CHAPITRE VI
La cinquième qualité du Confesseur, qui est la prudence.
Ce n’est pas assez à un confesseur d'avoir du zèle, de la science et de la charité, s'il n'a de la ue Entre toutes les fonctions ecclésiastiques, il n’y en a point où la prudence soit tant requise comme en celle-ci. Un con-
“fesseur sans prudence est un aveugle qui tombera en mille précipices, et qui y fera souvent tomber ses pénifents avec lui. Cest pourquoi ceux qui entrent dans le tribunal de la Pénitence, doivent beaucoup demander à Dieu cette vertu, et étudier soigneusement les règles suivantes, afin de les observer.
Examiner différemment les pénitents, selon la diffé- “rence du sexe, de l’âge et de la condition.
Les examiner de telle sorte qu'on prenne bien garde | de ne leur apprendre pas le mal qu'ils ne savent point, Ne leur faire pas des corrections au commencement ni au milieu de la confession, mais attendre à la fin, de peur de les troubler et effrayer, et de leur ôter la facilité de se confesser.
| Considérer attentivement la disposition de chaque pénitent, pour le traiter conformément à cela.
| Si par exemple on le voit travaillé de honte, lui donner assurance, lui remontrant : que nous ne sommes pas Anges non plus que lui ; que nous sommes tous pécheurs ; que l’on ne s'étonne pas d'entendre de grands péchés, parce qu'on sait bien que la fragilité humaine est grande, ‘que les tentations de l'esprit malin sont fréquentes et vio- | lentes : que c’est chose humaine de pécher, mais que ce Lserait une chose diabolique de demeurer dans son péché,
faute de le confesser ; que c’est une chose si secréte que la confession, qu'un confesseur qui craint tant soit pe Dieu, aimerait mieux être brülé tout vif, que de révéler la moindre faute qu'il a entendue en confession ; qu'enfin Dieu nous commande de confesser nos péchés aux prêtres, et partant qu'il Le faut faire pour l'amour de lui; et en l'honneur de la confusion qu'il a portée en la croix à raison de nos crimes ; et qu'il vaut bien mieux avoirla honte de confesser son péché à l'oreille d'un seul homme, que d’être confondu devant tous les Anges et les hommes et devant Dieu au jour du Jugement, et après cela d'être damné éternellement!. |
Si au contraire on voit le pénitent effronté et sans aps préhension, lui représenter fortement, mais toujours avec douceur, qu'il est devant Dieu; que c'est aux pieds de Jésus-Christ son Juge.souverain, et non pas d'un homme seulement, qu'il vient se prosterner ; qu'il doit.se res garder comme un criminel de lèse-majesté divine, quia mérité la damnation ; qu'il est question ici d'une action très importante, en laquelle il s’agit de son salut éternel, et d'appliquer à son âme le fruit du sang et de la mort de Jésus-Christ ; et qu'à l'heure de la mort, il ne rendra compte d'aucune chose si étroitement que des mauvaises confessions qu'il aura faites ?.
Interroger de telle sorte sur le sixième commandement, qu’on se garde des deux extrémités, dont la première est de n’interroger pas suffisamment et des choses néces saires, la seconde est d’interroger trop et sans nécess sité. Pour éviter l’un et l’autre, il faut se donner beau coup au Saint-Esprit, puis aller de degré en degré, des pensées aux désirs, des désirs aux paroles, des paroles au: 4 actions, comme baisers, attouchements,etc. Si on trouvel@ pénitent innocent dansles pensées, dansles désirset dans
! Cf. S. François de Sales, Avertissements aux Confesseurs. 3 Cf. S. François de Sales, L. c.
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