêchement ou de la distraction aux offices divins, en soit banni absolument ; de peur que l’on ne fasse le péché, ou que l’onne donne occasion aux autres de le faire où l’on doit en demander pardon Qu'il ne s'y dise et ne s'y fasse rien qui ne soit saint, et convenable à la sainteté de la maison de Dieu, et à l'hon-

neur du Saint des saints, qui y est présent. Que Dieu y soil adoré, loué, prié avec une sincère et cordiale dévotion ; et que chacun soit à genoux pendant que l'on célèbre le saint sacrifice de la Messe. Que les évêques et les curés fassent observer ces choses ; et qu'ils emploient pour cet effet, s'il en est besoin, les censures ecclésiastiques: Que s'il se trouve quelques-uns qui soient si hardis que de contrevenir à ces défenses, qu'ils appréhendent de ressentir la sévérilé de la divine vengeance".

Voilà les décrets des Conciles, et voici les ordonnances de nos Rois :

Que l'on porte honneur et respect à l'église de Dieu Que les autels soient honorés selon leur dignité. Que la maison de Dieu ne soit point ouverte aux chiens. Que les vaisseaux sacrés y soient conservés avec singulière vénération: Que l'on n'y parle point de choses vaines, ni d'affaires séculières ; que l'on y assiste au saint sacrifice de la Messe avec un

! « Decet domum Domini sanctitudo, decet ut cujus in pacelfactus est locus, sit cultus cum debita veneratione pacificus. Sit itaque ad ecclesias humilis et devotus ingressus. Sit in eiïs quieta conversalio, Deo grata, inspicientibus placida, quæ considerantes non solumtinstruat, sed reficiat.. Nullus in locis eisdem, in quibus cum pace et quiete vota convenit celebrari, seditionem excitet, conclamationem moveat, impetumve committat. Cessent in illis universitatum et societatum quarumlibet consilia, conciones et publica parlamenta. Cessent confabulationes quælibet. Sint postremo quæcumque alia divinum turbare possunt officium, aut oculos divinæ Majestatis offendere, ab ipsis prorsus extranea : ne ubi peccatorum est venia postulanda, ibi peccandi detur occasio, aut deprehendantur peccata committi.. Ordinarii locorum hæc faciant observari, suadenda suadeant, interdicta hujus canonis auctoritate compescant : ad hæc alios etiam in ecclesiis ipsis magis assiduos, etad præmissa idoneos deputando... Qui vero præmissas inhibitiones animo petulanti contempserint, præter processum ordinariorum et deputandorum ab ipsis, divinæ ultionis et nostræ poterunt acrimoniam formidare. » Concil. Lugdunense II, an. 127%, De immunitate ecclesiarum. Le Concile de Chartres en 1526, celui de Sens en 1528 {Decreta morum, n. XVI), celui de Rouen en 1581 (De cultu divino, n. 8) ont reproduit le canon du Concile de Lyon, en y faisant quelques additions insérées par le V. P. Eudes dans sa traduction.

DÜ AUX LIEUX SAINTS 61 cœur plein de dévotion, et que l'on ne sorte point qu'après la dernière bénédiction du prêtre".

Nous défendons à toutes personnes, de quelque qualité ou condition qu'elles soient, de se promener ès églises duant le service divin ; mais de se tenir prosternées et en dévotion, pour être l'église la maison de Dieu et d'oraison?.

Nous défendons à toutes personnes, de quelque qualité et condition qu'elles soient, de se promener dans les églises durant la célébration du service divin : enjoignant aux huissiers et sergents, sur peine de privation de leurs états, de mettre et constituer prisonniers ceux qu'ils trouveront contrevenir à la susdite ordonnance*.

En l’an 1650, le 13 de Mai, notre Roi très chrétien Louis XIV, de l'avis de la Reine régente sa mère et de plusieurs prélats, princes, ducs, pairs, et officiers de sa couronne, a fait une ordonnance conforme aux précédentes, portant très expresses défenses à toutes sortes de personnes, de quelque état et condition qu’elles soient, de se comporter désormais irrévéremment dans leséglises, par paroles, gestes ou autres actions indécentes, ni d’oc- Cuper le sanctuaire des autels ; enjoignant à tous juges, Qu ilsaient à garder et faire garder ladite ordonnance, et à procéder, si besoin est, contre les coupables, par informations, décrets, condamnations et autres actes de justice“.

l« Item placuit nobis admonere reverentiam vestram ut unusquisque Vestrum videat.., ut ecclesia Dei suum habeat honorem, simul et altaria secundum suam dignitatem venerentur, et non sit domus Dei et ältaria sacrata pervia canibus, et ut vasa sacrata Deo cum magna veneratione babeantur..; et ut sæcularia negotia vel vaniloquia in ecclesiis non agantur.., et ut intentos habeant animos ad Deum quando veniunt ad missarum solemnia, et ut non exeant ante completionem benedictionis sacerdotalis. » Caroli Magni capitulare eccle- Siasticum datum Aquis, an. 789, cap. 70 ; Micne, Pat. Lat. tom. 97, col. 175. ;

— © Henri II, Edit de Chateaubriant (1551), art. 40.

3 Henri [II aux Etats de Blois, art. 39.

* C'est dans l'édition de 1665, que nous trouvons mention pour la première fois de cette ordonnance de Louis XIV.

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